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19/12/2012

Pourquoi je n'aime pas l'idée de la PMA...

Depuis quelques temps, j’entends des mots très durs dans ce « débat » sur le mariage pour toutes et tous ainsi que sur le droit « d’accès » à l’adoption (utilisons les mots juste, puisqu’ils ont un sens) : on risque de faire sauter la société (à défaut qu’elle nous saute), on entend par des organisations religieuses qu’elles soient catholiques ou islamiques et j’en passe que le « mariage gay » nous mènera sur la zoophilie et d’autres conneries de ce genre. Et puis on peut lire sur Twitter pas mal de petits cons qui twittent à longueur de temps avec des hashtags genre #AntiHomosexuel et #TeamHomophobe, vantant leur « liberté d’expression » mais ils sont des ados tellement débiles que quand on leur répond « change #AntiHomosexuel par #AntiNoir ou #AntiRebeu » qu’ils nous répondent qu’eux sont nés noir ou maghrébin, mais certainement pas homosexuel…

 

Vantant sans cesse la création par Dieu d’ « Adam et Ève » et non d’ « Adam et Steve », ces petits boloss se retrouvent cons-coincés quand on leur explique que si Adam et Ève étaient les seuls êtres sur terre au départ, c’est que Ève a bien du niquer avec un de ses enfants et que ses enfants ont bien du se niquer les uns les autres pour « perpétrer » la race. Les croyants aveugles n’y pensent pas, mais cela signifierait de facto que l’on descendrait toutes et tous de l’inceste. Charmant programme.

 

Bref, la France se déchaîne comme elle peut et se défoule. Qu’importe, la loi sur le mariage et l’adoption sera votée par la majorité de gauche. Je l’espère. Parce que s’ils sont tous comme Jospin et Valls, on n’est pas dans la merde.

 

En même temps, de la part des organisations de défense pour les droits égalitaires, j’entends souvent que l’on veut l’égalité parfaite avec la PMA et la GPA.

 

Alors bon. Disons-le tout de suite. Je discute souvent avec des autres amis sur la PMA. Car personnellement, si je peux comprendre ce débat, il me heurte. Car la question de la PMA n’existe qu’en référence implicite à mes yeux à l’adoption. Et vous n’imaginez pas les horreurs que j’ai pu entendre d’amis et de connaissance sur l’adoption.

 

J’ai été adopté. Mes parents pouvaient avoir des enfants. Mais un gène sévissant dans la famille et terrassant ma tante avec un cancer foudroyant en 4 mois a eu raison de mes parents : ils n’auraient pas d’enfants biologiques. À l’époque, pas de PMA et encore moins de GPA. Et puis l’État estimant qu’ils « adoptaient pour leur propre plaisir » ce dernier n’a apporté aucune aide à mes parents, ni financière, ni de soutien. Ma mère a du payer de sa poche sa remplaçante au travail lorsqu’elle est venue nous chercher à l’aéroport de Genève et puisque l’assurance maternité n’est arrivée en Suisse que dans les années 2000, inutile de dire qu’il n’y a eu ni congé, ni aide financière, ni rien d’autre.

 

C’est cette même assurance maternité qui n’avait pas inclus les couples adoptants de peur d’un référendum. Quand on connaît le nombre dérisoire d’adoptions par année, on pouvait douter que pour environ 500 familles, on n’aurait pas mené de Référendum pour faire capoter la loi. J’ai donc pris la plume et j’ai écrit à l’époque à deux députées socialistes suisses : je leur ai expliqué le total mépris que l’état suisse avait pour les couples adoptants et qu’entretenir une relation parentale avec des enfants adoptés, même si ces derniers pouvaient avoir déjà 7 ans, c’était un travail à plein temps, identique à ce qu’un nouveau-né pourrait demander comme attention. Quelques mois plus tard, ces deux députées proposaient une initiative parlementaire pour inclure les couples adoptants dans la loi sur l’assurance maternité. Qui fut acceptée par le Parlement suisse.

 

Mais cela montre comment l’adoption est négligée, rejetée, relayée à un cas négatif.

 

Par tout le monde. C’est un non-choix, une espèce de prix de consolation merdique que l’on ramasserait une fois toutes les autres dispositions écoulées.

 

Mathieu Nocent de l’InterLGBT déclarait en interview dans le Grand Journal du 7 novembre passé tout de go : « (…) si on considère que des enfants peuvent avoir des parents de même sexe ça veut dire qu’il faut faire en sorte que ces familles puissent se créer, aussi, et pas simplement s’arrêter à l’adoption.»

 

Comment ça, ne pas « simplement s’arrêter à l’adoption » dans l’esprit de « créer une famille » ? Alors peut-être que je comprends très mal le français, mais pour moi, il y a là une hiérarchisation manifeste de la famille. J’ai pu me tromper mais pour moi, sa phrase signifie que l’adoption ne permet pas de « créer » la famille. Le « aussi » et le « pas simplement s’arrêter à l’adoption » me fait froid dans le dos. Et si ce n’était pas son intention, qu’il choisisse mieux ces mots. Il est un responsable associatif bon sang ! C’est ça, la « communication » au sein de l’InterLGBT, sacro-sainte organisation qui s’arroge le droit de parler au nom d’une seule voix, pour toutes et tous ?!

 

 

Bref, l’idée négative de l’adoption, c’est inconscient, et elle se retrouve partout. Partout.

 

J’ai entendu par d’autres qu’une femme n’était femme que lorsqu’elle avait accouché. J’entends très souvent le terme « la chaire de sa chaire », que la filiation n’est que « sanguine », que toutes les adoptions foirent à un moment donné, que tous les adoptés sont dépressifs, sans racines, qu’ils doivent faire face à la séparation de leur génitrice dès la naissance pour se retrouver à chercher toute leur vie leurs origines, qu’ils subissent de gros problèmes psychologiques ! Comme un intervenant l’écrivait sur le nouvelobs, « Déjà dans une adoption "normale" à l'intérieur d'un foyer hétérosexuel, ce ne doit pas être vraiment facile à vivre de savoir qui est sa vraie mère, son vrai père. Beaucoup d'enfants passent du temps à rechercher leurs parents biologiques : c'est une félure (sic) dans la vie (…) Mettez vous dans la tête d'un gosse qui voit que papa n'est pas papa, que l'autre papa n'est pas une maman, ni une vraie, ni une fausse d'ailleurs. Je pense que ces couples homosexuels veulent avant tout se faire plaisir égoïstement à eux-mêmes, l'enfant passant au second plan. » Sur quoi une autre renchérit : « En même temps c'est ce que font aussi les hétérosexuels, l'adoption d'orphelins est très rare (à part par les membres de la familles évidemment). La majorité des gamins adoptés à l'étranger ont une maman aimante vivant dans la misère : si c'était pour les enfants, au lieu d'adopter, les gens aideraient les enfants au sein de leur famille non ? »

 

Du grand n’importe quoi. Les adoptés ont donc une fêlure dès le départ, et leur mère les ayant élevé pourrait être une « fausse » mère, sans oublier que la « majorité » des gamins ont « une maman aimante vivant dans la misère » alors que les hétérosexuels adoptants se font « déjà plaisir » … Je parlais déjà du « plaisir » de l’adoption en 1981 en Suisse…

 

Et évidemment tous ceux qui en parlent ne sont pas adoptés et n’ont jamais été exposés réellement à l’adoption. Combien de psychologues nous sortent leurs théories à deux balles sur l’abandon et leur truc tout fait sur les adoptés ? S’il y a des difficultés, elles ne sont pas plus nombreuses que pour ces sales mioches biologiques conçus un soir de pleine lune, par des parents bourrés et saouls ayant oublié la capote… Ce que je veux dire par là, c’est que chaque cas est unique, et qu’il y a des cas d’adaptation autant différents qu’il existe d’adoptés. Mais on peut toute sa vie rechercher d’où l’on vient, qui nous a fait, pourquoi on a été donné en adoption. Et puis on peut être responsable, prendre sur soi, comme on prend sur soi tous les jours dans n’importe quelle situation, que l’on soit hétéro, homo, adopté ou non-adopté. On peut décider qu’on est ici, que c’est comme ça. Certes je me pose des questions parfois. Qui était mon père. Qui était ma mère biologique. Cela ne m’empêche pas d’être tranquille, de savoir où je suis et où je veux aller. Si je devais m’arrêter sur toutes les questions d’identité, d’origine, je ne vivrais pas. J’ai fait le choix de faire avec ce que j’avais et d’avancer. Je n’ai pas envie de vivre ma vie à travers des « si » et des « hypothèses ». D’ailleurs je pense sincèrement que si l’on cessait de ressasser systématiquement aux adoptés toutes ces questions, ils finiraient par ne plus se les poser. C’est à force de se convaincre que tout peut aller pour le mal, que tout finit par aller mal…

 

Et puis on m’a rétorqué plusieurs fois que l’adoption était un mythe, que c’était très compliqué et que les pays ne voudraient pas envoyer leurs enfants dans des familles composée de parents homosexuels. Il doit y avoir du vrai là-dedans. Soyons clairs et honnêtes. Par contre, y’a-t-il des enfants à la DASS, y’a-t-il des enfants qui vivent déjà sans parent ? Ce couple belge qui avait fait les titres via son combat a bien pu adopter ce petit ukrainien devenu leur enfant depuis son adoption ! Le simple fait qu’une adoption puisse être quand même possible devrait éliminer simplement et purement l’argument de la difficulté d’adopter. Oui, cette difficulté existe. Comme il existe des difficultés dans la vie de tous les jours. Comme il existe des attentes, des déceptions, des joies. Et cela signifie qu’un enfant de la DASS c’est un enfant qui n’est plus un bébé. Mais qui reste toujours un enfant. Et ça, tout le monde s’en fout voire tout le monde l’oublie. L’humain aujourd’hui veut tout, tout de suite.

Peut-on imaginer un seul instant, que ces parents adoptants, qui auront épuisé toutes les possibilités d’avoir des enfants génétiquement parlant, ne puissent pas être les êtres les plus responsables, les plus dignes et les plus aptes à être des parents ? Ne peut-on pas imaginer que les adoptants soient dans l’extrême majorité des cas des parents exemplaires s’étant battus contre vents et marrées, contre l’administration, et finalement même contre les a priori dégueulasses que la société entretient inconsciemment contre les adoptés et les adoptants en estimant que l’adoption est le choix ultime de la « dernière chance » ?

 

 

En tant qu’adopté, j’ai un sérieux problème avec la PMA.

 

La PMA, pour moi, encourage la création d’un être à la ressemblance des parents et la transmission des gènes. Les associations de défense LGBTQI ne veulent pas entendre cet argument balayé régulièrement d’un seul coup de main : « non la PMA doit être permise justement parce que l’adoption est trop compliquée ». On ne veut pas attendre l’agrément, on ne veut pas choisir l’adoption. Finalement je me pose la question : est-on parent uniquement parce que son enfant porte ses gènes ou parce que l’on veut transmettre un amour et une éducation à un enfant, qui par la loi et l’amour fait de lui l’enfant de ses parents ? J’ai demandé pourquoi on n’entendait jamais parler de l’adoption dans les médias mais que de la PMA. On m’a rétorqué qu’«une ou deux journées parlementaires » seraient dédiées à la réforme de l’adoption. « Une ou deux ». Avec tout le tsoin-tsoin que l’on fait sur la PMA, c’est finalement « peu », une ou deux journée. Et évidemment, on va parler de tout cela sans comprendre les mécanismes de l’adoption, sans être exposé à l’adoption. Combien d’activistes LGBTQI sont adoptés ou adoptants ? Je pense, mais je peux sincèrement me tromper, qu’ils se comptent en tout petit nombre insignifiant. On aura donc l’InterLGBT qui va aller « causer » de l’adoption avec le Parlement sur « un/deux jours » sans rien y connaître… Edifiant.

 

Bref, il y a plein d’enfants qui attendent des parents. Mais non, on s’en fout. On veut un gamin qui nous ressemble. On veut un gamin qui porte ses gènes. On veut un enfant qui ressemble à ses parents. Et surtout, on ne veut pas devoir « attendre » cette procédure lente qu’est l’adoption. Si l’on part du principe unique et simple que l’on est parent parce que l’on veut transmettre amour et éducation, alors la question de la PMA, pour moi, ne se pose même pas. Si l’on part du principe unique et simple que l’on est parent parce que l’on veut transmettre son patrimoine génétique, alors la question de la PMA, pour moi, ne devrait même pas se poser tant elle soulève un narcissisme malsain, toujours à mes yeux.

 

Non seulement donc, les anti-égalité en tous poils nous traitent de zoophiles, mais en plus, ma « communauté » entretient une méfiance plus que déplorable vis-à-vis de l’adoption. Ces organisations de défense des droits égalitaires pour la communauté LGBTQI justifient l’intérêt de la PMA versus l’adoption par les difficultés d’adopter, par la lenteur administrative, par le nombre restreint d’enfants à adopter et par le refus de pays à placer en adoption des enfants au sein de couples homosexuels.

 

D’un point de vue humaniste et altruiste, il est donc clair que l’adoption est un bon choix. Mais cela passera obligatoirement par une réforme profonde de l’adoption. Et pas en « un ou deux jour » comme le prévoient certains de l’InterLGBT. On trouvera toujours des enfants à placer en familles, qu’elles soient homoparentales ou hétéroparentales. Toujours. Le nier, c’est à nouveau mépriser l’adoption. Refuser son fonctionnement. Balayer la filiation non consanguine. Les pays qui offrent l’adoption pour les couples homosexuels sont confrontés au fait que d’autres pays ne veulent pas donner en adoption ces enfants à des homosexuels. Il n’empêche que des cas d’adoption d’enfants par des couples homos, ça existe ! Devons-nous faire d’une crainte la vérité absolue d’une improbable adoption pour légitimer la PMA et la GPA en un choix libéral et multiple ?

 

Et puis plus il y aura de pays qui permettront l’adoption pour les couples homosexuels, plus il y aura une pression sur les autres pays qui s’adapteront petit à petit.

 

On me signifie donc qu’il est humainement plus logique de parler de création de cellule que d’envisager d’adopter des enfants qui vivent déjà, et qui attendent une seule chose, une sécurité familiale, un endroit où ils pourront s’épanouir. En gros, pour la majorité des gens, l’adoption est le choix de la dernière chance, le gain du perdant, l’ultime recours, la merde du chien qu’il faut ramasser sans sachet, à mains nues… Il faut impérativement changer cette perception !

 

Il n’y a aucune justification à mériter d’être parent. Il n’y a aucune justification qui exige que lorsque l’on est adulte, on a le « droit » de devenir parents. Tant bien même que tout enfant a le droit le plus total d’avoir des parents, que ces derniers soient hétéros, homos, célibataires.

 

Et puis entendre sans cesse qu’une femme a besoin d’accoucher pour se sentir mère et que l’adopté est le dernier « recours », ça me gave sincèrement.

 

Le choix de la filiation par l’adoption qu’elle soit inter-couple, nationale ou internationale est donc, à mon avis, le choix le plus juste. Certes, il existe plein de façon de devenir parent. Mais veut-on n’être parent que d’un enfant qu’on a créé via ses propres cellules et ses propres gènes ou veut-on être parent. Simplement. Sans rien à ajouter par la suite.

 

Considérons que l’adoption est un choix de dernière chance, estimons que les adoptés sont des enfants à problèmes, continuons de penser que la « vraie » parentalité ne peut exister qu’à travers la conception biologique. Mais ne venez plus me dire que je suis un choix de seconde zone. C’est ce que je ressens sincèrement de la part des associations LGBTQI et de tous ceux qui revendiquent l’accès à la PMA. Et leur message est autant violent que celui véhiculé par ces illuminés du bon dieu qui défilent ces temps dans nos rues.

 

Si finalement tout le monde continue de penser inconsciemment que l’adoption c’est pour les losers, que seule la biologie et la consanguinité doit être majoritairement soutenue face à l’adoption, alors c’est leur choix. Mais qu’ils aient le courage de le dire haut et fort, car avancer à pas de loups, cachés derrière l’unique revendication médiatique que la PMA (et dans une moindre mesure, la GPA) est le Saint-Graal de la parentalité pour les couples homosexuels, ce n’est pas ma conception de la famille.

 

En se défendant de hiérarchiser la famille entre ceux qui ont des enfants biologiques et ceux qui ont des enfants adoptés, les associations homosexuelles envoient un message clair : elles refusent de le reconnaître mais c’est exactement ce qu’elles signifient : les adoptants et les adoptés peuvent aller se faire foutre.

 

Alors ils diront qu’il faut le plus large choix possible, qu’il faut « respecter » toutes les « envies » de parentalité, qu’une femme a le « droit d’accoucher » pour se « sentir mère », et balaieront d’un seul revers de la main cet eugénisme. Je le répète encore une fois, en tant qu’adopté, ces termes sont autant violents que de me faire traiter de « zoophile » ou de « dépravé » parce qu’ils me signifient qu’en fait je ne suis qu’un rebut. Ils me forcent à penser que si des parents adoptants ne pouvaient pas avoir des enfants, c’est qu’ils m’ont choisi comme le dernier qu’on choisit quand on compose son équipe lors d’un cours d’éducation physique. Et ce n’est absolument pas gratifiant. Si je sais que je ne suis pas le « dernier choix » je ne permets à personne de l’insinuer, consciemment ou inconsciemment.

 

Personne ne s’en rend compte. Mais justifier la PMA face à une lenteur administrative et des difficultés pour les adoptants, c’est de facto réduire à nouveau l’adoption à quelque chose de négatif, de dépressif, de difficile, de compliqué, de non-immédiat.

 

Fondamentalement, je ne suis pas opposé à la PMA. Faisons la PMA, mais mon ressenti d’adopté vis-à-vis de la PMA c’est qu’il y a un sérieux problème narcissique. Je trouve juste qu’actuellement, l’adoption qui est une idée noble et juste et qui concerne des enfants qui vivent déjà est minorisée, effacée, dans les médias, dans les prises de position sur le débat actuel et que la promotion de la PMA et de la création d’un être via la transmission narcissique de son patrimoine génétique se fait au détriment de l’amour pur et simple que des parents adoptants ont pour leurs enfants.

 

Parce qu’au final, la parentalité ne concerne que le bien de l’enfant et rien d’autre. Ni la transmission narcissique de ses gènes, ni l’accouchement, ni la consanguinité. Juste l’envie simple de transmettre de l’amour et une éducation à un être qui n’est pas forcément le sien biologiquement mais qui le devient quoiqu’on en dise.

 

Mais les traditions bibliques et religieuses sont là. Et comme tout un symbole, si Joseph était le père adoptif de Jésus, personne n’en parle. Depuis 2012, tout le monde se fout de Joseph. C’est un « pantin », c’est le type qui n’aurait pas du « être là ». Il n’est pas important. Et nos sociétés chrétiennes ont implicitement perpétué cette absence de la parentalité via l’adoption. Il est temps que cela change, une bonne fois pour toute !

 

Mettons en place la PMA, voyons des couples heureux qui verront un fœtus se développer et ma foi, pauvres d’eux pour les autres, ceux pour qui la PMA n’aura pas fonctionné (car ça ne marche pas toujours) puisqu’ils devront se « rabattre » avec « tristesse » et « affronter » les « difficultés » et « lenteurs » « sans » être « rassurés » d’une « probable » et « éventuelle » adoption. Que du « positif » ! Encore une fois.

 

Et comme 99,99% de la population n’a aucun lien avec l’adoption, personne ne la comprend. Donc tant qu’à faire, oublions totalement ce « truc » qu’est l’adoption avec ces enfants rebuts qui n’avaient qu’à naître finalement dans une famille « normale » et focalisons-nous sur la PMA. Pour avoir des enfants. Rapidement. Tant qu’à faire.

 

Pour la liberté d’offrir « toutes les libertés » de choix. Même les plus narcissiques et les plus consuméristes qui offrent « l’immédiateté parentale » et qui disent à tous les adoptés : « Ta gueule, sérieux, là tu nous fais chier… »

09/10/2012

Au Québec on parle français

Au Québec, on parle français. QuebecCanada.png

 

Le 4 septembre dernier, le corps électoral du Québec était appelé à se rendre aux urnes pour élire sa nouvelle Assemblée Nationale qui désignerait d’office son Premier Ministre. Ces élections furent toutefois assombries par un meurtre et une affaire qui aurait pu avoir des conséquences politiques très graves : le discours de Pauline Marois, Cheffe du Parti Québécois devenue la première « Première Ministre », fut interrompu par des coups de feu, un incendie, une évacuation de la scène. Elle venait de prononcer « J’ai la conviction que l’avenir du Québec, c’est de devenir un pays souverain ! » Alors que je suivais la soirée électorale sur internet en direct, j’ai vu les policiers arrêter un homme quelques minutes plus tard, qui grommela quelque chose comme « Les Anglais se réveillent ! »

 

Très rapidement, les détracteurs de Marois entonnèrent le chant de l’agressivité politique des dernières semaines qui avaient forcément mené à cette tentative ( ? ) d’assassinat. Et forcément, les supporters de Marois rejetèrent ces accusations. Lors du premier débat des Chefs que j’avais suivi à pas d’heure en direct sur TV5 Monde, chaîne qui a cette faculté unique d’être la chaîne de la Francophonie menottée et bâillonnée par la France et totalement/malheureusement Franco-centrée, Pauline Marois avait annoncé vouloir renforcer la Loi 101 qui régit l’utilisation de la langue française comme étant l’unique langue officielle du Québec.

 

Le français, langue officielle du Québec, cela ne surprend personne. Toujours est-il que le Québec contient une population anglophone peu nombreuse, en dessous de 10% de la population de la Belle Province. Même s’il est possible de s’adresser à la Justice en anglais pour les « Anglos », les anglophones québécois, le français reste langue officielle. Pour quelqu’un qui vient d’un pays fédéral comme la Suisse, cela m’est totalement normal. Chaque canton ou dans ce cas, province, a ses propres règles, ses propres institutions, ses propres lois, sa propre Constitution qui fixe par ailleurs la langue officielle du coin. Le français est donc langue officielle du Québec. Point.

 

En sachant ça, Montréal se place donc soudainement comme étant la deuxième ville francophone la plus peuplée au monde après Paris, mais avant Lyon, Marseille ou Lille. Et si Montréal est une ville francophone, une large partie des « Anglos » vivent sur l’Île de Montréal, à l’Ouest de cette île, majoritairement.

 

Pauline Marois avait donc mis le feu aux poudres en voulant renforcer la Loi 101 et de ce fait, renforcer la pratique et l’utilisation du français au Québec. Ce qui lui valut la foudre des fédéralistes agissant pour le maintien du Québec au sein du Canada. Mais aussi la haine, n’ayons pas peur des mots, d’une grande partie des « Anglos ».

 

Il fut intéressant de lire les tweets qui suivirent l’élection de Pauline Marois et sa courte victoire à ces élections, où elle formera un gouvernement dit « minoritaire », ayant été le premier parti en termes de sièges, mais devant jouer sur des alliances car n’ayant de loin pas obtenu la majorité des sièges. Alors que les anglophones tweetaient sur le « nationalisme » et le « racisme » de Pauline Marois, il était presque malheureusement comique, malgré le déversement de haine qui suivit, de lire leurs tweets, tous plus racistes les uns que les autres. Le site souverainiste « AmeriQuebec » en a fait une petite compilation, très… comment dire… édifiante : on peut y lire entre autres commentaires sur Facebook et Twitter que Pauline Marois était une « nazie », que si elle avait été tuée par la fusillade, on serait aller « pisser sur sa tombe », que c’était aussi « dommage qu’on l’ait raté », cette « Hitler » et j’en passe et des meilleures. Une étude des tweets en anglais associés à « Pauline Marois » sur Twitter fait mention que les termes que l’on retrouve sont « job », « election » et « interview » mais aussi « xenophobic », « racist » et « cunt », ce dernier mot décrivant l’anatomie privée d’une dame, ou plus communément une personne stupide, voire obscène. Le mot « cunt » étant considéré comme une insulte très puissante de l’ordre de « fuck », et par analogie étant le « C word » du « F word ».  (http://quebecfrancais.org/node/4372)

 

Pour résumer, pas mal d’anglophones ont donc dénoncé un prétendu « racisme » du Parti Québécois en plongeant corps et âme dans un racisme anti-francophones.

 

 

Les majoritaires en minorité.

 

Les Anglophones, majoritaires au Canada, sont donc minoritaires au Québec. Après tout ce déversement de haine de leur part envers finalement leur nouvelle Première Ministre, un message d’une anglophone fut également repris sur les réseaux sociaux : on pouvait y lire qu’elle n’adhérait pas aux propos de haine qu’elle avait lu sur Pauline Marois, et que finalement, s’ils n’étaient pas contents, ils n’avaient qu’à se taire et apprendre le français ou émigrer dans une Province anglophone. Et toc !

 

Au-delà de cette haine de certains anglophones québécois envers les francophones québécois un tweet retint mon attention, un tweet qui pouvait résumer parfaitement une intolérance crasse ayant pour but de dénoncer une autre intolérance : « Tous ceux qui ont voté pour le Parti Québécois sont inéduqués, et des idiots de racistes. Pensez-vous vraiment que la culture québécoise est si importante ? »

 

La personne ayant écrit ce tweet a donc l’air d’être une personne anglophone vivant à Montréal. Cette même personne oublie manifestement que le fait de pouvoir écrire en anglais et de vivre à Montréal fait d’elle une part non négligeable de cette « culture québécoise » qu’elle dénonce. Elle dénonce un système culturel dont elle fait partie.

 

Si je me suis intéressé au Québec depuis très jeune, c’est que j’aurais du y vivre avec mes parents en 1995. On devait y partir un an, laisser maison et copains de classe et reprendre la maison d’un autre au Québec qui aurait repris la nôtre et le poste de mon père. Le tout fut avorté à cause d’une baisse soudaine du dollar canadien face au franc suisse qui ne laissait plus de possibilité à notre contre-part québécoise de venir vivre en Suisse.

 

On y alla toutefois pour les vacances d’été de 1995. Les amis de mes parents étaient majoritairement des Québécois francophones très souverainistes. La première fois que j’ai réellement été confronté à une politique extra européenne fut avec le cas québécois. On m’offra des drapeaux québécois et non pas canadien, on parlait cet été beaucoup du Référendum qui suivrait quelques semaines plus tard pour savoir si le Québec allait « enfin » devenir un pays. Ma chambre d’ado n’était pas « américanisée » mais plutôt « québécoïsée ». J’ai écouté à la radio en direct, tard dans la nuit, l’échec du Référendum pour moins de voix d’écart que le nombre d’habitants qui vivaient dans la ville où j’allais à l’école en Suisse (54'288 voix). Et j’entendis aussi au téléphone les messages dépressifs qui suivirent de la part de certains amis de mes parents, la tristesse d’avoir raté l’Histoire, leur Histoire.

 

C’est la faute à Napoléon !

 

La région d’où je viens s’appelle, géographiquement, le Jura suisse. Qui fait face au Jura français, séparé par la rivière du Doubs. Politiquement c’est le Jura bernois, pour la majorité des gens et des Suisses, le « Jura Sud » voire le « Jura occupé » pour la frange séparatiste ou autonomiste qui y vit.

 

Et bien évidemment, celui qui y mit le boxon, fut un Français. Napoléon pour être précis. Ancien département français du « Mont Terrible » redevenu suisse en 1815 avec ce Congrès de Vienne, la réorganisation de la Suisse qui allait devenir « moderne » contribua à une affaire politique similaire du Québec, qui n’est toujours pas résolue en Suisse, en 2012. Pour faire vite, des francophones catholiques (tiens comme au Québec) furent rattachés à une entité politique très majoritaire qui parlait une langue germanique et où la religion majoritaire était le Protestantisme (tiens, comme au Québec, à nouveau !)

 

S’ensuit ce que certains appelleront une « colonisation », une « germanisation », des élus évincés de certains postes parce qu’ils parlaient le français et non l’allemand. On scinda des villages en deux, on mit en place des Fronts de Libération, on fit des attentats. Le dernier attentat en date fit mourir l’homme qui portait sa bombe, mal réglée, dans les années nonante, devant le Parlement national, à Berne. On ne parle ici ni de l’Irlande du Nord, ni du Québec, mais bien du Jura, qui fut scindé lui aussi en deux entre au Nord, une République et Canton du Jura, et au Sud, des districts francophones restant dans le giron du Canton de Berne, le « Jura bernois ». Le slogan du Front de Libération du Jura : « Le Jura parle Français » (sic).

 

Dans mon village, et dans tous les villages restés dans le giron bernois, on y trouve presque deux sociétés distinctes : les pro jurassiens et les pro bernois. Là où un drapeau de Berne est peint, il est recouvert partiellement d’une coulée noire d’un pot de peinture, et inversement pour le drapeau Jurassien. On s’est pendant un moment hait les uns les autres, puis on s’est ignoré. Les partis sont aussi scindés en deux, on y trouve par exemple le parti socialiste avec une section « Jurassienne bernoise » et une autre section « Autonomiste du Sud du Jura » On a vu des familles se séparer, des oncles dire au neveux, « si tu viens, je te descends ! ». Bref, la Suisse, si calme, si paisible… Ouais, à d’autres !

 

Comme au Québec, on a donc des Protestants et des Catholiques. Comme au Québec, il y a eu des Fronts de Libération. Comme au Québec, il y a eu des morts, des attentats. Comme au Québec, on a utilisé le français comme langue à défendre. Comme au Québec, on a mené des référendums serrés sur les résultats. Comme au Québec, on s’est rendu compte qu’il y avait eu des caisses noires pour financer les campagnes du NON sur la « Souveraineté ». Si l’histoire n’est pas terminée puisqu’en 2013, le Jura bernois votera une dernière fois, pour rejoindre, ou non, la République et Canton du Jura. Tout ça près de 200 ans après que Napoléon vint y mettre son foin.

 

Dans ma région en Suisse, j’ai souvent vu des drapeaux jurassiens flotter et claquer au vent avec des drapeaux québécois le long du même mât. Ce drapeau jurassien, cet étendard, qui reprend l’histoire et qui offre sur ses couleurs la représentation de districts étant restés sous « la domination de l’occupant bernois ». Au Québec et dans le Jura : on se bat(tait) pour le français. Même combat, drapeaux hissés en même temps.

 

Le respect d’une minorité, c’est l’essence même d’une démocratie.

 

Lors d’une élection primaire d’un parti en Suisse la semaine passée, la twittosphère romande s’était agitée. On avait choisi un hashtag sur une base de mots français. Quelques jours plus tard, un autre parti, le Parti Socialiste Suisse tenait son congrès, au Tessin, la partie italophone de la Suisse. Le hashtag choisi fut « PTLugano ». Non pas pour le « Parti du Travail Lugano » mais pour le « Partei Tag Lugano », « Partei Tag » signifiant « Congrès ». Soulevant le fait que le hashtag fut germanisé, on me répondit de  « desserrer les fesses » et « que la Francophonie n’était pas en jeu » tout en précisant que peu de Romands participeraient à ce Congrès. 

 

So what ? Parce qu’une majorité de germanophones tiennent congrès dans un endroit majoritairement italophone, les francophones minoritaires devraient s’accoutumer d’un terme à base germanophone ? Toujours est-il que la question fut posée puisque entre francophones socialistes, on se demanda en quelques tweets quel hastag bien choisir

 

Une majorité de Romands, de Suisses francophones, ne connaissent rien du conflit jurassien, de ce que l’on appelle la « Question Jurassienne ». Parce que lorsque l’on est majoritaire, on se fiche de la minorité. Le Genevois se plaindra des Suisses allemands majoritaires, mais ne plaindra pas d’autres francophones minoritaires. Car à Genève, on parle le français. Et rien n’engage à regarder plus loin que son coin. Dès lors, où chercher réconfort ? Où trouver des « alliés » qui partagent la même idée non pas forcément militante de brandir un étendard politique, mais de tirer (sur) la Langue ?

 

L’identité c’est aussi la reconnaissance de sa Langue et sa pratique. Les Québécois l’ont bien compris. Les Wallons aussi. Les Corses, les Bretons, les Catalans, les Écossais, tous l’ont bien compris. Certains Suisses – pas tous manifestment, aussi. On définit donc la langue comme étant le ciment d’un État-nation comme la France. La France, un des seuls pays à n’avoir pas encore ratifié la Charte Européennes des Langues Minoritaires. On estime que la langue française, en France, unit, donc cimente, donc définit l’État. Elle définit tellement l’État « laïc » que l’Académie française fut même composée de Militaires, de dignitaires religieux et d’Hommes d’État. La Langue est donc aussi le ciment de la Nation à travers l’Église et l’Armée. Tout un programme.

 

J’ai toujours pensé que l’intégration d’une personne étrangère passe également par l’apprentissage de la langue. Pas besoin de disserter sur la peine de mort, mais pouvoir communiquer, comprendre le Professeur de son enfant, échanger avec ses voisins, se socialiser. On se socialise uniquement sur des intérêts communs, qu’ils soient imposés ou choisis. Mais ces intérêts communs se partagent via la langue. Via l’oral. Via l’écrit.

 

Si un test minimum de langue est utile, Guéant a mis en place une nouvelle ordonnance : tout prochain naturalisé devra passer un test de langue en français pour prouver ses connaissances minimales d’un écolier de CM2. Le hic c’est qu’en France, les lois se contredisent : si j’ai le droit de déposer une demande de naturalisation rapidement parce que ma langue maternelle est le français, l’État ne reconnaît pas ma langue maternelle comme étant le français.

 

Ouais. C’est con. Mais c’est l’administration française. Ceci explique cela.

 

J’ai beau eu dire que je parlais cette langue depuis plus de 20 ans, que j’avais suivi toute ma scolarité obligatoire en français. Que j’avais suivi l’Université en français. NIET ! On me dit même au téléphone que si l’on re-testait mon français après avoir déjà déposé une demande de naturalisation, c’était « pour voir si je n’avais pas régressé en deux ans.»

 

Ouais. C’est re-con. Mais c’est toujours l’administration française. Ceci explique encore cela.

 

J’ai donc passé mon test : entouré de Marocains, Turcs, Maliens, Cambodgiens, Algériens, Colombiens. C’était marrant. Et en même temps, surnaturel. Les dialogues du CD audio allaient vite: une question sur cinq était en français avec l’accent « québécois » - le comble quand on nous demande de maîtriser le français et que l’on connaît les Français pour être assez péjoratifs sur les accents, les autres « français » pratiqués par leurs « Amis » Québécois, Belges et Suisses, mettant volontiers des guillemets et des mots en italiques à des termes inusité en Gaulle pour bien montrer qu’en « bon français de France, on n’écrit pas cela ainsi. »

 

Le test dura 40 minutes. On commença à 17h. On termina à 19h. Il y eut 1h20 d’explications. En français haché, « pour-que-tout-le-mon-de-com-prenne-bien-ce-que-la-da-me-a-vait-à-di-re… Je-ré-pète-pour-que-tout-le-mon-de-com-prenne-bien-ce-que-la-da-me-a-vait-à-di-re… »

 

Elle fit un véritable travail d’assistante sociale. Elle répéta vingt fois les mêmes choses. Elle montra vingt fois les mêmes explications. Elle demanda vingt fois d’éteindre les téléphones portables et évidemment un téléphone portable sonna pendant le test, vingt fois. Je crois que si j’avais pu, j’aurais arraché ce foutu téléphone et l’aurais jeté dans les toilettes attenantes à la salle d’examen ! On le lui avait dit pourtant, à cette femme de l’éteindre, son foutu téléphone ! C’est pas compliqué quand même. Elle comprenait pas le français ?! Ah… Oui. Elle ne comprenait pas le français….

 

Il fallait 160 points. Chaque question valant 5 points. Sur 495, la honte, je n’ai obtenu que 490 points. J’espère assez pour prouver stupidement que je maîtrise ma langue maternelle, en ayant payé 55€ à ces entreprises privées mandatées par l’État. Et dont l’État doit bien retirer quelque chose de cette manne financière à ce test « qu’on ne peut pas rater ». 

 

Nous étions vingt. Avec les 1h20 d’explication et parfois d’onomatopées provenant des mes collègues de cellule administrative, je pense que nous avons du être 2 ou 3 sur les 20 à obtenir plus que les 160 points demandés…

 

J’ai passé un test identique à celui qu’on fait passer au Québec pour ceux qui veulent demander la naturalisation. Parce qu’exception culturelle et linguistique, le Québec est aussi la seule Province, il me semble, à avoir ses propres décisions quand au droit de cité… canadien pour ses habitants québécois.

 

Tout ça pour dire que l’on considère l’élément clé de la Nation, le citoyen, principalement à travers sa langue presque exclusivement.

 

Parler la langue du pays, c’est enlever une « menace étrangère ».

 

Le français en France n’est pas menacé. Le français au Québec comme en Belgique, comme en Suisse, l’est.

 

On dira ce qu’on voudra, s’il n’y a pas des gens pour ne pas « desserrer les fesses » concernant l’avenir non pas d’une francophonie mais d’une « franco-Cité », il crèvera comme on laisse crever souvent les choses, les gens, qui ne sont « pas importants ».

 

En Belgique, au Canada et en Suisse, ou plutôt en Wallonie, au Québec et en Romandie, le français doit faire face à une langue majoritaire dans un pays de type fédéraliste.

 

En France, pays centralisé, le Français est unique. Personne ne doit le défendre. Et par conséquence, personne ne le défend. Ni à l’intérieur de ses frontières. Ni à l’extérieur. La France regarde sa langue crever sans lever le petit doigt. Elle proteste vaguement, elle s’insurge que la langue de la Diplomatie ne soit plus vraiment le français. En France, la Francophonie ce n’est ni le Québec, ni la Romandie, ni la Wallonie. En France, la Francophonie c’est le Françafrique. Des pays africains où souvent le français n’a pas à « lutter » contre une autre langue à l’intérieur des frontières nationales de ces mêmes pays africains.

 

Ne plus devoir lutter pour préserver sa langue et sa culture qui va avec, son cinéma, sa musique, sa littérature, sa philosophie, c’est faire comme la France : l’imposer dans les limites de son pays en tant que seule langue par un pouvoir souverain et indépendant, la Nation mais plus encore, l’État indépendant.

 

Les Écossais et les Catalans le savent. Les Québécois le savent aussi. Alors que Pauline Marois, Françoise David ou encore Jean-Martin Aussant, les « leaders », pardon, les chefs et représentants de partis politiques québécois souverainistes,  veulent faire du Québec un pays Souverain et du français une langue majoritaire au sein d’un pays souverain, une minorité anglophone a traité l’électorat souverainiste de raciste, de fasciste, de xénophobe.

 

La dureté des mots est là. La dureté du constat clairvoyant que sans protection d’une langue, elle se meurt, est manifestement là aussi. Au-delà de l’économie, au-delà des institutions, une seule chose reste. : la Culture. La Culture qui cimente des gens, des populations. La Culture qui se traduit à travers la langue parlée de tous les jours. La langue qui chante, qui écrit, qui aime ou qui déteste.

 

Il suffit de compiler quelques phrases d’hymnes officiels ou non-officiels d’états fédérés du Canada, de Belgique et de Suisse pour découvrir ce qui se cache derrière des pays, des gens, des destins communs liés par une langue, le français :

 

« Petit pays, c'est pour ta grandeur d'âme que nous t'aimons, sans trop le proclamer. Demain nos cris, nos chansons et nos danses Célébreront la fin de nos combats, Et dans la gloire au matin refleurie Nous chanterons un hymne souverain. Gens du pays, c'est votre tour De vous laisser parler d'amour. » - Mots  wallons, romands et québécois.

 

En France, et seulement en France, la langue est régie par les « Immortels ». Alors qu’ailleurs on se bat pour « exister en français », en France, cette langue acquise, plus personne ne se bat pour elle. La France aura « frankensteinisé » sa propre langue : « Alive, it’s Alive ! » avec la suite qu’on connaît. Tous seuls, ses Immortels deviendront mortels par leur propre faute. Cette langue, sans ennemi sur son territoire, deviendra comme ces armées vieilles et rouillées qui deviennent après quelques années d’inactivité, des pantins fatigués et inutiles, saoûls dans les tavernes du Royaume, de la tombée de la nuit à la tombée de la nuit…

 

Et c’est peut-être qu’à ce moment-là, l’on chantera à des milliers de lieues de là : « Entendez-vous dans les campagnes, Mugir ces féroces paroles : Que Vive le Québec Libre ! ».

 

En français. 

22/07/2010

Adhésion et 5è Suisse

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Il est intéressant de lire tous les commentaires dans la presse écrite et médias Web: le peuple suisse est à une large majorité contre une adhésion à l'Union Européenne. Le Gouvernement rappelle qu'il a pris acte en 1992 de l'échec sur l'EEE. La Commission Européenne prend acte de l'échec sur l'EEE.

Cependant, tout cela est intéressant car lorsque l'on regarde l'historique par rapport aux votations concernant l'ONU, on se rend compte qu'en 1986, le peuple s'était prononcé à 75% contre l'adhésion à l'ONU. 16 ans plus tard, on y adhérait.

1992, c'était il y a plus de 18 ans!

Après 16 ans, pour l'ONU, on pense reconsulter.

Après 18 ans, pour l'UE, on estime qu'il est trop tôt. Deux ans de plus, c’est « trop tôt ».

Cherchez l'erreur. Aucun journaliste n'a fait de lien avec les deux affaires, Aucune opinion ou édito a repris ces deux constats. Il serait donc intéressant maintenant que les pros Adhésion votent systématiquement "non" à tous les sujets concernant l'Europe. Leur voix s'ajouterait aux europhobes. Une fois tous les accords tombés ou rompus de la part de l'UE, une seule possibilité subsisterait: l'Adhésion.

En tant que jeune suisse de l'étranger, j'entends et je vois tous les jours le mépris que l'on peut entendre au café du commerce sur la Suisse. Alors on lit partout que notre image est "propre", reste "belle". Les think-tanks politiques d'Avenir Suisse commandent des rapports œillères: certes, les politiques et ambassadeurs gardent toujours leur langue diplomatique: «La Suisse ? Rien à redire.» Mais lorsqu’il s’agit d’aller prendre le pouls au Café du commerce, là ou finalement le réel pouvoir populaire existe, la réalité est amère : les Suisses sont des « salauds », « profiteurs», « blanchisseurs d’argent sale’ , «racistes», «xénophobes». Les Suisses de l’Etranger sont soumis à des pressions énormes. Il faut sans cesse aller défendre l’image du pays, rectifier le tir, explique le pourquoi du comment. La classe politique helvétique n’en a que faire de la 5è Suisse. L’idée va ressortir l’an prochain comme ce fut le cas en 2007. La 5è Suisse sera « importante » dans les voix à récolter. Mais le tout s’arrêtera là. Les Suisses de l’Etranger votant dans le Canton de Vaud sont même des « sous-citoyens ». Ils ne peuvent élire les membres du Conseil des Etats, mais sont cependant appelés à se prononcer par référendum sur des textes de lois votés également par… le Conseil des Etats. Cherchez l’erreur ! Les étrangers, qui devraient avoir un droit de vote au niveau cantonal (voire au niveau fédéral) sont mieux traités que les Suisses de l’Etranger dans les cantons qui octroient des droits cantonaux aux premiers, alors que les seconds, Suisses, sont amputés de leur droit civique au niveau cantonal tel que dans le Canton de Vaud.

La représentation des Suisses de l’Etranger (et un fonctionnement parfois plus qu’opaque du Conseil des Suisses de l’Etranger avec des intérêts bien particuliers où l’on pourrait parfois se demander de quel côté les politiciens se trouvent – Pourquoi le président du CSE vit…en Suisse ?! Re-cherchez l’erreur au niveau « légitimité de mandat représentatif !), la politique et l’intérêt que la Suisse porte aux Suisses de l’Etranger est intimement lié à l’UE et aux affaires Européennes. Quelle catastrophe cela serait si les Accords Bilatéraux devenaient caducs pour tous les Suisses vivants dans un pays de l’UE.

La Suisse a d’énorme progrès à faire : mettre sur pied d’égalité ses citoyens vivant à l’étranger et arrêter de se voiler la face concernant l’UE. Certes, cette UE souffre d’un énorme déficit démocratique. Les problèmes de l’Euro rendent l’amour encore plus difficile. Mais cette adhésion est importante. Il est plus important d’agir que de subir. Les europhobes pensent que les petits Suisses ne feront pas le poids. Mais les Romands trouvent parfois des alliances de bonne fortune avec certains Alémaniques ! L’UE est à l’Europe ce que les Cantons sont à la Suisse. Le tout est basé sur des alliances, sur des compromis.

Malheureusement, les médias, l’opinion politique et le Parlement, pire le Conseil Fédéral, ne voient pas cela d’un même œil. Il est temps aujourd’hui de relancer l’idée d’une adhésion, quitte à se casser les dents aux prochaines élections. Le Référendum reste une arme populaire redoutable, les minorités ont souvent réussi à se faire respecter.

16/07/2010

17 Millions de citoyens en plus contre une «Plus-démocratie» ...

drapeau_suisse.gifLorsque l’on parle d’un éclatement de la Belgique et d’un rattachement de la Wallonie à la France, tout le monde en parle. Lorsque l’on diffuse des sondages (qui valent ce qu’ils valent) concernant une majorité de citoyens résidants dans les régions frontalières de la Suisse et que ces derniers sont de 70% à 80% à considérer la Suisse comme étant plus intéressante fiscalement (bouhhh) et démocratiquement (ahhh) par rapport à leur pays et où de plus une majorité des sondés, toute région confondue, est pour un rattachement de leur région à la Suisse, alors là, c’est le silence du mort. Aucune trace du résultat du sondage dans les médias français. Normal.

Si l’idée est totalement saugrenue pour les Capitales bien éloignées de ces régions périphériques, et que l’idée du rattachement est utopique pour dire réellement ce qu’il en est, il est intéressant de se pencher sur ces résultats. Alors qu’une résistance s’organise en Suisse face à l’Union Européenne où les gens estiment qu’elle n’est ni démocratique au sens suisse du terme, ni économiquement intéressante (cf l’euros catastrophe et la «solidarité» européenne» avec la Grèce), la Weltwoche, journal bien conservateur de la droite décomplexée et proche des idées et des thèses du parti nationalo-conservateur de l’Union Démocratique du Centre (UDC) a publié ce jeudi 15 juillet un sondage très intéressant : sur 1791 sondés par l’Institut SwissOpinion, l’idée de devenir Canton suisse séduit : «Dans le Vorarlberg, 52% des personnes interrogées soutiennent l’idée de rejoindre la Suisse, 35% sont opposées et 13% ne savent pas. En Savoie/Haute-Savoie, l’idée séduit 48% des sondés, contre 39% hostiles et 13% sans opinion. Dans le Bade-Würtenberg, c’est oui à 48% et non à 40%, alors que la proportion est de 52% en faveur et de 44% contre dans la région Côme/Varèse.» rapporte le journal 24Heures.

Alors certes, l’attrait fiscal est intéressant. Cependant, ils oublient que l’attrait fiscal pour les citoyens suisses n’est pas appliqué à leur porte-monnaie et que seuls les étrangers peuvent en bénéficier. Mais ce qui est encore plus intéressant est le degré de démocratie, directe, si possible, qui séduit : «Entre 82% (Côme/Varèse) et 72% (Savoie/Haute-Savoie) des sondés estiment que le système politique suisse, qui donne davantage la voix au peuple, devrait être transposé dans leur pays.» explique Romandie.com.

Toute région confondue, les moins de 35 ans sont à 2/3 favorables à rejoindre la Suisse dans un temps futur. Les micros-trotoirs de la Télévision Suisse Romande confirmait l’idée d’un rattachement à la Suisse, une commune italienne, Varèse, sentant venir le vent du boulet passer a même voté une motion réaffirmant le caractère italien de la commune à une courte majorité. grande-suisse.gif

Les Ultra-Défenseurs de l’Ultra-Démocratie de l’UDC avaient flairé le coup il y a un mois. Le conseiller national (législatif de la Chambre-basse) Dominique Baettig avait déposé une motion afin de demander au Conseil Fédéral (Exécutif) de prendre des dispositions afin d’accueillir toute région limitrophe à la Suisse de rejoindre la Confédération. Sur ce, le Conseil Fédéral avait rétorqué, bien emprunté que ce « serait un acte politique inamical, que les Etats voisins pourraient considérer, à juste titre, comme provocateur. Elle nuirait donc de manière grave aux relations avec les Etats concernés. » Baettig avait créé une réaction dans le journal du Figaro du 22 juin 2010, le journal le décrivant tel un « psychiatre loufoque».

 

Le hic, c’est que Baettig pensait probablement déposer cette motion afin de ne plus rendre son canton, la République du Jura, si « périphérique ». Mais sa motion avait fait chaud au cœur aux indépendantistes savoisiens de la Ligue Savoisienne et du Mouvement Franche-Comté, qui militent activement pour un rattachement à la Confédération suisse rappellant au passage le haut degré de démocratie (directe, proportionnelle, de référendum et d’initiative) de leur voisine helvétique non sans hésiter de rappeler que le rattachement de la Savoie à la France n’a toujours pas été enregistrée auprès de … l’Organisation des Nations Unies en 2010 et que tout traité non-enregistré devient caduc.

Alors si l’idée fait rêver les uns et les autres, il serait intéressant de voir que cette Suisse d’environ 25 millions d’habitants (bientôt 8 millions actuellement) serait la conséquence directe de la politique actuelle de Bruxelles et de l’Union Européenne.

Européen convaincu dès 1992 après le rejet de la Suisse à l’EEE, et sachant que la Suisse a inventé des siècles auparavant ce que l’Europe met en place actuellement (uniformisation des poids, des mesures, de la douane, des monnaies, des lois fédérales, de la défense), il est émotionnellement inconcevable que la Suisse rejoigne un jour l’Union Européenne. Mais rationnellement, elle se doit d’intégrer l’Union Européenne. Pour l’unique et bonne raison qu’il faut plutôt agir que subir, ce qui est le cas actuellement. Mais la Suisse est bien plus « européenne » que le Royaume-Uni. L’Euro circule librement partout et tous les prix sur les factures sont indiqués en Francs et en Euros, elle est membre des Accords de Schengen et de Dublin. Elle ne co-décide pas, mais saurait-elle se faire entendre noyée dans 350 millions d’européens ?

Donc d’après les sondages, les citoyens des régions limitrophes chérissent cette démocratie directe et participative suisse. Cela traduit donc les problèmes que l’Union Européenne a actuellement. L’Union Européenne n’a pas encore réussi son réel test de démocratie, elle est à la base une organisation économique, ni plus ni moins. C’est avec les années que la Culture, le social (et encore !) ont pris une « petite » place dans l’idée de l’Union Européenne.

Mais comment concevoir qu’une entité se disant démocratique puisse demander par deux fois aux Irlandais de revoter parce qu’ils n’avaient pas voté comme l’Union Européenne le voulait ? Ce simple constat montre l’immense mépris que l’institution tient pour ses citoyens et leur droit à la parole. Alors certes, l’Union Européenne est jeune et rien n’est jamais parfait.

L’envie de démocratie, en 1919, le Vorarlberg en avait voulu et avait déjà voté son adhésion à la Suisse à environ 80%, mais les Radicaux (Protestants) et les Romands (francophones) avaient fait capoter le projet, estimant qu’une trop grande proportion de catholiques germanophones auraient pu déstabiliser le fragile équilibre que la Suisse venait d’acquérir après sa dernière guerre civile menée en quelques jours et ayant vu les cantons Catholiques-Conservateurs écrasés par des cantons Protestants-Radicaux.

Finalement, les habitants de ces régions limitrophes ont répondu « oui » au sondage, mais il est a parier effectivement comme le disait le Président des Verts Ueli Leuenberger dans Le Matin que « c'est le genre de sondage où l'on répond «pourquoi pas», mais je suis certain que, dans les urnes, la proportion de oui serait tout autre.»

Il n’empêche qu’à l’origine de ce ras-le-bol, tout est question de démocratie, directe et participative. Dans un monde de la globalisation ou tout le monde doit ressembler à tout le monde, les éléments culturels ressortent afin de montrer qu’ici, ce n’est pas là-bas. La même idée qui a découlé de la votation sur les Minarets. L’affirmation du caractère original de la région reprend petit à petit le dessus, l’idée d’être Européen séduit (de moins en moins certes au café du commerce, mais séduit toujours l’élite politique majoritaire) et les Peuples s’entêtent à ne plus faire confiance à leur dirigeants. Il est cependant plus sain de vouloir rejoindre un pays démocratique, que de voter les extrêmes. Finalement, l’enrayement de cette opinion de rejoindre la Suisse pourrait être effectif si les gouvernements nationaux et l’Union Européenne mettait la vitesse supérieure concernant la démocratie directe.

14/07/2010

Plus petite, mais bien plus mature

FranceSuisse.gifBenjamin Lancar, président des Jeunes UMP qualifiait il y a quelques jours, l’Equipe de France de Football ayant pitoyablement «réussi» son mondial, d’équipe de «racaille» et d’«islamisation». Alors si le mot islamisation est vraiment déplacé et note le discours délirant que tient l’UMP plus ou moins sur n’importe quel sujet d’actualité, le terme de racaille doit mener à réflexion.

«Racaille». Dans ce terme, il y a une dérive de l'essence même du mot actuellement et si son utilisation ici est telle, c'est effectivement déplacé de la part de Benjamin Lancar d’avoir utilisé ce terme. Reste qu'à mon avis, effectivement cette équipe est assez méprisante et même méprisable. Les traiter de racailles, c'est donner à l'équipe de France une importance bien trop grande par rapport à ce qu'elle croit être et ce qu'elle est vraiment. Le problème majeur des « ouvertures du possible » de ce que la France pouvait espérer réaliser en Afrique du Sud était la croyance que le temps reste figé, que 1998 c’est 2010. Mais l’histoire fantastique de l’équipe de France relève également d’un état d’esprit actuel flagrant qui se retrouve en France depuis quelque temps : le mélange des genres et l’amalgame.

Le mélange des genres est propre à ce pays : pour beaucoup d’exemples. Notamment le fait de gagner aurait procuré un sentiment de bien-être en « ces temps de crise ». J'ai entendu "faut gagner, ça aiderait les Français en ces temps économiques moroses." On peut l'entendre, mais le justifier est totalement déplacé. Et en lisant la presse espagnole, italienne, anglaise voire même américaine, on ne parle pas de la même façon de la défaite et de "l'honneur". En fait, c'est juste une question d'une arrogance toute faite. "Personne" n'a pu imaginer "un seul instant" perdre. Et c'est ça le drame. Vivre du fantasme de la victoire et en faire sa seule raison de vivre. Il y'a le sport, et normalement, le reste. En France, j'ai encore peu entendu la différence. Et je suis même étonné qu'on n'ait pas encore demandé la démission de la ministre des Sports vu l'état d'esprit actuel de la chose qui règne dans le "règlement de compte citoyen" envers la FFF et l'équipe.

Après, en faire un truc national, mêler politique et sport, se sentir atteint dans son intégrité nationale à travers une coupe du monde grâcieusement perdue et galvaudée la main volée, ou d'en faire une histoire nationale, c'est là aussi une dérive dangereuse. En faire un psychodrame national, et les traiter de racaille, les deux choses sont simplement... pathétiques. Ils ont perdu. Ils n'étaient pas les seuls. 30 autres équipes ont aussi perdu à un moment donné. Et puis voilà. C'est le sport. On en a voulu à l'Editeur en Chef de l'Equipe pour avoir eu la bonne idée de rapporter en ces termes bien homophobes ce qu’il se dit sur les terrains de foot, on voulait pendre le "Traître", faire disparaître le Président de la FFF de la fédé, punir les joueurs... Bah c'est bon. Y'a les retraites, y'a les petits cons qui viennent casser du pédé à Bastille le jour de la gaypride, y'a des dérives sociales, économiques. Ca c'est important. Qu'une bande de petits gâtés perde au premier tour d'une coupe du Monde, ça n'a rien de plus extraordinaire que les 15 autres équipes qui sont dans le même cas, et là, on n'a pas ce même psychodramo-nationalistico-pathético-français qui fait étalage pitoyable par les supporters, les anti-Domenech et les autres. Ma foi, on a souvent ce qu'on mérite. Parait-il. Pour en revenir au terme: Racaille est donc pitoyable si l'idée de racisme se trouve là derrière. Dans mon dico de 2002 (ça date), je lis "Racaille: 1).Vieilli. Couche la plus basse de la société, considérée comme la plus méprisable. Populace - 2) Ensemble d'individus méprisables".

En synonyme tout compte fait, la "superbe" phrase honteuse de l'ancien Premier Ministre: "La France d'en Bas". Lancar est donc dans le faux. Les petits tricheurs que sont Henry et les petits malpolis que sont les Anelka ne sont pas de la "populace". Mais bien de cette merveilleuse France bling-bling. On n'est donc très loin de la racaille…

Et l’islamisation de l’équipe révèle l’ethnocentrisme français. L’article du journal « La Croix » revenait sur le fait que la Suisse « avait gagné à s’ouvrir» avec une équipe multiculturelle. On croit rêver. Mais cela est totalement excusable. La majorité des Français ne connaissent rien à leurs voisins Suisses sauf les clichés que l’on retrouve partout. Chocolat, montres, argent sâle et gros racistes. La différence cependant est que contrairement à l’équipe de France qui a des joueurs issus de l’immigration principalement de leurs anciennes colonies et de ce passé pas toujours glorieux, la Suisse reflète dans son sport son ouverture tant décriée par tout le monde qui n’y connaît rien. Hingis et Federer ont des origines étrangères, l’équipe de Suisse de football comporte beaucoup de binationaux, ce qui n’est pas le cas de l’Equipe de France : Cap-Vert, Kurdistan, Congo, Turquie, Kosovo… Il faut également regarder le nom des joueurs : italiens, français, allemands, et d’autres consonances. Le sport fait et a toujours fait fi de la différence et de l’étranger. Et les Suisses ne se sentent que vraiment Suisses lors de grands événements sportifs. Pas de différence, pas de francophones, pas de germanophones, pas de binationaux, juste le sport. Et c’est ce sport justement qui révèle également le visage du pays. Alors certes, il y a une image très méfiante envers l’étranger. Mais la Suisse reste un pays multiculturel, qui a réussi bien mieux que sa voisine française l’intégration due à une terre d’asile (et non pas au fait d’assumer un passé colonialiste) et à un Peuple qui continue de se construire avec l’Autre. Avec parfois des dérives populistes comme ce fut le cas avec les Minarets, mais qui reste dans l’ensemble un pays où il fait bon vivre, où les différentes cultures, religions, peuples qui la composent ont réussi, à l’inverse d’autres pays comme des pays centralistes et étouffants tels que la France ou au contraire, comme des Confédérations multiples telles que la Belgique et même la Canada, à vivre ensemble, à se côtoyer sans avoir « parqué » ses citoyens dans des cités, et en assumant tant bien que mal une politique humanitaire qui est et reste pour l’instant très importante. La crise mène toujours à un rejet de l’autre, des étrangers. La Suisse n’y échappe pas. Mais contrairement à la France et à son arrogance toute trouvée, elle sait également se faire discrète, aller à plusieurs en Afrique du Sud pour être heureux d’y aller. Mais en perdant, aucun psychodrame comme en France. Sur ce point là, elle est bien plus petite, mais bien plus mature que sa voisine.

31/03/2010

Tout le monde en a. Pas le PLJ.

JS.gifNous sommes en 2010.

Internet grouille de sites politiques en tout genre. Presque tous les partis ont un site internet sur lequel on peut y trouver leurs candidats, le travail effectué pendant la législature les statuts du parti, un logo, des textes, des liens, des programmes.

Tous ? Non. Pas le Parti Libéral Jurassien (PLJ).

Le parti, en « alliance» avec le PDC du Jura Sud (PDC-JS) fait office d’exception et d’anachronisme dans cette toile politisée. Pas de photo ou presque et aucune information réellement percutante sur le site du PDC du canton de Berne ;  il faut chercher le site du PDC Suisse pour y trouver quelque chose: une photo et une adresse tout au plus sur le site du PDC du canton du Jura en ce qui concerne le PDC du Jura Sud. Et qu’en est-il du PLJ ? Rien.

Le PLJ est un parti Fantôme.

Pas d’adresse.

Pas de membre connu.

Pas de site internet.

Pas de programme.

Pas de logo.

Pas de statut.

Pas de personnalité qui met en lumière le parti, comme c’est le cas avec le Parti Socialiste Autonome du Sud du Jura (PSA-SJ).

Rien. C’est le néant, le néant total en ce qui concerne le strict minimum requis qu’un parti se doit d’avoir sur la toile pour assurer un minimum de visibilité. À part un nom très étrange qui ne définit apparemment ni sa réelle orientation, ni son origine communément acceptée par la majorité des Romands lambdas, le Parti Libéral Jurassien n’est ni libéral ni « jurassien » ; on s’entend bien, il est cependant présent dans la région appelée et connue principalement sous le nom de « Jura bernois ».

Alors certes, le PLJ a eu un élu il y a fort longtemps, Jean-Claude Zwahlen, qui, entre 1984 et 1989, siégea pour le PLJ au Grand Conseil bernois. Et de 1991 à 1995 au Conseil national sous l’étiquette du… PDC-JS. Alors on a beau ne rien comprendre, chercher à comprendre, tenter de retrouver une trace quelque part, il n’y a rien. La Chancellerie bernoise est incapable de donner un nom d’un responsable du PLJ. Les Statuts du parti, élément essentiel pour la reconnaissance d’une organisation politique sont introuvables. Christian Vaquin, membre du PDC-SJ, expliquait dans une interview au Journal du Jura que le PLJ « naviguait plus à droite » que le PDC. Le PLJ serait donc un parti actif ? Alors où ?! Localement à Moutier ? Aucune trace sur le site de la ville de Moutier : aucun acronyme « PLJ ». Et dans la presse, un élu PDC qui parle et présente le PLJ.

Après avoir cherché partout sans rien trouver, trois constatations surgissent : premièrement, le PLJ doit certainement être un parti alibi, dont tous ses membres, s'il en reste, doivent être invisibles et inaudibles, doivent avoir une moyenne d’âge très élevée et dont personne ne doit vraiment être capable d’assurer le minimum requis que l’on peut attendre d’un parti politique et de sa présence sur internet en 2010. C’est, disons-le clairement, une grave erreur de communication. Le seul parti qui se présentait à ces élections bernoises sans avoir de vitrine internet permettant de voir qui fait quoi et quelles sont les idées qu’il prône était le soit-disant «PLJ».

La seconde est que les jeunes, s’ils sont allés voter, n’auront donc pas voté pour un parti de vieux, et qu’après avoir très certainement cherché des informations sur internet en vain et de n’avoir rien trouvé de réellement concret ni sur le PDC-SJ ni sur le PLJ se seront détournés rapidement de ce parti fantôme : on ne vote pas pour quelque chose qui n’existe pas.

Troisièmement, les membres de « L’Entente » (entre le PDC-SJ et le PLJ) ont donc un nom qui ne reflète qu’une capitalisation d’intérêt sur l’histoire entre 1984 et 1989 (tout au plus 1995) et que 15 ans après avoir eu son dernier réel élu, le PLJ ne fait plus aucune « Entente » puisqu’il n’existe apparemment pas.

Malheureusement, sans exister, sans se faire connaître, il ne fallait pas être devin pour penser qu’au soir du 28 mars 2010, l’alliance entre un parti vivant mais ridicule quand à sa présence sur internet, le PDC-SJ et un parti alibi-fantôme qu’est le PLJ ne pouvait que mal se terminer. Au grand dam des Autonomistes. Et le seul siège de l’Entente entre le PDC-SJ et … lui-même, a donc été rayé de la carte politique, où par chance, il existait encore. De là à dire que c’est de la faute à internet, je ne me le permettrais pas. Il aurait fallu changer son nom, ne garder que PDC-JS et oublier très vite ce faux parti qu’est le PLJ. Mais finalement, un parti qui n’existe pas n’a rien à faire… sur internet. Ni dans un parlement. Dommage pour le PDC-JS. Et dommage pour les forces autonomistes, plus qu’utiles dans ce monde démocratique. J’espère que les leçons entre partenaires sur la communication en 2014 seront révisées. Où alors que l’ «Entente» se fera entre le PDC-JS et un parti qui lui, existe bel et bien, réellement, avec des membres, un programme, des statuts, un logo, et… un site internet.

18/10/2009

Post Tenebras, Tenebras

GEflagFR.gifIl suffit de lire les commentaires et les articles de la presse française principalement pour se rendre compte que la Suisse n’a plus aucune grâce auprès de nos « amis » français. Eux qui aiment à nous appeler « nos amis Suisses » avec ce ton débile de condescendance paternaliste, ne savent finalement que très peu de « leurs » amis. Le Figaro, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Le Point, et d’autres journaux ont tous des articles suivis de commentaires ouverts pour leurs lecteurs. Et force est de constater qu’outre Doubs, l’amitié condescendante s’est transformée en helvétophobie primaire de la France d’en Bas.

Après l’affaire Kadhafi un grand journal national français expliquait que les ressortissants suisses détenus en Libye étaient « considérés en Suisse comme des ‘otages’ » remettant de facto en cause le terme « otage », après l’affaire Polanski, où finalement Christophe Barbier dans son édito podcasté disait : « Est-ce que la Suisse a eu raison d’arrêter Polanski. Non, la Suisse a eu un comportement inacceptable » en parlant « d’une sorte d’otage en prenant Roman Polanski – C’est illisible, c’est incompréhensible, c’est inacceptable. »  La Messe est dite. Barbier aurait du tout de même réviser ses classiques en Droit international. L’imprescriptibilité des actes pédophiles est votée en Suisse comme aux USA et donc une demande d’extradition formulée par les USA à la Suisse, comme stipulée dans une Convention Internationales signée entre les deux pays, doit se faire. L’Ostie est avalée. La France serait la première à venir pleurnicher si la Suisse ne respectait pas des traités binationaux signés avec elle. La France n’a pas fait tout un foin quand en 1999, la Suisse a extradé Maurice Papon en France. Là, c’est soudainement compréhensible, lisible, donc acceptable.

Et puis il y a cette affaire du Secret bancaire. La France d’en Bas ne lit et n’écoute que la presse, totalement incompétente sur ces questions, reprenant largement clichés et faux constats. La vérification des sommes transférées sur les comptes suisses est plus stricte et sévère que le laxisme français, depuis l’affaire des fonds juifs en déshérence, la Suisse ne peut plus laver plus blanc que blanc. Alors le G20 se réunit, l’OCDE se réunit, la dernière fois à Londres, afin de parler des places « opaques » financières. On pourrait clairement dire que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Londres, place financière européenne totalement opaque, métropole et point phare du Commonwealth, là ou le Chef d’Etat des Bermudes, des Bahamas, des centres off-shores gère de loin les affaires de ces états, tous paradis fiscaux.

Alors la Suisse, placée sur liste « grise » a la « chance » d’être taxée de pays responsable de la crise actuelle (et les Subprimes de ces Américains, qui d’ailleurs ont le Delaware totalement defiscalisé ?) et de tous les maux de la crise économique.

Soyons clairs : le Secret bancaire ne m’intéresse pas. Je ne peux pas en profiter, et n’aimerais pas en profiter. Cela va à l’encontre de ma conception de la société solidaire. Les impôts impopulaires sont la base même d’une société permettant d’avoir des crèches, des bibliothèques, des transports de qualités, des routes bien tenues, une vie culturelle développée, une éducation nationale ne se transformant pas en centre agricole d’élevage bovin...

Les Suisses bénéficient de « l’évasion fiscale ». Cependant, une énorme majorité continue de payer et de déclarer ses revenus, car dans ce pays, on est conscient que sans argent et sans impôt, la qualité de vie incomparable à la qualité de vie française ne serait pas possible.

Il y a alors les commentaires des lecteurs de ces journaux : racisme, xénophobie, helvétophobie. Morceux choisis de choses entendues de vive voix par des connaissances d'amis. Mes amis ne se permettent pas quoique... certains ne se gènent pas:

"Vous financez le terrorisme international" c'était le plus beau je pense. On a beau avoir des règles strictes, envoyer des "Présence Suisse" ,qui à part signer des contrats pour l'économie, ne doit vraiment rien foutre de la journée, normal, sont pas affiliés aux Libéraux-Radicaux?! - je m'égare...
"On devrait vous faire plier quitte à ce que vous creviez dans votre merde d'argent nazis" - entendu au détour d'une discussion échauffée. "Votre pays doit être le pays le plus corrompu de toute l'Europe" - en même temps, il fait Sciences po, mais ne situe pas la différence entre la Palestine et la Jordanie.
"Votre secret bancaire: vous lavez plus blanc que blanc, vous n'êtes que des salopards qui s'enrichissent sur le dos des dictateurs", "y'a pas de démocratie chez vous, vous n'êtes ni laïcs, ni républicains, ni même démocrates", "vos lois sur les étrangers sont pires que ce que le Front National propose" - normal, je dis, faut se protéger des français tout de même...
Par contre, quand on leur dis qu'au Jura, les étrangers peuvent être élus Maires, ils te disent: on s'en fout, « vous êtes des sales racistes de merde ». « Votre armée est soi-disant grande, mais on vous éclate la gueule en deux minutes. Vous êtes tellement un petit pays merdique." Bref en gros, le secret bancaire fait des ravages et des malheurs. On doit en fait payer pour toutes les crises économiques de la planète, on va nous le "faire payer" on va "nous faire crever".


Le pire, c'est que tout cela, me rend, en tant que Suisse de gauche, social-libéral, ouvert sur l'Europe et sur les autres, en total repli par réaction épidermique: tu en oublies ton patriotisme éclairé et ouvert, et tu repars sur un nationalisme fermé. Je m'en fout du secret bancaire, mais j'en deviendrais presque le plus grand fervant défenseur juste pour les faire taire.

« Voisins indélicats » nous gratifiait Arnaud Montebourg. En même temps, je ne sais pas s’il est une bonne référence.

On commences à vouloir défendre son armée en faisant du Service Civil, et on pense aussi que finalement si UBS pouvait crever, qu'elle crève en faisant crever toutes les autres banques françaises.. Un reportage sur France3 expliquait que des collectivités locales en Île de France mettaient de l’argent dans les banques suisses, car elles étaient plus sûres. On crache sur la Suisse, mais on est bien content de pouvoir bénéficier de ses « avantages ».

L'UE est démocratique, mais qu'elle impose des décisions à d'autres l'est finalement pour eux tout autant. Par contre, ils sont les premiers à grognasser comme des loups quand Bruxelles leur demande des comptes sur leur agriculture et la PAC.

En gros, on est des abuseurs, malsains, malhonnêtes, corrompus, racistes, xénophobes, repliés, intégristes, blanchisseurs, retardés, voleurs, indélicats, responsable de toute la merde du coq français...

Alors il y a des élections à Genève, en temps de crise économique. La crise économique a toujours rejeté la faute sur le voisin. Comme la France l’a fait et continue de le faire avec la Suisse, pays dont on ne savait même pas qu’il existait à côté de la France avant 2007, pays dont personne ne parlait, que personne ne connaissait, où tout le monde pensait que la capitale était Zurich ou Genève, ces villes de banquiers qui comme le dit le Figaro « ont aidé les Médicis et les Rois de France ».

Et si cela est valable pour la France, elle l’est d’autant  plus pour la Suisse. Attaquée de toute part, sans aucun allié – bien fait, ils n’avaient qu’à faire partie de l’Union Européenne – le repli épidermique s’est fait sentir. Quelques illuminés genevois de l’Union Démocratique du Centre et du Mouvement des Citoyens Genevois ont capitalisé quelques 23.3% des suffrages aux dernières élections du Grand Conseil le 11 octobre dernier. Et ces deux partis ont fait leur campagne sur la haine viscérale du frontalier français, responsable de la crise économique. Bonnet blanc, blanc bonnet. Et là, Le Monde, Le Figaro, Le Point nous pondent des articles : mais comment osent-ils ne pas nous aimer, ces Suisses sont vraiment « tous » des racistes.

La votation lancée par l’Union Démocratique du Centre et l’Union Démocratique Fédérale contre l’érection de minarets est encore plus incomprise à l’étranger. Et le résultat risque d’être explosif. Le PS et la droite libérale PLR ne font pour l’instant rien. L’affaire Kadhafi par la Libye, pays musulman, risque d’échauffer encore plus les esprits. L’incompréhension règne. Alors que la Suisse a un système juridique « faux » - sic le Président de la Confédération Merz – quand elle arrête Kadhafi pour contrevenance aux lois suisses et de l’Etat de Droit, l’arrestation de Polanski est, quant à elle, justifiée par l’Etat de Droit. La Culture ne fait pas le poids face au Pétrole.

Une semaine passée à Zurich m’a cependant rassuré. Alors pris dans la tourmente, la Zwingliste zurichoise vit comme si de rien n’était. Pas de titres sur la haine des pays voisins à notre égard, les gens vivent avec leurs soucis, vivent la crise, mais ne s’en formalisent pas. Ils ont d’autres chats à fouetter, ou sont peut-être simplement plus matures que leurs voisins.

A mon avis, le pire, c'est que les Français pensent sincèrement que la Fondue et la Raclette c'est français, que l'Emmental (sans -h) vient de Normandie et que le Gruyère a des trous... Education Nationale et bac offerts, voici le résultat de Ginette et Germain de la France d'en Bas, du Poitou et de Lozère. Le Hic, c'est que Paris est majoritairement constitué de provinciaux... ;)

Ah "cynissitude" quand tu nous tiens... ;)

24/09/2009

La TSR - parfois un peu idiote

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La TSR se fait la spécialité parfois de l'incongru. Elle considère le Valais comme un canton parfois totalement romand, et parfois nous met un Valais coupé en deux lorsqu'il s'agit de la Romandie. Il en va de même pour Fribourg. Par contre, les Jurassiens bernois sont systématiquement considérés comme de vrais Staubirnes. Pendant des années, lors des votations fédérales, le canton de Berne, pourtant officiellement bilingue, était relayé à droite de l'écran, distinctement séparé des autres cantons romands, comme s'il était un "faux" canton romand. Après de vifs échange avec André Crettenand, qui m'affirma haut et fort que je me faisais des idées, et après être allé poser une règle sur mon téléviseur, il en fit de même, il avoua que "oui", Berne était effectivement "décalé" par rapport aux autres cantons. On apprend donc à la TSR que ses graphistes décident eux-même de la "romandicité" des cantons et que cette dernière ne se définit apparemment pas par la langue constitutionnelle. berne.gif

Mais la TSR fait encore plus fort. Après ignorer les Romands du canton de Berne considérés comme des Staubirnes, la voilà qui depuis des années s'amuse à redessiner les frontières internationales. En effet, toutes les cartes montrant l'Inde éliminent purement et simplement le Cachemire. Inutile de rappeler que si effectivement, le Cachemire reste en proie a des dissentions séparatistes, l'ONU a fixé des frontières internationales que la TSR décide simplement et purement d'ignorer. A quand la France sans la Bretagne, l'Autriche sans le Vorarlberg, le Canada sans le Québec et l'Italie sans la Padanie? La TSR nous le dira. Ce qui est donc considéré comme totalement dérisoire avec l'Italie, la France, le Canada et l'Autriche s'applique tout bonnement à l'Inde. Pour la TSR, l'Inde est un état clairement distinct du Cachemire. Ben voyons... Réponse d'André Crettenand à l'époque lorsque je l'avais interpellé: nous avons un logiciel qui nous sort ces cartes, nous ne pouvons rien changer. Re-Ben voyons. Peut-être serait il temps d'acheter un autre logiciel avec des cartes respectant les frontières internationales délimitées par l'ONU. Ou peut-être est il temps de payer aux graphistes des cours de formation professionnelle en géographie internationale. switzerland.jpgsuisse.gif

Mais mieux encore. Alors que CNN s'amusait à placer la Suisse à la place de la République Tchèque sur une de ses cartes il y a de cela quelques années, la TSR a fait encore mieux! Le 23 septembre 2009, elle nous a remis l'Inde sans Cachemire, mais les graphistes (ou le "fameux" logiciel qui décide tout, tout seul) ont réussi à placer les Îles Féroé à... Hawaï!

Oui. Bien sûr.

Résumons.

La TSR estime que le Valais est parfois séparé en deux, que Fribourg n'est que romand ou alors est effectivement «séparable», que le Jura bernois n'est qu'alémanique; à la météo de la TSR, les quatres points cardinaux sont "Est", "Sud", "Ouest" et "Valais", le Cachemire est indépendant et les Îles Féroé sont paumées au plein milieux de l'Océan Pacifique.

MeteoTSR.gifOn aimerait croire qu'on est moins bête ailleurs, mais force est de constater que parfois, même chez nous, on peut vraiment faire preuve de ...

 

 

 

 

LA SUITE: 14.06.2010

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Oui, la TSR peut vraiment faire preuve de... Enfin, après avoir critiqué TF1 qui avait placé la Wallonie à la place de la Flandre, la TSR fait encore mieux. Elle s'amuse à réinventer les noms des partis politiques (MVA au lieu du NVA) et redessine pour la ixième fois les cartes géographiques. La Wallonie obtient 1/3 de la Flandre. Si la TSR pouvait régler les questions existentielles des Belges, ça se saurait. Ce qui se sait, c'est qu'en Géographie, c'est vraiment pire qu'M6, TF1 et RTL9 réunies à savoir: la nullité suprême dans ce qui se fait de pire.flandres.jpg

18/05/2009

L'Inde a voté

incflag.gifL’Inde a voté. Dans un immense pays en proie à des tensions linguistiques, religieuses et indépendantistes, les quelques 60% des électeurs s’étant déplacés ont donné une large majorité au Parti Indien du Congrès, parti politique se basant principalement sur la sécularisation de la société et la laïcité dans un pays très religieux et où les réflexes religieux sont profondément ancrés dans la société. Evidemment, l’Inde n’est pas parfaite. Le rôle des castes joue une part importante et façonne la société qui tente de résister à une sécularisation entière et intégrale, ce qui ne sera malheureusement pas possible dans un proche avenir, ni même dans nos sociétés démocratiques dites « occidentales ».
De plus, le Parti du Congrès Indien fut, après son retour au pouvoir en 2004, le parti qui plaça un Président musulman, un Premier Ministre sikh et une cheffe de parti catholique. C’est lui aussi qui plaça la première Présidente du pays, une hindoue.
Alors que la France subit un retour masqué mais visible du religieux dans les affaires publiques, la plus grande démocratie du monde a offert une véritable démonstration sur plusieurs points essentiels. Elle a montré que lorsqu’il y a des élections qui s’étendent sur plus d’un mois, les résultats définitifs ne sont pas contestés par l’opposition et qu’avant même les résultats définitifs, cette opposition reconnaissait sa défaite, ce qui nous change des élections internes au PS, et par la même occasion, ce qui change radicalement des pays voisins ou se trouvant dans la région. Elle a montré également qu’avec ses machines électroniques simples, elle n’a pas eu à observer des petits trous pendant des mois comme ce fut le cas outre-atlantique au début des années 2000. Elle a finalement démontré que la Démocratie est possible dans cette région et a donné une véritable leçon à ceux qui estiment que la démocratie en Chine n’est pas possible : autant complexe dans son relief, dans ses langues, dans le poids de sa population et dans ses religions, l’Inde a su offrir une image moderne d’un pays certes imparfait, mais atteignant un haut niveau de démocratie pour un pays en voie de développement.
Certes, il y aura eu des morts et de violents affrontements, certes, il y a de la corruption. Mais sur une échelle de plus d’un milliard d’habitants, regardons notre Europe et ses quelques centaines de millions d’habitants. Conflits religieux en Irlande du Nord, explosions et terrorisme en Espagne et ailleurs, déni de démocratie en Italie, élections truquées en Russie. Et puis les castes sont évidemment là. Mais que dire des castes en France ? La « France d’en Haut et la France d’en Bas » ? Elles aussi sont à leur manière présentes : tout en haut les élus notables, puis les grands chefs d’entreprise, depuis quelques temps, le clergé depuis mai 2007, puis les salariés, et finalement les populations d’immigrants. L’Intouchable a autant peu de chance de gravir l’échelle sociale que le petit jeune au nom de famille à consonance d’Afrique du nord. Mais la Constitution indienne stipule que l’Inde est laïque et qu'à ce titre les élections sont libres, et que les intouchables votent, puisque l'Etat ne leur reconnaît aucune caste, aucune "intouchabilité". Jai Ho !

07/11/2008

Obama, le Messie du changement

usa_flag.gifIl aura fallu du temps pour que je me remette à la tâche. UDC auto-expulsée du Conseil Fédéral, j’avais fait Madame Bonaventure en pariant sur un mariage entre Libéraux et Radicaux environ un an avant les faits, et maintenant l’Obamania déferlante et exécrable d’œillères européennes totalement omnubilées par le Messie retrouvé outre-Atlantique.

Obama fera donc date dans l’histoire américaine mais dans l’histoire en général pour avoir été élu 44è président des USA. Déjà les discussions s’engagent sur son élection : plus de 605 millions de dollars américains récoltés d’après Le Point. Un record. Il a arpenté les USA, trouvé de l’argent partout ou il allait, bref, c’est non seulement la victoire des Démocrates mais de l’Argent qui doit être pris en compte dans cette élection. N’importe quel autre parti politique ayant ramené autant d’argent aurait été taxé de gagnant grâce à l’argent : peu se risquent ici d’en parler.

Obama est le signe d’un renouveau. Jeune et dynamique, il a su apporter une envie nouvelle de faire de la politique, de participer aux élections (plus de 64% de participation, un record).

Une analyste sur CNN disait en ces termes plus ou moins bien traduits directement : « par cette élection, les USA ont montré au Monde qu’ils avaient une conscience politique. Ayant voté Bush en 2004, ils démontrent qu’ils peuvent réfléchir, s’adapter et changer d’avis ». Un peu tard non ? Deux guerres et des milliers de morts, voilà ce l’électorat a créé en revotant Bush en 2004. Mieux vaut quelques miliers de morts que jamais. Non pardon, on dit «mieux vaut tard que jamais». Il leur a fallu des morts pour comprendre leur erreur ? Pour une envie de "change"?! Pauvres Etats-Uniens.

Et puis Obama est le Messie annoncé, il a ouvert les eaux du Lac Michigan et est arrivé par la grâce divine électorale aux USA. « May God Bless America » a-t-il dit. Obama est là pour le « Change ». Pour le « Hope ». A quand une reconnaissance officielle de la Cour Pénale Internationale? A quand l’abolition fédérale de la Peine de Mort ? A quand le droit des Femmes à disposer de leurs corps dans les questions de l’avortement ? Ce sont les vraies questions, les questions actuelles. La forme est une chose. Le fonds en est une autre.

Ironiquement, d’après les statistiques de CNN à la sortie des urnes, les mêmes minorités Latino et Afro-Américaines qui revendiquaient une élection pour Obama afin d’obtenir des « Change » et des « Hope », une égalité des droits à accéder à de hautes fonctions, à finalement être considérés comme des WASP, ironiquement, ces mêmes minorités ont voté en large majorité pour des amendements constitutionnels interdisant formellement les mariages homosexuels et même les gardes d’enfants par des couples hétéros non-mariés dans quatre Etats : en Californie, en Arkansas, en Arizona et en Floride, avec des taux notamment pour la dernière avoisinant les 62% de vote en faveur d’une suppression de ces droits. Ceux qui ont voté pour le « Yes We Can ! » ont clairement dit aux homos « No You Can’t ! »

Oui c’est totalement ironique. Argumentant sur le droit de libertés, ces mêmes victimes de racisme ont voté pour des amendements racistes, puisque l’homophobie peut être considérée comme du racisme.

Personne ne s’en étonne. Personne ne dit rien. Obama est élu et c’est tout ce qui compte.

Le monde a oublié que Obama ne sera président que des USA, élu par les USA, élu pour les USA.

Aucun sens critique. Aucun questionnement quand à la suite des événements. Le nationalisme et le patriotisme américain ne va pas s’estomper. Pire, il risque d’être exacerbé : ayant pas mal d’amis Etats-uniens sur Facebook, il suffit de lire leur status : « YES WE DID IT!! Thank you America!! », « is deeply inspired by Barack - thank the powers that be! » ou encore « "AMERICA! FUCK YEAH!" » ou encore « Now with 100% more freedom ». Du grand n’importe quoi…

L’euphorie est contagieuse, même en Europe. L’unique chose que la majorité des Européens n’a pas compris c’est qu’Obama n’est -pas- un Européen. Il n’a aucune vision identique du Monde que sur le Vieux-Continent. Il voulait du « Change » et prend un vieux routier, Biden, pour la Vice-Présidence. N’a-t-il pas dit en Juin dernier que Jérusalem devait être la capitale non-divisée d’Israël ? Certes il s’est prononcé contre la guerre en Iraq. Mais à cette époque là, Obama n’était pas Sénateur. Même Joe Biden avait voté pour. Aurait-il fait le même choix s’il avait du prendre la responsabilité pour son pays à l’époque de voter non ? C est toujours plus simple à dire quand on n a pas la décision à prendre.

La victoire d’Obama est importante. Sans aucun doute. Elle est bonne pour les USA également. Il n’en reste pas moins que Obama ne « CHANGE »-ra pas de ce qu’il est fondamentalement : un Etats-unien qui ne se battra que pour les meilleurs et uniques intérêts de son propre pays. « He’s a great Patriot » a dit McCain dans son discours de défaite. Un great Patriot. Le Monde musulman doit-il craindre une perte d’impartialité avec la nomination de Rahm Emmanuel en tant que son bras droit et secrétaire général de la Maison Blanche ?

Quid de la Syrie ? Retour en masse en Afghanistan ? Un retrait de l’Irak fera forcément passer le patriotisme états-unien comme étant sali. Laissons le faire ses preuves.

Mais par pitié, ouvrons les yeux ! Et soyons un peu plus critique et moins complaisant avec cet homme qui n’a, pour ainsi dire, qu’un seul mérite, d’être de couleur de peau. Ah non ? Le côté racial n’a pas été pris en compte ? Bon toutes mes excuses. Alors quel est son mérite. De faire mieux que Bush ? Pas trop difficile. Alors quel mérite bon sang ? Quel est son mérite, si l’on fait abstraction de sa couleur de peau. Là est une vraie question que l’on devrait tous se poser. Cherchez bien. Pour vous, quel mérite a Obama ? Qu’est-ce qui le différencie fondamentalement d’un autre président américain, patriote, nationaliste, populiste, de centre-droit ? Il a clairement dit qu’il ne serait pas le candidat des gens de couleurs.

Bref, avec un pro-israélien avéré tel que Rahm et des « God Bless America », le « Change », à moi, il me fait froid dans le dos… Et le pire, c’est que personne, ou presque, ne s’en étonne, omnubilés par cinq mots « Yes. We. Can », « Hope » et « Change » qui sur le fond ne veulent absolument et strictement rien dire…

Qu’on me comprenne clairement : entre McCain et Obama mon choix était clairement fait pour le second. Entre le pire et le moins pire, c’était peu difficile de faire son choix.

17/09/2007

Le Parti Radical Démocratique rénove. Rénove. Et rénove.

e34d198ace8815f80f7b8423c10d8919.jpg Léonard Bender est le vice-président du Parti Radical Démocratique (PRD). À part rénover son logo et rénover sa maison, le PRD n’arrive toujours pas à rénover son score dans les sondages : petit aperçu des phrases cultes du vice-président du PRD et de Monsieur Favre, Conseil national radical / VD à la TSR lors des émissions politiques, suites aux baromètres électoraux.

19 janvier 2007 : « La chute est à peu près stoppée. » « Quand ils |les sondages] sont mauvais, je suis resté serein... »  « Nous avons rénové la maison radicale (il cite les 4 projets pour la Suisse) l’heure est à la diffusion. »

20 avril 2007 : Monsieur Favre « Depuis 2005, nous sommes en position stationnaire. » « Nous préparons la campagne, nous allons sortir avec les idées ces prochains mois, nous arriverons au bon moment avec les bonnes idées. » - Bien tenté, mais... raté !

31 août 2007 : « Quand les sondages ne sont pas bons, c’est les sondeurs qui ont raison ! » « Nous avons rénové la maison radicale, nous avons fait un projet. (il cite les 4 projets pour la Suisse) Tous ces projets-là, il nous convient de les porter aux électeurs. Il nous reste 51 jours pour inverser la tendance. »

12 septembre 2007 : «  Nous avons rénové la maison radicale. »

14 septembre 2007 : « C’est l’heure de vérité » « Je crois ce sondage tout à fait crédible » « C’est l’heure de vérité pour notre parti. Nous allons jeter toutes nos forces dans la bataille. »

En gros, le PRD a « rénové la maison radicale ». C’est tout. Depuis le 19 janvier, l’heure est à la diffusion de son projet (les 4 projets pour la Suisse), mais ce n’est que depuis le 14 septembre 2007, que le parti pense qu’il est temps maintenant de se lancer dans la bataille. Un peu tard non ? Quoi d’autre ? Le PRD a « rénové la maison radicale. » Et puis, il a « rénové la maison radicale. » Et encore ? « Il a rénové la maison radicale. » Je crois que les électeurs ont compris que le PRD avait  « rénové la maison radicale. » C’est plus ou moins tout ce qu’il a fait depuis 2005. Et de tapiner avec l’UDC. À part cela ? « Ils ont rénové la maison radicale. »

Il me semble, et je l’espère sincèrement, que la maison radicale, si bien rénovée depuis 2005, devrait s’effondrer une bonne fois pour toute lors de ces prochaines élections fédérales. Pourquoi ? Adeptes honteux de la victimisation « personne ne nous écoute dans ce brouhaha politique (en référence à l’UDC) ,  arrogants et hautains comme il n’est pas permis, les Radicaux sont à l’image de leur dernier congrès : espace vide, mal occupé, meubles et chaises IKEA démontables facilement, occupant beaucoup d’espace pour peu grand chose. Et puis perdus : leurs électeurs trouvent la campagne du PRD relativement mauvaise – normal y’en a-t-il vraiment eu une ? – et  personne n’est apte à définir vraiment la position du parti. Certains le définissent au centre, d’autres au centre-droit, et d’autres à droite. L’électeur ne comprend rien. Et les Radicaux persistent et signent. Lundi, nous sommes au centre. Mardi, nous sommes à droite et peut-être que Dimanche, nous serons au centre-droit.

Le PRD est donc un parti qui ne parle qu’à certaines minorités, à ses sympathisants. Son projet pour la Suisse est vague, trouble, peu compréhensible. À coup de slogans mal pensés, trop « j’ai fait des études et pas toi », il communique à mon sens du vide. Et il ne veut pas l’accepter la critique.

Parti de la Suisse moderne, il est guère compréhensible que ce même parti puisse se fourvoyer dans les coins sombres et nauséabonds avec le parti d’extrême droite qu’est l’UDC. Au lieu de condamner encore une fois les affiches honteuses de l’UDC, son président fait une blague complètement déplacée en comparant la Suisse et la Nouvelle-Zélande. À lire son intervention concernant les moutons dans la presse, je crois n’avoir toujours pas saisi ce génie humoristique de moutons = Nouvelle-Zélande. À côté de ça, The Independant faisait un article sur le racisme latent en Suisse. D’où le décalage total entre Pelli et la réalité actuelle du climat politique suisse.

Le PRD ne continue-t-il pas à se dénommer tel un parti moderne et humaniste ? Exit les modérés, exit les centristes, vive les ultra-libéraux de la droite alémanique, vive la vitrine (modérée) politique de l’UDC. À force de coucher partout, le PRD devrait enfin rénover son lit, avant de rénover sa maison. Toujours et encore empêtré dans ses contradictions, ses pertes de valeurs, il risque de continuer à perdre des électeurs au soir du 21 octobre. On comprend que ces derniers s’en aillent, ils attendaient probablement, depuis le 19 janvier, des faits, une campagne, des idées. Apparemment, d’après Monsieur Bender, le projet n’est pas encore réalisé puisqu’il parle du futur : « nous allons jeter toutes nos forces dans la bataille. »

À force de rénover son propre petit nid, le PRD a clairement laissé de côté les électeurs qui sont plus intéressés à voir ce que le parti peut leur apporter au lieu d’apprendre que le parti s’est « rénové » de l’intérieur, pour lui et par lui. C’est un peu tout le programme du PRD. L’égocentrisme pour les classes sociales supérieures. Je vous parie que le PRD risque, à défaut de tapiner avec l’UDC, de se marier avec le Parti Libéral Suisse (PLS) qui lui désire doubler sa représentation au Conseil national. Pauvres libéraux crédités de 1,1% au dernier baromètre électoral. Encore moins bien qu’il y a 4 ans.

En fait, tout va bien. Le PRD rénove sa maison. Le PLS innove dans l’optimisme. Avec ces deux partis aux commandes de la Suisse, nous sommes voués au bonheur et à la joie de savoir qu’en fait, à part eux, rien ne les intéresse.

Et pendant ce temps, au lieu d’avancer des programmes audibles, le PRD se lamente du « brouhaha, du tumulte actuel » entre le PSS et l’UDC. Car certains sont racistes et méprisants. D’autres condamnent ce racisme avec vigueur. Et le PRD plaisante sur la Nouvelle-Zélande. Mais oui. Comme toujours. C’est de la faute des autres.


***

La Suite: 20.09.2007

Aujourd'hui, le télétexte de la TSR diffusait une ITW avec Monsieur Bender. Qu'à-t-il dit? La réponse aussi à la première ligne de son intervention :) Sacré Radicaux! Toujours et encore se répéter. N'ont n'en-t-ils pas marre?!

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20/08/2007

La Cinquième Suisse : un alibi électoral

0ec72e5f02e7d08c7de7b0dc45d3b42c.gifLes élections fédérales arrivent à grands pas, les partis sortent leurs atouts, dégainent les dernières initiatives populaires des tiroirs, bref, ça bouge sans bouger. Cette année, pour vivre la campagne de l’extérieur quatre ans après ma campagne vécue de l’intérieur, je remarque qu’il y a un thème très important : les Suisses de l’Etranger. Quelques médias suisses (Le Temps, Swissinfo) se penchent sur la question : qui sont-ils, que font-ils, vont-ils voter. La Revue Suisse, journal de la Cinquième Suisse nous a relaté les positions des partis, swissinfo.org nous explique ce que les partis vont faire pour la Cinquième Suisse. Bref, nous sommes convoités.

La question essentielle qui se pose est de voir comment les Suisses de l’Etranger sont considérés par la Mère Patrie : en gros si les arguments marketing sont de mises (les Suisses de l’Etranger sont de bons ambassadeurs) ils sont, je pense, avant tout intéressés : les voix de la diaspora suisse comptent. C’est qu’avec environ 645'000 Suissesses et Suisses de l’étranger, il y a des voix à gagner. Cependant, il n’y a pas la totalité de ces citoyens qui votent, seuls 110'000 sont inscrits sur les registres pour exercer leur droit de vote. J’en fais partie.

Swissinfo publia un article fort intéressant sur les différences entre différents pays, à savoir comment et qui pouvaient voter et être représentés au Parlement dans d’autres pays. Le cas de la France et de l’Italie étaient avancés. Reste qu’avant de regarder comment les autres font, regardons le cas en Suisse, au niveau des cantons ; il y a des grandes différences.

En effet, si le Canton de Vaud ne permet de participer aux élections qu’au niveau du Conseil national (on peut être élu et élire), le Canton de Berne va nettement plus loin : les élections et votations cantonales sont prises en compte. Un Suisse de l’Etranger a le droit de se prononcer sur les crédits de l’Aéroport de Belp, et ce, même depuis Tauranga en Nouvelle-Zélande ou New Delhi en Inde. Bref, si les citoyens suisses sont égaux en droits et en devoir de manière générale, pourquoi est-il impossible d’avoir une uniformisation des droits et devoirs des Suisses de l’Etranger au niveau fédéral ? Oui, chaque canton est souverain. Cela règle beaucoup de questions. Il n’empêche qu’en étant inscrit dans le registre des électeurs à Vaud, j’ai moins de droits que si je suis inscrit dans le Canton de Berne.

Il y a plus de 530'000 Suisses de l’Etranger qui ne votent pas. Il y a 110'000 Suisses de l’Etranger qui ont demandé de recevoir les papiers de votes. Sur ces 110'000 Suisses de l’Etranger, il y a probablement des citoyens qui ne veulent que voter sur des thèmes de politique fédérale, ou encore d’autres qui ne veulent que s’exprimer lors des élections. Mais dans mon cas, je suis bien floué. Aucune possibilité de voter au niveau du Conseil des Etats, pas de mot à dire sur la politique cantonale dans mon pays, comme dans le pays où je réside. Aucune possibilité d’élire des citoyens qui feront les lois du canton où j’ai mes papiers de vote. Aucune possibilité de moyens d’action concrète pour demander à « mes élus » de se battre aussi pour des droits que je revendique, celui de pouvoir m’exprimer à l’échelle de mon canton de vote. Je suis un demi-citoyen en quelques sortes.

Il est très improbable que des voix des Suisses de l’Etranger ne puissent faire basculer des résultats de votations dans des cantons vu leur poids et leur participation. Pourquoi leur refuser le droit de vote au niveau cantonal ? Et quel est le problème, à savoir nous donner deux sièges au Sénat, comme il en est question en France pour la diaspora française ou de même qu’en Italie ?

On essaie de nous faire miroiter qu’en plus d’être importants, on a des chances d’être élu au Parlement sur des listes électorales : peu connus dans les cantons de vote, nous n’avons aucune chance réelle, ne nous leurrons pas. Nous sommes juste des candidats alibis, telles les listes de jeunes apparentées aux listes - mères.

Les partis politiques se disent mitigés sur le fait que la Cinquième Suisse puisse obtenir 2 sièges au Conseil des Etats et représenter un 27è canton au niveau du Conseil national. La Cinquième Suisse représenterait le troisième canton en terme de voix. Les citoyens « locaux » seraient donc menacés de perdre de l’influence sur ceux qui vivent en Suisse ? Tant pis pour la Cinquième Suisse, de toute façon ils ne payent pas d’impôts en Suisse alors pourquoi les faire participer plus activement ? Là est le vrai problème et la vraie question.

Le point important à soulever dans tout cela c’est que nous ne sommes pas égaux ni en droits ni en devoirs. La Cinquième Suisse n’est qu’un pot de voix, rien d’autre. L’Organisation des Suisses de l’Etranger estime que la première chose à faire est l’introduction du vote électronique. Soit. Avec de l’ambition et un peu de courage, nous devrions demander des droits à pouvoir s’impliquer de façon plus concrète dans la vie en Suisse, de garder ce lien, cette « chose » qui fait qu’on est Suisse aussi à cause des valeurs qui nous attachent à nos institutions. Que ceux qui veulent élire dans les cantons, voter dans les cantons, élire au Conseil des Etats puissent le faire. Ils ne sont peut-être qu’une minorité, il n’empêche que jamais, ceux qui demandent à accéder à la Démocratie, ne devraient en être privés.

16/07/2007

Une Suisse verte

061f1b79a3635975e461a79804cc225a.gifOn le sait, le climat change et le futur de la planète n’est pas très vert, contrairement aux projections des résultats des élections fédérales de 2007, ce 21 octobre prochain.

Depuis quelques années, les Verts sont de plus en plus courtisés et de plus en plus plébiscités. C’est en 1979 que la Suisse a vu son premier élu vert et c’est en Suisse que le premier écologiste fut élu dans un Parlement au niveau mondial. C’était Daniel Brélaz, Maire de la Ville de Lausanne et qui tient sa ville d’une main verte comme l’aurait fait Thatcher et son gant de velours.

Mais qu’arrive-t-il à la politique suisse qui s’affole et fait grimper les pousses vertes au plus haut dans les sondages ?  Dans presque tous les cantons, les Verts ont progressé lors des dernières élections cantonales. Passant de 133 sièges à 200 au total, les différentes tendances vertes, qu’elles soit alternatives, libérales ou traditionnelles, ont fait exploser leurs scores. Depuis quelque temps également, les Verts ont démontré une capacité certaine à gouverner : Genève, Berne, Bâle, Zurich, Neuchâtel...

Et les sondages n’en démordent pas. Plafonnant à 7,45% aux dernières élections fédérales de 2003, les intentions de vote pour les Verts étaient à 9% en octobre 2006, 9,2% en janvier 2007 et sont désormais à 10,7% en avril 2007 et à 10,9% en juin 2007. En 1979, les Verts obtenaient leur député avec 0,6% des votes.

Si les prévisions se confirment, les Verts seraient les grands gagnants des prochaines élections fédérales. Le scrutin test de Zurich en avril l’a démontré : les Verts traditionnels et les Verts Libéraux Zurichois (GLP) sont passé de 8% à environ 16% en 4 ans.

Alors quelles leçons faut-il en tirer ? L’écologie deviendrait-elle enfin un sujet et un thème électoral important aux yeux des citoyens ? Des signes pointent non pas forcément au niveau politique, mais dans la vie de tous les jours : demande d’une alimentation saine sans OGM, accent sur les énergies renouvelables, abandon progressif du nucléaire. Même les stars s’y sont mis pendant le LiveEarth, méga concert ultra médiatisé afin de sensibiliser la population lambda à la préservation de la planète et de son système.

Si différentes vagues vertes successives risquent de débouler, ce n’est pas du même vert dont il faut parler. Et à nouveau, les partis de droite, négligeant ces thèmes, se voient obligés de copier l’original. L’Union Libérale-Radicale (ULR) et le PDC avaient couru derrière la vague verte UDC, ils vont courir devant le tsunami vert écolo.

1fd830e9f7996818983f9d2f1517af8d.jpg Après avoir simplement viré ses membres de sa composante écolo, le parti libéral vaudois a fait le pari le plus stupide qu’il soit : supprimer des représentants d’une demande émergente, réelle et légitime. Les membres d’Ecologie Libérale ont simplement été rayés des listes du parti pour avoir osé présenter une liste aux élections d’octobre et iront seul au combat. Moins stupides, d’autres sections, notamment à Neuchâtel, ont vu là un apport éventuel de voix et s’y sont ralliées grâce à un sous-apparentement des listes.

Le parti libéral (PLS), après avoir rejeté ses membres, a fait son coming-out écolo : le PLS, afin de faire passer le suppositoire transgénique a tout de même planché sur une version light écolo, son fameux « pacte libéral pour l’environnement ». Il écrit ainsi:« Loin des dogmatismes, le parti libéral garde résolument les pieds sur terre et prône, dans tous les domaines, des politiques et des solutions conciliant économie et environnement au service du progrès social ainsi que du maintien et de l'amélioration de la qualité de vie de tous » et demande de « lutter résolument contre tout moratoire dans les décisions à prendre pour garantir l'approvisionnement en énergie. ». Sous-entendu la construction immédiate de nouvelles centrales nucléaires, comme l’affirme son programme électoral ! Pour le Parti Libéral, l’écologie passe également par le fait qu’il faut « alléger les procédures en matière d'autorisation de construire ». Sans oublier de mentionner qu’en matière d’écologie « l'incitation doit être préférée à la coercition, à la pénalisation, à une fiscalité déguisée, au rationnement et à toute contrainte dommageable à la prospérité économique et à la capacité d'innovation de notre pays. ». En gros, il faut être écolo par principe, car c’est tendance, mais que le budget de développement du nucléaire doit être préféré au développement des énergies renouvelables et que l’écologie c’est bien tant que ça n’entrave pas la sacro-sainte économie. La notion de développement durable est donc détournée au profit d’un seul domaine : le fric !

Pauvres libéraux qui tentent désespérément de retourner dans la Chambre des Cantons, mais également d’augmenter leur nombre de députés à la Chambre basse. Eux qui misaient sur une doublement de leurs effectifs en 2003 et de passer à 12, ils en ont perdu 2 sièges pour devoir se fondre dans le groupe radical-libéral afin de ne pas perdre la main (verte) dans les commissions diverses du Parlement.

Après ce coming-out raté, c’est au tour des « je-ne-sais-pas-où-je-me-situe-mais-je-sais-que-je-vais-où-va-le-vent », comprenez le Parti démocrate-chrétien. Comme d’habitude, lancés sur une frénétique envie de plaire à une audience qui a quitté la serre depuis un petit moment, le PDC a rédigé son contrat électoral dit écologique. Il faut préserver l’environnement car le réchauffement climatique fera perdre de l’argent aux stations de ski, il faut préserver l’environnement et l’énergie grâce notamment à l’option nucléaire. Le PDC est le « seul parti vert bourgeois », comme il était le « seul parti de la famille », le seul « parti suisse ». En fait, le PDC est le seul parti à toujours faire autrement que ce qu’il dit. En gros, c’est un parti qui se cherche encore et toujours, et qui court toujours derrière ce qui lui semble intéressant, puisqu’il n’a jamais vraiment su créer ses propres idées que les autres pourraient suivre. Une vraie comédie politique!
 
Il manque le Parti Radical (PRD), ce bon vieux parti qui sent la morgue écologique, les fleurs fanées, les eaux des vases bien odorantes. En bref, le PRD n’a pas d’idée sur l’écologie. Ah si. Soyez écolos, mais n’entravez pas l’économie. Le PRD est à juste titre le parti à l’origine d’une initiative concernant la suppression du droit de recours pour les organisations écologistes. Le peuple ayant systématiquement rejeté des lois trop sévères sur la restriction écologique, le PRD court dans le mur, une fois de plus, encore...

Une récente étude démontre que 94% des Verts (et que font donc les 6% restants ?!?) et 92% des socialistes votent presque toujours en faveur de l’environnement au Parlement. Il tombe à 51% pour le PDC, 22% pour les Radicaux et 5% pourcent pour l’UDC, la bonne vieille branche agraire est définitivement bien morte !

Et puis il y a le climat qui débloque : pluies diluviennes, températures extrêmes. Il suffira de quelques dégâts importants dus au climat pour que les électeurs donnent définitivement leurs voix aux partis écologistes. Bien évidemment, les socialistes sont, après le parti écologiste, les députés les plus sensibles concernant la protection de l’environnement. Faut-il encore qu’ils cessent de balbutier sur des sujets internes donnant une image parfois autant pitoyable que le PS français. Dans un pays où l’on a vraiment compris ce que c’est d’être écolo – pas comme en France où il a fallu le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot et où Ségolène Royal voulait faire du pays « l’excellence écologique » alors que le tri des déchets n’est pas légion et où les poubelles sont composées de la rue ! – le moment est venu pour une révolution verte écolo, qui sait intégrer autant les politiques sociales, économiques et écologiques. Le parti écologiste suisse tient en main aujourd’hui un formidable sésame pour se faire voir et se faire entendre, c’est le garant politique du Développement Durable. Gageons qu’il sache en profiter et faire gagner la gauche, puisqu’apparemment les socialistes ne sont pas pénalisés par la montée des Verts.

02/04/2007

PDC, Le Parti Hypocrite

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LETTRE OUVERTE (Madame Binder, PDC Suisse)

(Texte de Référence)

Madame Binder,

C'est une très jolie tirade bien ficelée que vous avez écrite sur le site du PDC. C'est très bien écrit, bien pensé, mais que dire de l'hypocrisie énorme de votre texte, Madame!

Comment voulez-vous avoir le moindre soupçon de crédibilité dans vos belles paroles!?

Le PDC, lors de la mise en place de la Loi sur l'Assurance Maternité votre parti si bien pensant, a exclu les mères adoptives de la loi sur l'Assurance Maternité.

Parti de la Famille, qu'est le PDC, de la famille blonde aux yeux bleus, de la famille "suisse" d'Heidi, de la Suisse blanche et fermée sur elle-même!

Vous méprisez l'UDC pour ses prises de positions concernant les femmes, mais lorsque le Parti Démocrate Chrétien a du soutenir la "famille", composée d'un père, d'une mère et d'enfants adoptés, vous avez abandonné ces mères, ces "vraies" mères, que vous avez expulsées du cercle des femmes pouvant obtenir une assurance maternité. Des mères qui investissent leur amour et leur temps dans l'éducation des enfants venus d'ailleurs, de ces enfants qui deviennent leurs enfants, des enfants de la Suisse et des enfants du Pays.

Lamentablement, le PDC s'est abaissé à lécher les bottes du PRD et de l'UDC estimant que d'inclure les mères adoptives dans la loi sur L'Assurance Maternité risquerait d'engendrer un référendum (qui a eu lieu) mais de plus, aurait "probablement" fait vaciller le résultat dans le NON. Pour des questions "d'économies", elles n'ont donc pu toucher l'Assurance Maternité.

Opportuniste, vous les avez donc oubliées, expulsées, méprisées. Fières comme des pans, vous alliez prêcher la bonne nouvelle, "Le PDC c'est LE parti de la Famille", de la famille "biologique" fallait-il sous-entendre?!

Mères adoptives? Vous n'êtes pas dignes d'obtenir une assurance maternité, car finalement, si vous n'êtes pas inclues dans la loi, c'est que vous n'êtes tout simplement pas... mères!

Alors oui, vous pouvez continuer à écrire de beaux textes finalement vides de sens, quand on sait que pour le PDC, une femme est aussi une mère, mais pas une mère adoptive, elle n'est bonne qu'à se taire, à ne bénéficier d'aucune aide. C'est probablement bien fait pour elle, elle n'a pas la possibilité biologiquement d'avoir des enfants. Le PDC fut donc misogyne à l'égard des femmes adoptantes.

Pour le PDC, la mère adoptive, c'est donc une demi-mère, une mère de seconde zone, une demi-femme.

Je tremble en écrivant ces lignes! Vous m'agacez à un point! Je suis enfant adopté. Ma mère s'est battue pour nous! Elle nous a élevé, mes deux soeurs et moi. Elle nous a donné une vie, une éducation, de l'amour, du courage.

Aujourd'hui, vous faite la tirade de Cyrano sur les femmes et l'image que l'UDC peut avoir d'elles. Votre nez n'envie certainement aucunement celui de Pinnochio quand on sait que vous aussi, vous faites des catégories : les mères biologiques, les "vraies" celles qui peuvent toucher l'Assurance Maternité, et les mères adoptives, les "fausses", les "demie-mères", celles qui n'en sont pas dignes. GRACE à votre Parti, le Parti de la Famille, elles n'ont tout simplement pas eu le droit d'être ce qu'elles sont.

Mon coup de gueule, Madame Binder, je le pousse depuis Paris. J'ai 25 ans, je suis un homme, je suis engagé politiquement. Et je décide, aujourd'hui, de le faire partager avec d'autres personnes en diffusant cet email à des hommes et des femmes politiques du pays, pour qu'ils sachent que même si je suis en France et que je suis peut-être tout seul à penser cela, contrairement à vous et votre tirade hypocrite, moi, Madame Binder, je soutiens la FEMME quelle qu'elle soit.

Il y a en politique des réveils douloureux. Et des mots qu'on ne voudrait pas entendre. Aujourd'hui, vous aurez lu et vu que vous aussi, le PDC, fait une ségrégation entre les Femmes!

Aurez-vous au moins l'honneur, contrairement à Madame Meyer que j'avais interpellée, de me répondre? Je me réjouis de débattre avec vous sur vos préférences entre les femmes mères adoptives et biologiques. Car malheureusement, en politique, il y a aussi des passés qu'on voudrait oublier. Mais je suis là pour vous le rappeler. Ce que vous dénoncez aujourd'hui, vous l'avez fait hier... Belle image.

A bon entendeur

11/02/2007

Georges Aegler

medium_georges_aegler_090207.body.0001.Image.jpgIl avait un peu de politique dans le sang, mais beaucoup d'humanisme dans son coeur.

Je me souviendrai de cette première rencontre avec Monsieur Aegler et Madame Lehmann au siège de la Fondation ASECE - Georges Aegler.

Je devais le rencontrer afin de passer un entretien pour faire une affectation de Service Civil. Il est vrai que j'avais essayé à plusieures reprises et tentatives de «décrocher» une affectation dans divers établissements notamment des établissements travaillant avec des toxicomans, dans la prévention de l'alcoolisme et également travaillant avec des enfants. Mon départ en France pressait et je devais faire une affectation avant de quitter le territoire helvétique.

Un petit monsieur, un peu courbé et faisant de petits pas, à première vue autoritaire dans sa façon de parler. Et puis la discussion s'engage : «Pourquoi personne n'a pris la peine de vous répondre avec les qualités que vous avez?» me demande-t-il mon CV sous ses yeux. Quelques remarques sur mon origine, mes racines jurassiennes, mon cursus universitaire. Et l'entretien se termine par «nous nous réjouissons de travailler avec vous.» J'avais mon affectation et le travail avait l'air intéressant, bien que pas du tout dans ce que je recherchais.

Je me suis donc penché dès mon retour à la maison sur l'ASECE en googlant son nom sur internet. Les buts de la Fondation me paraissaient intéressants, le travail serait riche, me suis-je dit.

La Fondation ASECE a été créée par Georges Aegler dans le but d'allouer des micro-crédits à des entrepreneurs n'ayant pas été reçu les portes des banques ouvertes. Un micro-crédit pour les lancer dans le monde du travail, pour se réinsérer professionnellement, pour repartir d'un bon pied.

La première semaine fut rude : Monsieur Aegler était sec dans ses paroles, vif, peut-être trop vif à mon goût. Et puis un petit incident de santé se produisit. Je l'accompagnai à l'hôpital. Soucieux, dans l'ascenseur nous emmenant au rez-de-chaussée, il me regarda avec un regard un peu triste et me dit : « je suis préparé à partir, mais pas maintenant. J'ai encore trop de choses à faire.» Je tentai de le résonner, lui disant que tout avait une fin, mais que ce n'était pas encore la sienne, il était trop vif pour partir. Le taxi-man en a fait l'expérience 2 minutes plus tard: une route barrée faisant faire un détour au taxi, Monsieur Aegler lui rappella le chemin à prendre. Après une petite explication du pourquoi et du comment du choix d'un autre chemin, ce dernier ne put se garer là où Monsieur Aegler le lui demanda. Après avoir donné un pourboire au conducteur du taxi, il me glissa à l'oreille «ma foi, quand un boeuf ne veut pas boire de l'eau...» Ce qui me fit sourire, sa vigueur et son état d'esprit témoignait de sa vivacité et de ses capacités. Ce n'était définitivement pas son heure. Puisque tout allait bien au sortir de l'hôpital, il voulu descendre les 100 mètres qui nous séparaient des bureaux de la Fondation: sur ces 100 m parcourus en 5 minutes, il me parla de ses entreprises fondées, de son capital-action partagé avec ses employés qui le refusèrent - un patron ne devait pas être sincère en leur proposant de devenir actionnaires de leur entreprise - de son entrée au Parti socialiste et de son engagement auprès du Centre Social Protestant. Sous la chaleur tapante d'un début d'été, une vie rapidement évoquée en 5 minutes m'interpella.

S'enchaînèrent les discussions politiques, les échanges sur tous les thèmes possibles et inimaginable dès le matin à mon arrivée au bureau, où il était déjà attelé à sa tâche de Président d'ASECE. Le printemps passa et les orages aussi: il faisait bon le voir tous les matins, il apportait ce je ne sais quoi qui faisait que tous les jours, je savais que j'allais encore apprendre quelque chose de lui. Les discussions sur le PDC, les Radicaux, le PS, Blocher, le cinéma, la musique, l'économie, les jeunes, le chômage, la guerre, le prix du pétrole, l'AVS, le vin, la politique, le lac Léman, les banques... Il me donnait des journaux à lire, des articles qu'il découpait et dont mon avis l'intéressait. Une complicité s'engagea entre nous deux dans une sorte de respect mutuel et sincère.

Les discussions étaient à chaque fois passionnantes, son ton était de plus en plus invitant à la confidence, son esprit vif devenait vivifiant.

Et puis arriva «notre» journée à la Fondation Walker, récompensant de jeunes entrepreneurs suisses avec une enveloppe bien fournie. On partit un matin pour Soleure. Dans le train, on évoqua son passage dans l'armée, il évoqua longuement les relations avec son père, le sport, ses épouses, sa vie. Les gens dans le train le regardaient avec étonnement, ce petit Monsieur la tête pleine, sa licence universitaire obtenues après ses septante ans. Un jeune homme le regarda et lui demanda «mais vous avez quel âge?» «Que pensez-vous?» lui demanda-t-il. «septante, quatre-vingt?». «Nonante-cinq jeune homme!» lui lança-t-il d'un air malicieux. Il me regarda d'un air complice m'adressant au passage un clin d'oeil qui voulait tout dire. Sur le retour, il m'invita à manger au buffet de la Gare de Lausanne, nous évoquâmes mon histoire, mes racines en Inde, ma famille en Suisse, mes parents, mes soeurs, mes passions. Rentrée heureuse et satisfaite à la Fondation. Belle journée, donnant un sentiment de "peut-être" et atténuant le fait que si "sa banque" ouvrait ses portes pour d'autres, celles des grandes banques ne furent pas ouvertes pour lui.

Monsieur Aegler a je pense passé sa vie entière au service des autres: en tant qu'entrepreneur, en tant que militant au Parti Socialiste, en tant que responsable au Centre Social Protestant, au service de son pays à l'armée et au service des jeunes avec l'ASECE. Gradé, l'armée était une partie importante de son histoire. Ouverture d'esprit immense quand on sait qu'il a très rapidement pris contact avec le Service civil, pourtant décrié par l'armée et ses responsables. Sans jamais porter un seul regard négatif sur cette institution, il a transmis ses idées à des jeunes, il les a écouté, il les a soutenu.

Madame Lehmann m'a dit un jour « vous savez, il vous apprécie beaucoup, il ne vous a pas fait tenir la liste.» «Quelle liste?» «Une liste un peu inutile, mais il y tient. Il demande au début aux civilistes de tenir cette liste, il veut regarder leur attitude envers ce travail un peu monotone. Je crois qu'il vous apprécie beaucoup.»

Sachant mon départ pour une école de cinéma, Monsieur Aegler a tenu à ce que nous apparaissions, nous les civilistes, dans le film réalisé par Jean-Charles Pellaud et Michel Bory. Il avait une façon un peu indirecte à exprimer ses sentiments. Mais il m'a dit le dernier jour en privé « Vous auriez été le petit fils que j'aurais voulu avoir.» 

C'est le Canton de Vaud, la Romandie et la Suisse qui perdent aujourd'hui un homme emprunt d'humanisme pur. La Ville de Lausanne pourrait lui offrir le nom d'une de ses rues, un hommage discret qui donnerait à cet homme la place qu'il a toujours eu: présent mais sans forcément être connu.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Comme le premier avion apparaissant au dessus de nos têtes lors du tournage de mon film: un boeing d'AirIndia, le même qui m'emmena il y a 25 ans en Suisse. Comme la lettre que je lui ai envoyé de Paris et qu'il a reçu quelques jours avant son départ, lui racontant la ville, ses odeurs, ses lieux, et dans laquelle, je lui dit «vous auriez été le grand-père que j'aurais voulu avoir.»

La boucle est bouclée.

Que dire de plus.

Si ce n'est merci.  

29/11/2006

Un weekend chargé de votations et d’élections

medium_Drapeau_Suisse.gifLa Suisse a dit clairement OUI pour la 3è fois consécutivement à la construction européenne en moins de 18 mois, ce qu’aucun autre pays de l’UE n’a pu faire par le passé. Elle a ratifié à 53,42% la loi sur la coopération à l’Est ainsi que l’harmonisation des allocations familiales au niveau fédéral afin de cesser les disparités qui pouvaient exister entre les différents cantons. Alors que seule l’extrême-droite et la droite populisto-nationaliste ainsi que la droite ultra-religieuse (protestante et catholique) combattaient le Milliard de Cohésion, la droite molle  et populiste s’opposaient à l’harmonisation des allocations familiales. En fait, seuls le Parti Radical (PRD), le Parti Libéral (PLS) et l’Union Démocratique du Centre (UDC) ainsi que le Parti Catholique Conservateur (PCC) plaidaient contre l’harmonisation. Tous les autres partis, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite étaient en faveur de ce projet.C’est une victoire pour la Suisse, pour l’Europe et pour les familles.
 
Alors complètement sonnée par sa défaite il y a un mois sur les lois sur l’Asile et les Etrangers, la Gauche (et également à moindre mesure le PDC) a repris du poil de la bête avec un soutien massif du Peuple avec un OUI à 68% ! Ce vote qui a porté sur plus de quinze ans de tractations et de délibérations au Parlement (!) aura eu le mérite de cesser les disparités cantonales entre des cantons peu généreux avec les familles et d’autres très généreux. Ainsi, alors que la République et Canton du Jura allouait CHF 150.- (nonante-quatre euros) par enfant et le Valais plus de CHF 250.- (cent cinquante-sept euros), tous les cantons devront allouer au minimum 200.- (cent vingt-cinq euros) par mois et par enfant à chaque famille, indépendamment du niveau social des parents, et de CHF 250.- (cent cinquante-sept euros) pour chaque jeune en formation. Les cantons ayant des allocations supérieures à ces montants pourront continuer à verser plus s’ils le désirent. C’est donc un vote utile et logique, permettant ainsi aux familles d’avoir des enfants, sans que cela soit un poids de plus. Ce vote et cette harmonisation place la Suisse au quatrième rang au niveau européen dans les pays les plus généreux, après le Luxembourg, le Lichtenstein et l’Autriche. Les cantons latins, à l’exception du Tessin qui a refusé majoritairement le Milliard de Cohésion, se sont chaque fois prononcés en faveur des deux objets, les cantons alémaniques les plus favorables étant Berne, Zurich et évidemment Bâle-Ville, dont la réputation social-libérale et pro-européenne n’est plus à démontrer depuis des années. Seul le demi-canton d’Appenzell Intérieur, ce même canton ayant alloué le droit de vote aux femmes en 1991 au niveau cantonal, s’est prononcé contre les allocations familiales. Comme quoi, ce petit demi-canton cultive sa fermeture au niveau de l’ONU, de l’Europe, du Monde, des Femmes et des Familles. Pour être polémique et mauvaise langue, le slogan Kinder-Küsche-Kirsche aurait eu du mal dans ce « demi » Etat ultra-catholique et conservatrice.Au niveau cantonal, Soleure s’est doté d’une loi des plus restrictives contre le tabagisme, interdisant la vente aux moins de 16 ans, interdisant la publicité du tabac dans les lieux publics et les rues, ainsi qu’une interdiction totale de la fumée dans tous les lieux publics, hôpitaux, bars, cafés, restaurants. Les votants avaient le choix entre deux initiatives populaires, ils ont choisi par 55,6% l’initiative la plus restrictive et suivent ainsi la République du Tessin qui a voté à plus de 80% une interdiction dans les lieux publics.

Toujours en imitant d’autres cantons, Zurich s’est prononcé en faveur du français dans les écoles primaires. L’initiative populaire estimait que l’apprentissage du français en 5è et de l’anglais dès la 3è année était un poids pour les écoliers et voulait faire apprendre le français dès la 7è années, soit trois ans avant la fin de l’école obligatoire. Par 58,5%, le souverain zurichois a décidé de donner au français une importance non-négligeable suivant ainsi Schaffhouse, la Thrugovie et Zoug. Ce vote est important pour la cohésion nationale, le respect et l’enseignement des autres langues officielles du pays. Il est d’ailleurs très intéressant de remarquer que ces initiatives ont été repoussées dans des cantons qui sont relativement éloignés de la Romandie et où le français n’a pas vraiment d’influence sur la vie future des écoliers, l’anglais et l’allemand étant des langues importantes. Quoiqu’il en soit, le plurilinguisme et le fait d’être polyglotte ne peut qu’être un avantage que ces cantons suisses ont compris.

Finalement, Aargovie, Uri et Zoug ont approuvé une baisse importante des impôts. Zoug devient dès lors de top-du-top des paradis fiscaux en Europe. La gauche avait lancé le référendum contre cette loi estimant que c’était une perte catastrophique pour l’Etat. Les Zougois n’ont n’en pas tenu compte.

Finalement dans le canton de Fribourg, la Gauche et le PS a tenu bon contre une droite en appetit et pendant de longs moments durant l’après-midi, la gauche croyait avoir perdu un de ses sièges au Conseil d’Etat, l’Exécutif du Canton.

Si au niveau fiscal la Gauche a perdu des scrutins importants, les non-fumeurs, les familles et l’Europe a gagné ce weekend. C’est donc une bonne nouvelle. Alors que seul le Monde, trois journaux en Autriche et 2 journaux en Allemagne ont relaté les faits de l’acceptation du Milliard de Cohésion, les Ambassadeurs des pays touchant l’aide de la Suisse ont estimé que c’était relativement normal et que la Suisse bénéficiait plus de cet accord que n’importe qui d’autre. C’est clairement à mon avis un message faux et injuste. Ces accords bilatéraux satisfont l’UE et la Suisse, aucun remerciement larmoyant n’était demandé. Mais la fine-bouche de certains pays qui toucheront cette aide était déplacée.

Le vote sur l’acceptation du Milliard de Cohésion est important. Il démontre que la Suisse et ses habitants savent dire non ou oui à l’Europe et à Bruxelles, trouver des solutions satisfaisantes pour les deux parties et monnayant des traités avec des gains mais des pertes également des deux côtés. N’oublions pas qu’aujourd’hui, la Suisse, sans être membre de l’Union Européenne, a peut-être fait preuve d’une maturité qui ne saurait être retrouvée dans la plupart des pays membres de l’UE. Inutile de rappeler le NON au Traité de Nice par les Irlandais, et les NON au TCE par la France et les Pays-Bas.

20/11/2006

1 Milliard pour l'UE et l'Est

medium_bilat100.jpgLa Suisse votera le 26 novembre pour confirmer ou infirmer la décision du Parlement impliquant un fond de cohésion d’un milliard de francs (627 mio d’Euros) versé par la Suisse aux dix nouveaux pays membres de l’Union Européenne (UE).
Ce vote finalisera les Secondes Bilatérales conclues entre la Suisse et l’UE notamment déjà entamées avec l’adhésion de la Suisse aux accords Schengen et Dublin.

Ce vote est crucial. Il clôturera la politique bilatérale menée entre la Suisse et l’UE depuis son refus en décembre nonante-deux d’intégrer l’Espace Economique Européen.

Pendant plusieurs années, j’ai fait partie du Nouveau Mouvement Européen Suisse (NOMES) principal lobby politique proeuropéen en Suisse militant pour l’adhésion. Bien que la Suisse ait gelé son adhésion en 1992, l’UE a toujours dans ses tiroirs la demande d’adhésion helvétique. Et depuis 1992, la Suisse avance à petits pas, hélas pour le NOMES, quant à la possibilité de rejoindre l'UE.
 
medium_kampaElement_fr.pngConcrètement qu’est-ce que cela impliquera pour la Suisse ? La Suisse versera sur cinq ans cinq fois 200 mio de francs suisses à des projets divers aux dix nouveaux pays membres de l’UE. En fait, ce crédit, ce don, est une continuation logique de la politique de développement menée par la Suisse dans les anciens pays de l’Est depuis le début des années nonantes. Le comité anti-référendaire de gauche estime que depuis 1990, la Confédération a dépensé plus de trois milliards de francs répartis sur plus de 1000 projets différents dans des domaines de promotion de la paix, de développement économique et social, dans la formation ou dans le domaine de la santé. Pour la Gauche et la Droite modérée, c’est une politique de développement « durable » de ces pays qui sert à la stabilisation démocratique et à la pacification du continent européen. Pour le comité anti-référendaire de droite, c’est aussi un investissement à long terme : investir pour obtenir des retombées économiques providentielles pour la Suisse. Cela est un pas important pour l’intégration de la Suisse au sein du l’UE. Personnellement, je pense qu’avec ces accords bilatéraux, la Suisse n’aurait plus vraiment intérêt à rejoindre l’UE pas très démocratique à mon goût pour l’instant. De par sa taille et le nombre de ses habitants, même en coalition avec d’autres petits pays, la Suisse ne ferait pas le poids contre une alliance Pologne-France-Allemagne. D’autant plus que sa situation particulière de sa société qui la compose (4 langues nationales, 3 religions officielles et 23 Etats souverains) et le respect des décisions fédéralistes sont pour l’instant incompatibles avec la construction actuelle de l’UE.medium_Flyer-f1.jpg
 
L’Union Démocratique du Centre (UDC), plus grand parti de Suisse et parti anti-UE a lancé le référendum contre cette loi allouant ce milliard de francs pour les raisons suivantes : l’UDC estime que cette loi est un chèque en blanc permettant au Parlement de continuer à verser de l’argent à l’UE sans que le peuple puisse se prononcer à l’avenir et que l’UE utilise la Suisse comme banquier privé de l’UE, cette dernière aurait demandé à la Confédération de dépenser plus de 370 mio de CHF pour l’intégration de la Bulgarie et de la Roumanie. Pour l’UDC et le comité référendaire, la Suisse se trouverait dans une situation inégale face à l’UE qui en contrepartie n’offre rien à la Suisse, et qui de plus demande à la Suisse de payer pour quelque chose qui n’a pas été compris dans les accords bilatéraux.
 
medium_sau-g-f.gifPour ma part, je voterai OUI à cette loi. Elle montre à l’UE que l’on peut être hors de cette dernière et contribuer à la faire évoluer, tout en gardant ses spécificités et en permettant de financer à notre façon la construction européenne. Il est cependant intéressant de noter que le déficit démocratique, même à sa plus simple signification, de l’UE est flagrant. Alors qu’aucun corps électif des pays de l’UE des 15 ne s’est prononcé pour ou contre l’adhésion des 10 nouveaux pays membres, la Suisse, sans en faire partie, se sera prononcé par deux fois. Une fois en septembre 2005 pour confirmer l’extension des accords bilatéraux I conclus entre l’UE15 et dès lors à l’UE25 mais également pour financer son développement à l’Est principalement.

La Suisse s’européanise en quelque sorte petit à petit, et se dote de lois « euro compatibles. » L’acceptation de ce milliard de cohésion parachèvera la pseudo intégration de la Suisse au sein de l’UE. Ayant signé deux paquets de bilatérales avec l’UE, permettant l’utilisation de l’Euro dans la plupart des grands commerces, à la poste et dans les trains, membre désormais de Schengen et Dublin, la Suisse, sans pouvoir de décision, sera bientôt plus « européenne » que le Royaume-Uni dans la pratique. Sans réel frais de cotisation, elle bénéficiera de tous les avantages de l’UE sans en faire partie pleinement. On pourrait penser que c’est de l’opportunisme mal placé mais l’UE doit certainement s’en accommoder. Si elle le désirait, Bruxelles pourrait faire plier la Suisse en deux temps trois mouvements par des moyens de pressions très efficaces et obligerait la Confédération à intégrer une improbable nouvelle UE à 28... Elle n’en fera rien et je pense sincèrement que le secret bancaire tant décrié par Bruxelles doit probablement lui servir à quelque chose.

Dire OUI à cette loi est bénéfique pour les pros et anti-UE. Bénéfique dans le sens que la Suisse aura rempli son contrat envers l’UE pour les pro-UE et bénéfique également dans le sens qu’elle n’aura plus rien à demander ni à donner à l’UE pour les anti-UE. Mais avant tout, dire OUI c’est être responsable, solidaire, et convaincu que même si l’UE d’aujourd’hui n’est pas très « sexy », elle est encore jeune et à de longues années devant elle pour s’améliorer, se bonifier, se renforcer. La Suisse fait partie intégrale de la communauté culturelle et sociale de l’Europe. Bénéficiant du plan Marshall alors qu’elle n’était que peu touchée par la Seconde Guerre Mondiale, c’est à son tour de donner un coup de main dans des projets qu’elle décidera seule de financer. L’Europe se construit sans la Suisse. Que la Suisse aide à construire l’Europe. Pour l’avenir des autres et du sien !

19/11/2006

République banlieusarde et Helvetia régionale

medium_fr-78-ve.gifAvez-vous déjà remarqué qu’en Suisse on parle de « région » et qu’en France, le terme désignant une aire géographique relativement identique dans sa structure est appelée « banlieue » ? La banlieue lausannoise, la banlieue zurichoise... Non, les termes de région lausannoise et de région zurichoise sont plus utilisés que le terme région parisienne. Quoique...La région parisienne est souvent associée dans les discussions que j’ai avec des Parisiens dans des phrases du style « ce musée est en région parisienne » , « nous avons fait un pique-nique en région parisienne » alors que le 9-3 c’est la banlieue, ça pue, c’est dégueu, ça craint, on n’y va pas pour voir des musées et encore moins pour y faire un pique-nique.

« La banlieue. » J’y vais tous les jours de la semaine ou presque, puisque mon école est dans le « neuf-trois », le « nonante-trois » ou le « quatre-vingt treize » pour parler « francillogique », à Saint-Denis. De par son caractère cosmopolite et abritant des Cités, des gens de différentes couleurs de peau, d’origines et de différentes religions, il fait bien politiquement de taper sur la banlieue ou de dire qu’on en vient, qu’on y a vécu ou qu’on en est l’élue ou l’élu et qu’on se promène pour rencontrer la population, comme on y va dans un zoo pour voir les animaux. Par simple utilisation du mot, la banlieue n’apparaît dans l’imaginaire collectif qu’en « région » parisienne. Paris est donc l’unique ville française ayant des banlieues. Marseille à « ses quartiers ». C’est tout ce qu’on lui a donné en dehors de son périmètre. M6 avec son si bien nommé « Zone Interdite » et UMP-TV avec son si bien nommé « Droit de Savoir » (TF1 pour ceux qui n’avaient pas remarqué que même le logo est presque identique, à part les lettres) nous gratifient de documentaires sur des violences urbaines, sur des crimes commis, des morts pour subvenir à leur audimat leur permettant entre deux show de télé-réalité de faire de l’audimat pour payer les factures à la fin du mois. M6 et UMP-TV ont chacun des studios dans cette « banlieue », à la Plaine St-Denis, dans ce « Droit de Savoir en Zone Interdite. » Un chroniqueur sur France2 dans l’émission « On n’est pas encore couché » demandait même à ce que plus aucun argent ne soit distribué dans des endroits où les lois de la « République » ne sont pas respectées. Bref, il ne fait pas bon vivre dans une « banlieue », sorte de « déchet » urbain, périphérique, décentré, déconcentré pour les politiciens et même les simples citoyens. Tellement décriée qu’un slam a été dédié à St-Denis pour contrebalancer sa mauvaise image prétendue.

À côté du mot « Banlieue »,   j’ai noté que la « République » était un terme très important en France. Alors que la plupart des pays européens sont des républiques, telles que l’Allemagne, l’Italie, la Suisse ou l’Autriche, dans aucun de ces pays, le terme « République » ne tient une signification identique à celle en France. À côté de la République, il y a cette pensée unique, une « République Une et Indivisible » qui étouffe toutes les différences qui font que parfois on se sent fier d’être ce qu’on est parce qu’on est différent, qu’on vient d’ailleurs, qu’on n’est pas de Paris. La « République » est garante d’unité, d’égalité, de fraternité... Une image marketing parfaite, incolore, inodore, vide de sens à mon goût. Une image-façade permettant de s’y réfugier lorsqu’on ne sait plus quoi dire.

medium_Republique.jpg Curieux pays qui, comme on m’a dit, a lutté pour avoir un seul roi, l’a décapité et depuis ne cesse de le pleurer. Où tous ses présidents se comportent comme des Napoléons modernes avec 6 motards-flic devant et 2 autos-poulets derrière la voiture impériale. Majestueuse Statue-République trônant sur son socle Place de la République, fière, digne, imposante, écrasante, hypnotisante, tournant le dos à la banlieue et Bobigny, regardant en direction de Neuilly ou plutôt Versailles. Miteuse Statue-Helvetia, assise, sa perche et son bouclier suisse posés contre un mur, contemplant le Rhin, courbée sur une balustrade contemplant la région bâloise.medium_Helvetia_blickt_auf_den_Rhein_in_Basel.jpg
Tout ça pour dire que j’ai le sentiment que la République et la Banlieue sont des termes opposés dans l’imaginaire collectif français. Alors que la première est une représentation fausse de ce qu’elle représente pour son caractère annulant tout ce qui ne serait pas « républicain » et donc « acceptable », la seconde est une représentation fausse également parce que la banlieue ce n’est pas que des violences, des jeunes enragés. La banlieue est peuplée des membres de la République un point c’est tout. Rien de plus et rien de moins ne devrait être dit. Pour les politiciens, qu’ils en parlent positivement ou négativement fait d’elle automatiquement un endroit à priori stigmatisé.

Fédéraliste suisse convaincu, je pense que la République française devrait être plus ouverte sur ses différences, sur ses différentes cultures, être « fédérale » dans tous les sens du terme, ne pas s’imposer comme une dictature machiavelo-éclairée, mais comme un élément fédérateur, de cohésion qui va au-delà du sens voulu, qui entre en plein dans le sens imaginé et non fantasmé.

Imaginons un instant une République Fédérale Française, acceptant les différences qui font de chacun un tout, unis dans la diversité. La France désire une Europe la respectant pour sa langue, son histoire, ses racines, mais refuse par principe républicain de faire de même pour ses régions et leurs langues, leurs histoires et leurs racines. Il ne doit y avoir qu’un seul modèle, basés sur des principes datant de 1789, dans un monde autre qu’aujourd’hui, totalement différent qu’en 2006. La République banlieusarde est peut-être l’avenir de cette République artificiellement créée après une Révolution ayant découlé sur les Droits de l’Homme. Intégrant autrement des valeurs « républicaines », repensant sa légitimité, ses racines et son utilité. La Ligne 12 du Métro parisien, station Concorde, reprend le beau concept des Droits de l’Homme intimement liés à la naissance de cette République. Avec une faute d’orthographe. Le texte n’est donc plus parfait dans sa forme, mais le reste dans son fond. Comme la République française d’aujourd’hui. Et comme devrait l’être la Banlieue.

13/10/2006

Le radicalisme français

medium_frprg.gifLes Radicaux je ne les aime pas. Ils sont fourre-tout, ils ne savent pas ce qu'ils veulent, ils font de mauvais choix, ils sont indécis, sont perdus, sont largués. Je parle des radicaux suisses. Car si ce parti ne m'inspire que peu d'intérêt en Suisse, c'est autre chose ici à Paris.
 
En effet, il m'était difficile de ne pas laisser la politique de côté pour plusieurs raisons. Après avoir démissioné du PS Suisse (PSS) en janvier de cette année, j'ai mis de côté la politique pour terminer mon mémoire de Master et pour y faire une partie de mon service civil obligatoire pendant ce premier semestre 2006.
 
Quelle est la meilleure façon de s'intégrer dans un nouveau pays? A part mon séjour néo-zélandais en nonante-huit, je n'avais jamais été confronté à une réadaptation de mon propre mode de vie. Evidemment, déménager à Lausanne pour y suivre mes études universitaires était déjà un petit chamboulement de mes habitudes mais je n'étais qu'à huitante kilomètres de la maison familiale et une variable non-négligeable faisait que malgré tout, c'était «simple» car j'étais toujours en... Suisse. Et me voilà à 570km de Lausanne. Avec cette frontière géographico-psychologique où, d'après ce qu'il se dit en Romandie, l'héritage arrogant napoléonien a rendu aux mathématiques et aux nombres tout l'illogisme et toute l'incohérence du «quatre-vingt-dix-neuf» au lieu d'un simple et logique «nonante»...
 
S'intégrer, c'est à mon avis garder sa culture et ses racines tout en s'impliquant dans une nouvelle culture, une autre société. Quoi de plus logique, à mon sens, de m'investir, à une certaine échelle, dans ce qui fait d'un pays ce qu'il est par sa base: le politique.
 
Avant même de déménager, j'avais ma petite idée quand à savoir pour quel parti j'allais militer. Il y avait quelques choix possibles. Le Parti Fédéraliste m'intéressait de par ses idées fédéralistes, mais sans en connaître beaucoup plus sur son programme, je n'ai pas pris le temps de chercher plus en profondeur. Je trouvais les Verts intéressants, modernes et dynamiques, mais probablement aussi figés sur certains points que je n'aurais pas réussi à m'identifier totalement au parti. L'Union pour la Démocratie Française avait quelque chose d'intéressant: parti en mue perpétuelle, divers courants la composant pouvaient peut-être attirer mon attention, mais l'esprit bien catholique de la chose m'en détourna rapidement. Et puis il y avait évidemment le PS: une grosse machine de guerre, le tank allemand de la Gauche française, et des «icônes» peu intéressantes à mon goût, tirant plus la couverture à elles que pour leur programme, leur parti et leurs valeurs. Certes, ma sensibilité de gauche aurait pu me faire adhérer à ce parti, social-démocrate convaincu que je suis, j'ai cependant cherché  plus loin. Finalement, le Parti Radical de Gauche me paraissait être une bonne option. A part des coûts d'adhésion un peu déplacés pour des jeunes adhérents, ce parti traduisait des valeurs intéressantes. La taille de la machine politique radicale était également un atout, j'avais l'impression qu'en simple militant, j'aurais ma place. Je ne compterais pas dans la guerre marketing que se livre le PS et l'UMP à savoir combien d'adhérents ils avaient de plus que les autres, mais simplement comme un individu faisant de la politique pour une collectivité, la société dans laquelle j'allais vivre...

Pour avoir pendant des années regardé avec un oeil parfois amusé ou étonné la vie politique française et pour avoir découvert notamment le PRG et sa visibilité grâce à son ancienne candidate, Mme Taubira, à la Présidentielle de 2002, le parti m'a paru moderne, dynamique. Après des dépouillements soignés de son programme, de l'historique et après avoir fait la lumière sur une certaine confusion entre des Radicaux de droite un peu identiques aux Radicaux helvétiques, c'est à dire courant derrière un grand parti majoritaire que je qualifie de populiste qu'est l'UMP ou l'UDC en Suisse, et des Radicaux de Gauche revendiquant leurs origines et leurs valeurs essentielles, j'ai franchi le pas et pris contact avec la section jeunesse du parti. Et dès mon arrivée en France, j'ai décidé de rejoindre le parti.
 
Il est évident que le rôle de Madame Taubira a joué un rôle important dans mon choix. Non seulement, on en avait beaucoup entendu parler dans les médias français comme étant la cause de l'échec de Jospin en 2002. Etudiant en Sciences Politiques à Lausanne également, jamais je n'ai entendu dire de la bouche des mes professeurs que le PRG était responsable de l'échec du PS mais que le seul responsable de l'échec du PS en 2002 c'était le PS lui-même. Je crois intimement que c'est une auto-flagellation peut-être typiquement française car le traumatisme - auquel on est malheureusement habitué en Suisse avec une extrême droite plafonnant à environ 30% - du FN au second tour a du semer bon trouble et beaucoup de questions sans réponse au sein de la gauche, tout comme la droite libérale. Mais si le PS n'a pas convaincu en 2002 d'après les chiffres, on pourrait aisément comprendre que des gens qui votaient traditionnellement à gauche ne l'ont pas fait et on tout simplement voté pour le FN, par rapport à ce qu'on avait appris, le syndrome des «marginalisés de la mondialisation» et de «l'aliénation politique» faisant que des gens ont eu un sentiment d'incompréhension de leurs problèmes par leurs élites politiques. J'ai aussi remarqué qu'en France, on ne vote pas forcément «pour» quelqu'un ou quelque chose, mais plutôt «contre» quelqu'un ou quelque chose en appliquant un vote de sanction. Finalement, quoi de plus normal dans un pays démocratique qui ne connaît pas, comme en Suisse, le pouvoir de la contestation du politique par le peuple grâce aux référendums et initiatives en tout genre, régulièrement mis en approbation devant le peuple...
 
Alors comme ça, un petit parti aurait fait sauter la porte Rue Solférino... David aurait (a)battu Goliath et devrait porter tous les maux de la gauche? Il fallait y aller pour se convaincre de cette bêtise.

Oui, Madame Taubira a pesé lourd dans la balance de mon choix. Pourquoi? Tout simplement parce que c'est une femme de gauche, qui tout en étant française, a d'autres racines qui permettent de relativiser et de survoler des problèmes que des franco-français-métropoitains ne pourraient peut-être pas voir. Je pense que l'ethnologie est intimement liée à la politique. Et l'ethnologie, paraît-il, assume qu'il est impossible de comprendre le système sociétal de l'intérieur. Dilemme. La politique est censée régler et comprendre les problèmes sociétaux de l'intérieur... Non, je ne prétends aucunement apporter «la» vision extérieure, mais je me sens plus proche de Madame Taubira de par ma position politique en France qu'un métropolitain qui serait parisien par exemple. Même si ma position concernant le colonialisme en France n'est pas la même que celle de cette personne, l'image du parti qu'elle a donné, en tout cas en Suisse, c'est que le PRG = Madame Taubira. 

Qu'on le veuille ou non, la politique c'est aussi du marketing. Faire du marketing sur ses origines ou sa couleur de peau n'est pas un argument valable à mes yeux. On fait de la politique pour les valeurs qu'on veut transmettre, pas pour ses origines même si ces dernières peuvent parfois être un atout ou un sérieux désavantage.

Ce soir, j'ai dévoré le discours de Sarkozy sur La Chaîne Parlementaire: nationalisme déplacé, postillons à chaque phrase sur ses notes, le discours était fort intéressant. Il y avait une sorte de paradoxe flagrant entre le respect des identités régionales spécifiques à la France, tout en affirmant que «quand on vit en France, on parle le Français.» Ouf, Sarkozy a oublié dès lors que les bretons, corses, occitans et autres communautés qui sont attachées à leur langue régionale sont aussi des Français. Et si l'on parle Français, vit-on donc tous en France? Il ne veut pas d'une France fédérale, mais désire une décentralisation et reconnaît l'utilité de la subsidiarité. Ce qui vaut pour l'Europe ne vaut donc pas pour son pays? Rappelant le traditionnel «Liberté, Egalité, Fraternité», cette devise aussi jolie soit-elle peut-elle réellement être mise en application avec son programme. Affirmant que les peuples sont libres à choisir leur auto-détermination, la Ligue Savoisienne, le Parti Occitant et l'Union Démocratique Bretonne ont du être enchantés par son discours. Si j'avais le droit de vote et que je n'étais pas en France, j'aurais voté Taubira pour une VI République. Sarkozy a plusieurs fois fait mention qu'il désirait une nouvelle république. Qu'il vote dès lors pour le PRG. Pour une VI République.

Tout en terminant mon curry rouge de la soirée passée et tentant de digérer son discours Gaulliste (une lecture des manuels scolaires d'histoire suisses feraient perdre les cheveux des gaullistes français) j'avais la confirmation que j'attendais. Oui, j'ai bien fait d'adhérer au PRG. Pour les valeurs qu'il supporte. Pour l'héritage qui l'anime. Et pour Taubira qui l'a représenté et je l'espère, le représentera encore en 2007... 

25/09/2006

Non en 2002 et Oui en 2006

medium_SWISS_FLAG.jpgOn pourra me traiter de xénophobe, de raciste, d'intolérant, de tous les autres maux de la terre, il n'en reste pas moins qu'avec une certaine appréhension, mon vote est conséquent avec le résultat d'aujourd'hui. Je dois avouer que lorsque j'ai du écrire un «oui» ou un «non», j'ai longtemps hésité. D'abord, je me voyais refuser les deux lois. Par la suite, je me voyais refuser la loi sur les étranger mais acceepter celle sur l'asile et puis ce fut le contraire. Finalement, j'ai glissé, après des heures de réflexion, de débat, de discussions avec mes proches et mes amis ainsi qu'avec ma famille, deux «oui».

Les résultats sont là: environ septante pourcent de la population a accepté ces deux lois. Mais le conflit venait d'autre part, d'ailleurs. Pour la première fois, je me voyais en opposition totale avec les partis avec lesquels j'ai une sensibilité plus ou moins importante, des partis de gauche. Alors que je me refuse à faire jouer des intérêts religieux et sectaires dans le sens primaire du terme, je me trouvais également en contradiction avec le mot d'ordre de la Fédération des Eglises Protestantes de Suisse. Pour des raisons annexes, la Conférence des Evêques de Suisse (CES) fait des différences de traitement entre les humains, ce n'est pas elle que j'allais suivre, même si cette conférences d'hypocrites avait le même mot d'ordre que la FEPS. Et puis des gens de la société civile, des artistes, des politiciens que je respecte, tous étaient contre ces lois. Même mes amis étaient contre ces lois. Alors pourquoi, moi qui m'étais engagé fermement contre le durcissement de la loi sur l'Asile en 2002 et qui pendant 5 ans avais une affiche du comité référendaire et de l'Organisation Suisse de l'Aide aux Réfugiés (OSAR) trônant au dessus de mon lit, comment ai-je pu finalement glisser deux «oui» dans l'urne?

Je trouve plusieurs éléments de réponses à cette question: j'ai d'abord lu les textes. Ils me paraissaient parfois trop durs, mais comportaient également de bons éléments. Le fait d'apprendre une langue du pays avec des cours organisés par les autorités était un point essentiel que je trouvais justifié. La punition des passeurs l'était aussi. La procédures facilitée pour les étrangers m'a paru également juste. J'ai profité de répondre le plus correctement avec mes opinions mais aussi ma sensibilité à des questions et des tests neutres sur internet (n'importe quel moyen est bon pour se faire une opinion) et les résultats étaient sans appel, un peu comme aujourd'hui. Mais je crois finalement que malgré tout ce que l'on a pu dire, je considère mon vote comme un signal, un signe important, comme la majorité des gens qui ont voté oui aujourd'hui: ils ne sont pas forcément de droite, ni racistes. Des événements personnels qui se sont passés m'ont également poussé à voter «oui», probablement en sanctionnant certaines personnes par la faute d'autres. Je le reconnais. Mais je n'en n'ai pas honte. C'est là où réside le malaise. Alors que tout devrait me faire voter «non», je n'ai pas honte de mon «oui». 

Peut-être que ce «oui» devait rassurer les Suisses, peut-être en perte d'identité, à côté d'une Europe qui se construit sans elle, mais qui l'influence fortement? En 2001, le résultat était serré: l'initiative «Contre les abus dans le droit d'asile» de novembre avait été rejetée par 50,1% de la population. Ce signal aurait du être pris au sérieux par les politiques et les autorités. La gauche angélique et bien pensante avait le même discours depuis des années «il faut accueuillir tout le monde» et la droite populiste demandait en substance un grand «Raus!». Même des sondages expliquaient que les sympathisants du PS soutenaient majoritairement pendant un moment, les deux lois sur l'Asile et les Etrangers. A noter qu'une partie de la droite libérale s'opposait à la loi sur l'Asile mais ne pipait mot concernant la loi sur les Etrangers. Pourquoi et comment passe-t-on de 49% de oui à environ 70% en 4 ans? Je pense, mais ce n'est pas que cela et pas si simple, cependant que ce signal de novembre 2002 n'a pas été perçu par une partie de la gauche. Car si elle était majoritairement opposée à l'initiative en 2002 et que ses sympathisants ont voté contre ce texte, aujourd'hui, elle doit également se demander pourquoi d'autres sympathisants sont allés dans le sens contraire. 

Le PS s'est donc ramassé une giffle. Après une série de votations gagnées, la gauche a complètement perdu et tout perdu en ce 24 septembre 2006. Son initiative COSA demandant d'attribuer les bénéfices nets de la Banque Nationale Suisse à l'AVS a également été rejetée. Il est important que la gauche puisse continuer à gagner. Mais comme je l'ai répété souvent, il faut qu'elle devienne plus réaliste, moins angélique. Sans quoi, elle risque encore à nouveau de vivre de cuisants échecs. 

J'ai voté pour une naturalisation facilitée des étrangers, et je voterai contre la naturalisation des étrangers par le Peuple. Je suis attaché à un pays humanitaire et humaniste, et rationnellement parlant, j'aurais pu voter non à la loi sur l'Asile. Cependant, comme l'annonçait le site "politarena.ch" dans le résultat du test, en substance que des éléments externes pouvaient influencer sur le choix définitif. La Suisse s'est dotée d'une loi plus restrictive concernant l'Asile. Elle a voulu montrer peut-être qu'il fallait donner un signal fort, faire un geste fort, pour se sentir rassurée. Rassurée de quoi? Par qui? Pour quoi? Je ne le sais pas. Il n'empêche qu'aujourd'hui, j'ai voté 2x Oui et que malgré tout ce qui fait de moi un homme de gauche, je n'ai pas honte de mon vote. Il s'agira de faire respecter ces lois, d'y appliquer désormais le côté "humaniste" des activistes pro-lois et de ne pas oublier que si pour des requérents d'asile, la porte ce soir à l'air fermée, elle ne l'est qu'à demi. 

25/06/2006

France - Romandie: une histoire d'amour et de haine

medium_RomFra.gif«Je soutiens deux équipes: la Suisse et celle qui battra la France.» 

L'inventeur de ce slogan imprimé sur t-shirt a fait fureur en Suisse romande, en ces premières semaines de la Coupe du Monde de foot. Comme je l'ai dit auparavant, je déteste le foot. Mais la ferveur «nationale» qui en découle de ce côté de la frontière franco-suisse pose plusieurs interrogations.

Commençons tout d'abord par l'histoire des drapeaux accrochés aux fenêtres, brandis par les passagers des autos et sur les t-shirts divers et variés. A chaque fin de match, Lausanne et son centre-ville est bloqué, innondé par les fans de foot de chaque pays participant à la coupe du monde. Il y a les discrets, et ceux que l'on voit et entend, majoritairement les communautés d'émigrés: Espagnols, Italiens et Portugais, mais également les Brésiliens. Si pour les trois premiers pays, cela se comprend par la forte immigration qui s'est produite pendant les années septante, le cas brésilien doit certainement plus découler d'une sympathie relativement forte pour ce pays: à part les brésiliens eux-mêmes, combien de fenêtres et balcons arborent le drapeau brésilien à côté du suisse? Un bon nombre impossible à dénombrer.

Mais l'événement était le match non-événement entre la Suisse et la France. Aucune idée du côté de la Suisse alémanique, mais en Romandie c'était la furreur: «pourvu qu'ils perdent ces Français!», «qu'on gagne haut la main», «que la France retourne d'où elle vient» et j'en passe. Toutes ces petites phrases assassines que l'on a pu entendre à répétition pendant quelques jours.

D'ou vient ce «nationalisme», ce «chauvinisme» si soudain contre la France? De leur prétendue «arrogance», elle même dénotée par Philippe Séguin, Premier Président de la Cour des Comptes, dans le journal français Le Monde du 17 juin 2006:«A Stuttgart, dans la chasse aux places, la fédération suisse avait battu à plate couture la fédération française : il était donc difficile de ne pas croiser, en fin de match, ces milliers de sourires helvètes et goguenards, réparties muettes à ce qu'il faut bien appeler, comme le premier déclinologue venu, notre arrogance.»

L'arrogance française existe-t-elle? Ce n'est pas parce que tout le monde le dit que c'est forcément vrai. Cependant, lors de reportages avant le match, on voyait des français hurler au déjeuner en face de supporters suisses «les ptits suisses, on va les bouffer!» Il suffit de surfer sur les forums consacrés au foot sur France2 ou Eurosport pour un festival français de prétentions: «en suisse meme votre cerveau marche au ralenti!», «la france va taffé sec la suise», «j'espere que la france va humilier les Suisse 1-0», «La Suisse est une bonne equipe bien en place qui devrait poser des problemes a la France...pendant 45min. France 3 - 0 Suisse», « Henry va bien vous humilier !!». Bref. Les médias français ont également rapporté l'arrogance Suisse envers les Français. Comme si c'était quelque chose d'incompréhensible, impensable, inexplicable. Avec un regard un peu plus critique, le Zapping de Canal+ alternait l'arrogance des Français et le ricanement de Corinne Portier, correspondante TSR-RTBF jubilant un tantinet sur les prétentions des fameux «3-0» pour la France réduits à néant.

Seul le journal Le Temps, tentait de saisir l'essence même de cette flambée patriotique, cette envie soudaine de tanner les Français à leur propre jeu, l'arrogance. Car si pour ces derniers, ils restent champions du Monde, ils oublient très vite qu'être Grand signifie le rester. Lorsque l'on est «petit», on peut toujours grandir.

Mais que peut réellement permettre et oser une déclaration si brûlante envers la France, pendant ce mois si chaud? Pour ma part, je pense que la réponse se trouve dans l'Histoire. Comme Le Temps l'a expliqué, la Suisse et la France ont des liens très forts. Si ce n'est simplement la dénomination des cantons qui à part les cantons bilingue de Berne, Fribourg et du Valais, ainsi que le canton de Vaud longtemps sous domination bernoise, sont tous des «Républiques.» Napoléon, les Burgondes, la Savoie, Paris et Marignan, la Saint-Barthélémy sont autant d'éléments qui nous lient à la France.

Nous sommes liés non seulement par notre histoire, mais également par la langue, la culture et peut-être l'esprit. La Romandie est le territoire à proprement parler qui «entre» le plus dans le territoire français. Une ligne droite imaginaire pourrait être tirée de l'extrémité nord à l'extrémité sud de la Romandie, on voit que les Romands sont entièrement «imbriqués» dans la France. Alors qu'une toute petite minorité si peu comptable estime que la France devrait être notre pays, l'immense majorité des Romands regarde la France avec envie mais rejet également. Rejet de son système centraliste, peu démocratique par rapport à la Suisse, miné par le chômage et par les politicailles partisanes. D'un autre côté, la France représente la Culture, la Langue. Les Américains partents à Hollywood tenter leur chance, les Romands, comme les Marseillais, Toulousains ou Strasbourgeois montent à Paris...Lausanne n'est finalement qu'à 3h40 de Paris en TGV...

Comme le rapporte Sylvain Besson dans Le Temps du 13 juin 2006, la France a ouvert sa première représentation officielle en 1430. Par la suite, il y eut la guerre des Burgondes et Marignan en 1515. Napoléon acheva l'histoire militaire de la Suisse avec la France. Mais l'entente est cordiale depuis ce temps là.

Le problème réside probablement à un sentiment d'infériorité de la part de la Romandie et d'un sentiment d'ignorance venant de la part de la France. La Suisse, il est vrai, est reconnue par les Français pour son chocolat et ses montres. Le tout s'arrête là. Lorsque des Suisses poussent la porte de l'intérêt, ils deviennent soudainement français. Je me souviens de ce match de tennis aux JO de nonante-deux, c'était la finale. Et Marc Rosset gagna. Le commentateur français n'oublia pas de dire «ah qu'on est fier qu'il soit français!», sur ce, l'autre commentateur rappela que oui, Rosset parle français, mais qu'il est Suisse. La compétition entre la Suisse et la France ne s'arrête pas là. Oui, le Mont-Blanc est en France, mais oui également, les plus hauts sommets par la somme sont en Suisse. Non, Stéphane Eicher n'est pas Français et non, leur Gruyère n'est pas du Gruyère, mais de l'Emmenthal. Non, la gastronomie suisse ne s'arrête pas aux Roestis et aux Wurst, mais Crissier abrite l'unique Restaurant au monde a avoir été pointé 19,5 au Gault-Millau, oui, la Suisse a proportionnellement plus de restaurants pointés que la France. Ce sont de petites choses pas très importantes, mais qui, je crois, font du bien aux Romands, dans leur complexe d'infériorité. 

En sciences-politiques, j'ai appris que l'identité nationale se créait et se basait notamment sur l'«Autre.» Sans «Autre» il n'y a pas de «Nous.» L'artiste Ben Vautier dit un jour de nonante-neuf «La Suisse n'existe pas.»

La Suisse n'existe pas? Vraiment? Tous ces drapeaux, cette ferveur nationale pendant cette Coupe du Monde ne démontre-t-elle pas que la Suisse existe quand même?! Si je pense que la Suisse n'existe pas en dehors de la Coupe du Monde, au niveau du sport et de la politique, elle se démarque. Contrairement à la Belgique, joli pays, mais où la tension entre les différents peuples qui la compose est palpable en moins de 3 jours de vacances à Bruxelles, la Suisse est construite sur une volonté commune de vivre ensemble et de tirer quelque chose des autres cantons. De l'opportunisme bien placé, de l'opportunisme utile. En Suisse, aucun parti n'oserait mettre l'étranger et l'autre communauté linguistique sur le même niveau, comme l'a fait le Vlaamsblok. Ici, pas de partis politiques divisés à la belge, selon la langue. Non, la Suisse n'existe peut-être pas, mais son élite politique est assez intelligente pour garder le pays unis et également garder ses prérogatives à Berne.

Je travaille au Service Civil dans une Fondation majoritairement francophone qui possède une seule antenne en Suisse allemande. Lors des séminaires et présentations, tout pour le moment, est en français. Ma cheffe m'a dit qu'elle avait vu que pour les Alémaniques, des documents non-traduits dans leur langue leur posait problème. Pour une fois, ils étaient dans la position minoritaire, devant demander et redemander d'avoir l'information dans leur langue, qu'on leur prête un peu d'attention. Car la Suisse allemande se comporte vis-à-vis de la Romandie de la même façon que la France. On sait qu'ils existent, mais cela ne fait ni chaud ni froid. Ils ne se sentent pas concernés.

La Romandie fait un complexe d'infériorité par rapport à la Suisse allemande qui détiendrait l'économie et la politique, et à la France qui détiendrait la Culture et la Langue. Des deux côtés, il n'y a qu'un regard posé sur elle, un regard condescendant ("Nos amis les Romands" pour les Alémaniques, "Nos amis les Suisses" pour les Français) ou une totale abstraction que l'on existe. Les Alémaniques vivent la même chose avec l'Allemagne et les Tessinois rejettent l'Italie. Les trois langues officielles de la Suisse nous séparent, mais font également que nous sommes «unis» dans l'«infériorité» des grands pays que sont l'Allemagne, l'Italie et la France. Unis dans la minorité complexée... Et puis finalement, n'est pas le Parti Fédéraliste de la Franche-Comté qui lui lorgne du côté romand jusqu'à vouloir rattacher la Franche-Comté à la Suisse?

Cependant, nous avons des spécificités que les «Autres» n'ont pas: une démocratie directe, des spécificités linguistiques étonnantes et logiques, un sentiment  étrange qui fait que finalement eux c'est eux et nous c'est Nous, une religion qui fait par exemple des Romands les seuls francophones à être majoritairement protestants... Et puis la contribution à la culture française ne s'arrête pas là: Rousseau à sa manière (il était plus Genevois que Suisse), Le Corbusier architecte, Francis Reusser, Alain Tanner, Jean-Luc Godardréalisateur, Jean-François Balmer acteur, Henri Dès chanteur, Henri Dunant fondateur de la Croix Rouge, Roland Jaccard chroniqueur au Monde, André Kudelski décrypteur, Henri Nestlé industriel, Jacques Piccard océanographe, Auguste Piccard physicien, Bertrand Piccard aéronaute, Claude Nicollier spationaute NASA, Charles Ferdinand Ramuz, Denis de Rougement, Blaise Cendrars tous écrivains, De grands noms. Et témoins d'une grande histoire.

Oui alors, la Suisse existe. La Romandie aussi. Elle existe par sa souveraineté existentielle, mais aussi par son revanchisme sur la France. Revanchisme apparu par l'histoire et la déconsidération de son grand voisin qu'elle prend comme modèle mais qu'elle rejette également dans sa soi-disante suprématie. Sa position francophobe de la Coupe du Monde ne sera avouée et portée devant l'«opinion publique» française que pendant un seul petit mois. Un seul mois, où elle pourra dire et se dire: on existe et pour vous le montrer physiquement, on sera premier du groupe. Pari tenu, Paris tenue. L'arrogance est apparemment française, le moyen de s'affirmer, de se montrer et de se prouver que l'on existe à travers une complexité si grande que la France ne comprend pas est suisse. Au chauvinisme français, la Romandie devient donc revanchiste. 

Pour retomber dans l'oubli et continuer sa relation passionelle d'amour et de haine à l'encontre de la France, de l'amoureuse bouttoneuse du footballeur populaire du lycée.

Si petite soit-elle, c'est ici et maintenant qu'elle peut montrer qu'elle joue aussi parfois dans la cour des Grands...

24/05/2006

Quand la politique donne un carton jaune au sport

Je déteste le football.

Mais je regarde les qualifications de l'équipe de Suisse face à la Turquie. Et puis avec ces semaines qui viennent, je vais être servi ! Le Mondial approche et on aura du foot à toutes les sauces. À la TV, à la radio, dans les journaux... Les Français vont à nouveau se la péter et puis « trois petits tours et puis.... », les Italiens vont encore nous faire une simulation de Casanova, les Allemands vont trinquer et les Suisses vont patauger. Et puis  des analystes financiers de l'UBS, statistiques à l'appui, (ils ont vraiment rien d'autre à faire!) ont prédit un arrêt en plein vol de la Suisse en huitième de finale contre l'Espagne. Bref, je m'en tape...
Et puis, si je déteste le foot, je n’y comprend rien à ses structures. Il y a la Champions League de l'UEFA, l'Axpo-Super League de l’ASF et quand Sion fait la fête et que l'entraîneur déclare en substance dans le Matin qu'on devrait tous être un peu Valaisan, Sion perd un autre jour et ne se qualifie pas. Ah ? C’est deux compétitions différentes ?... Notez que l'association si brutale entre le foot et le Valais m'a donné la nausée.
Passons.
La Suisse et l'Autriche organiseront en 2008 l'Eurofoot, et le Parlement s'est donné une nouvelle loi contre le hooliganisme. Une partie de la gauche, les Verts, le PS et les Popistes, a lancé, avec les fans-clubs, un référendum contre cette loi. Et tout le hic se trouve ici.
Stade St-Jaques à Bâle. Le FC Bâle perd contre le FC Zurich et c'est le cauchemar sur la pelouse. Déjà que ce sport est nul, si ses fans excités le sont aussi, on est pas sorti de l'auberge. Bref. Coups de pieds, fumigènes, un remake de « Suisse-Turquie » si ce n'est qu'ici c'est des équipes locales.
L’image désolante de la violence entre supporters et un stade dévasté, quand je vois tout cela, j’ai de la peine à imaginer que certaines personnes à gauche veulent lancer un référendum. De la part des fans-clubs j’aurais pu comprendre, mais est-ce que la gauche est fichtrement « pro-bordellique ? »
Ce qui me dérange, et on y vient finalement, c'est qu'après avoir milité dès mon plus jeune âge en politique, je me rends compte que le problème avec la gauche, c'est qu'elle fait de l'angélisme pour un peu tout et n’importe quoi. Le Parlement se dote d'une loi contre le hooliganisme. Son titre: « Loi fédérale instituant des mesures visant au maintien de la sûreté intérieure. (Incitation à la violence et violence lors de manifestations sportives). » Le message du Conseil fédéral est clair: « Le présent projet vise à créer les bases permettant d’améliorer la lutte préventive contre la violence, en particulier la violence lors de manifestations sportives. Les normes proposées devront permettre à l’avenir de mettre le matériel de propagande incitant à la violence sous séquestre. Il sera par ailleurs possible d’enregistrer les fauteurs de troubles afin d’endiguer la violence lors de manifestations sportives et d’en empêcher l’usage par des mesures préventives conçues par paliers. »

Les Verts déclarent sur leur site internet national que la loi « considère tous les supporters comme des hooligans en puissance » et que cette loi fait « fi de la présomption d'innocence » tout en décriant que des gamins de 12 ans pourront être interpellés ! Et alors ? Leur âge leur permettrait de faire tout et n’importe quoi ?! Ce sont de beaux mots. Je continue à dire que s’il y a la possibilité d’empêcher des petits excités à tout détruire et casser pour casser, alors dotons-nous d’une loi les empêchant de nuire. Après les événements du Stade St-Jaques, la TSR au travers de « Mise au Point » faisait un petit reportage : on y voyait les représentants de ces mêmes fans-clubs qui ont lancé le référendum, retourner leur veste et dire que finalement, cette loi était bonne.
Que l'on soit impliqué dans un acte de destruction (les dégâts à Bâle se montent à environ 500'000.- CHF), que l'on s'amuse à faire brûler des bancs, que l'on envahisse le terrain et que l'on détruise du matériel, etc. tout ceci doit être sanctionné. On pourrait penser que c'est trop dur, trop arrêté, trop rigide. Mais un moment arrive où il faut dire "STOP". J’ai l’impression que l’on peut être de gauche, mais que l’on n’ose pas demander un peu « d’ordre », mot probablement considéré comme l’apanage de l’UDC.
Je ne comprends pas pourquoi on continue à protéger les supporters violents. Cette loi s’applique à eux seuls. Les autres supporters, s’ils ont la conscience tranquille, ne devraient pas être dérangés. Le fait de déclarer que « tout peut être réglé à l’interne » me semble être mal pensé. L’angélisme de gauche devrait tout excuser, tout pardonner ? Certainement pas. Mais c’est l’image que je perçois en me penchant sur ce référendum.
La violence sportive entre joueurs, mais également entre supporters est plus que désolante. La Suisse s'est dotée d'une loi contre le hooliganisme. J'ai longuement réfléchi et je voulais télécharger une feuille afin de signer le référendum. Mon intuition m'avait dit d'attendre un petit peu, de laisser cette feuille sur mon bureau, d’attendre d'autres matchs pitoyables qui devraient encore se passer. Je n’ai pas été déçu.

Les Fan-clubs, la gauche référendaire et les hooligans, après les émeutes du Parc St-Jaques, ont du soucis à se faire. Au lieu de tirer une balle du pied, ils se sont tiré une balle dans le pied. Si les belles victoires réjouissantes en politique de la gauche fait plaisir, son angélisme la perdra probablement à un moment donné. La responsabilité individuelle incombe au Parti radical, comme il se plait à le dire, la responsabilité de la société devrait compter plus pour cette gauche référendaire.

28/04/2006

Tout ça pour ça!

 

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En 2003, la Suisse allait connaître une mini-révolution politique. La «Formule Magique» composant le Conseil Fédéral depuis 1959 avec deux PS, deux PRD, deux PDC et un UDC se composait autrement, en enlevant un siège au PDC et en le donnant à un trublion politique de l'UDC. Soit. Le hic pour ma part, alors engagé dans des élections fédérales, était de voir que Christophe Blocher était élu en tant que Conseiller Fédéral. Mais pas que cela. Entre lui et Metzler, mon choix était fait. J'aurais préféré la jeune femme trentenaire, la jolie «hôtesse de l'air» tout droit importée de la glorieuse Swissair coulée par des Radicaux. Même si sa politique des «Trois cercles» reprise par Le Pen du Front National, était plus qu'une grosse saleté, elle était meilleure que Blocher, Merz et consorts. Et puis même si je ne suis pas féministe, je pense qu'un gouvernement composé de sept femmes serait bien meilleur que tous ceux que nous avons eu jusqu'à maintenant, car je pense que la Femme pense et pratique la politique autrement que les mâles dominants. Mais dans un parti autant ringard et poussiéreux que le Parti Démocrate-Chrétien, Madame Metzler, qui venait «du» canton par excellence de la Femme qui lui octroyait le droit de vote et d'éligibilité au niveau cantonal seulement en 1990, alors que la Nouvelle-Zélande, pourtant si éloignée de la vieille Europe humaniste, était le premier pays au monde à leur octroyer ce droit en 1893. Bref, Appenzell Intérieur, demi-canton par excellence, le canton du PDC où les partis d'opposition sont les...Indépendants, il fallait le faire! Mettre cette femme au Conseil Fédéral et en faire la troisième femme ministre du pays.

Et puis en 2005, elle devait devenir la seconde Présidente de la Suisse. Mais ceci ne fut qu'un rêve. Alors que la Suisse avait toutes les cartes en mains pour se doter d'un Gouvernement plus représentatif de sa population avec 3 femmes sur 7 «ministres», tout vascilla.

Et le PDC sacrifia sur l'autel de la bonne idée, sa candidate qui fut non-réélue, une première! Le PDC perdit un de ses deux sièges, l'autre restant à Joseph Deiss. Peu charismatique, un peu terne, très mauvais orateur qui se prétent parfait bilingue mais qui ne maitrise pas forcément la subtilité de la liaison en français, se reprenant maintes fois lorsqu'il lit son discours au Parlement, c'était le ponpon! On lui doit paraît-il l'entrée de la Suisse à l'ONU et l'acceptation des Accords Bilatéraux avec l'Union Européenne. Mouais. Je pense surtout que les Suisses étaient matures pour décider seuls de rejoindre l'ONU et savaient que le seul moyen de "survivre" était d'accepter les Accords Bilatéraux. Quand on voit la qualité d'expression et de persuasion de Monsieur Deiss, je pense que si la Suisse a accepté ces deux votations, ce n'est pas le fruit de son travail.

On le dit brillant économiste: le chômage des jeunes en Suisse est au plus haut. Les places d'apprentissages manquent. On prédit la reprise économique, les gens attendent des faits plus que des rapports mal lus. Finalement, la presse s'attardait à dire que Deiss avait fait un bon travail. C'était plus notre Lagaffe que notre Président. Sa femme ne connaissant pas le protocole embrassant l'Impératrice du Japon, j'ai plus eu la sensation que Deiss était plus en voyage d'agréement pendant 2004 qu'à sa place de Président. A la Télévision Suisse Romande, hier soir, environ dix heures après l'annonce de son retrait du Conseil Fédéral, il dit «Je n'ai pas de projet.» Oh d'accord c'est facile de ne prendre qu'une partie de phrase. Mais c'était tellement vrai: Je n'ai pas de projet. Comme le PDC.

Deiss est ce que j'appelle un politicien mou, terne, sans idées, sans réel crédit, élu pour une seule petite voix, opportuniste. Tout ce que le PDC représente. Le PDC a des ressources humaines, disait-il en substance. «Laissons-les jouer!» Laissons-les jouer. C'est cela même. Monsieur Deiss a fait joujou sans projets. Oh c'est facile! Mais c'est ma vision de cet homme. Il ne m'a jamais intéressé réellement, jamais attiré. Il représente tout ce que je n'aime pas en politique: la molesse, l'opportunisme, l'indécision, l'imprécision, la légèreté, l'incompréhension et j'en passe. Depuis quelques années, je dit grossièrement que le «PDC a le cul entre deux chaises.» A force de bouger de droite à gauche, les chaises s'écartent. Et tous, nous savons ce qu'il se passe ensuite. Non, Deiss n'était pas un grand homme d'état. Non Deiss n'a pas fait beaucoup pour les jeunes de ce pays. Et non, Deiss ne fut pas un Président hors-norme. Le PDC avait le choix: garder une femme, trentenaire et jolie, pas forcément la plus «sociale» des femmes, mais une femme quand même, ou un homme, un vieux, un sans-idées, qui devait être Président moins de 3 semaines après l'éviction de sa collègue. Pour ne rester que 2 ans et demi de plus au Conseil Fédéral. Monsieur Deiss est donc vraiment ce que je n'aime pas en politique: il fait les mauvais choix constamment. Il n'a pas de projet. Comme le PRD.

medium_prd.gifLe seul projet du parti radical est d'avoir un nouveau président en 2011 et surtout, de changer de logo. Car si le PRD n'a pas de projet, et n'en n'a plus, il a des graphistes. Une croix en 3D avec le sigle «PRD. Les Radicaux.» Précisons que la linguistiques permet de fines subtilités. Les trois dénominations en allemand, italien et romanche pourraient être traduites «PRD. Nous les libéraux.» Le Parti Libéral Suisse appréciera. Mais de toute façon, on ne lui demande pas son avis aujourd'hui. Alors pour «gagner», le PRD mise sur son image et son logo plus que sur le renouvellement de ses idées. Il n'est tout simplement pas pragmatique. On le comprend: longtemps allié au PDC, le départ de Joseph Deiss les a probablement 'touttournechamboulés.' Ils venaient de perdre une élection à Berne, ils viennent de perdre leur rosette bicolore, il faut maintenant que Joseph parte. Pauvre vie et dure vie qu'être radical. Surtout quand on ne sait pas pourquoi on l'est.

10/04/2006

L'Ours monte vraiment à gauche

Il fallait attendre de longs moments puisque la surcharge des visites du site de l'Etat de Berne ont fait littéralement exploser leur serveur. Mais après un long après-midi d'attente, les résultats tombaient soit au téléphone pour me dire "j'ai été élue" soit au contraire pour me dire "je n'ai pas été élue" avec au final, une certaine perception de joie que tout cela s'arrête enfin.

Comme expliqué dans mon précédent post, le canton de Berne a voté et a renouvellé son Exécutif, son Législatif amaigri de 200 à 160 sièges et le Jura bernois a élu son Conseil du Jura Bernois (CJB).

Et il a fallu attendre 2006 pour qu'enfin, la région soit représentée par les forces de gauche et sans besoin d'avoir faire recours à la règle "géométrique" compliquée permettant de faire élire un candidat pour le siège du JB à l'Exécutif bernois, méthode où l'on multiplie les voix attribuées à un candidat francophone par les Alémaniques par le nombre de voix des francophones!

Et comme à Fribourg, comme à Lausanne, comme un peu partout ces temps, il ne fait pas bon d'être membre du PRD. Sauf quand on est pro-jurassien! En effet, même si une comparaison est plus difficile cette année en raison du fait que le Grand Conseil a perdu 40 sièges, en regardant les scores en pourcent des partis, on voit bien l'évolution qui en découle: l'UDC passe de 31% à 26,5% (67 à 47 sièges) manquant à son objectif cité sur son site cantonal, à savoir «Le maintien des nos trois sièges au Grand conseil compte tenu du nouveau cercle électoral. L'augmentation du pourcentage de nos suffrages.» Le PRD passe de 17,6% à 15,7% et passe de 37 à 27 sièges. Ce qu'il faut prendre en compte c'est que la nouvelle répartition des mandats et le découpage électoral favorise les petits partis. Ainsi, l'Union Démocratique Fédéral - UDF obtient de très bons scores dans l'Oberland et même un élu dans le Jura bernois, là où elle se présentait pour la première fois. Le Parti Evangélique a lui aussi augmenté son résultat d'environ 1,5% pour s'établir à 7,2% et gagner 2 sièges (13). Le Parti Démocrate-Chrétien n'est pas dans ses terres saintes. Le Canton de Berne étant à presque 90% de confession protestante, le parti proche des milieux catholiques au niveau national se situe à environ 1,5% mais perd un siège pour s'établir à un seul.

Les grands gagnants qui augmentent leurs scores ou font un retour malheureux sont les Verts Liste Libre (Verts Sociaux-Libéraux) et l'Alliance Verte et Sociale (Verts trotskystes) et les Autonomistes pour les premiers, le Parti Suisse de la Liberté (PSL) - extrême droite - pour les seconds: alors que les Démocrates Suisses (extrême-droite) augmentent leur pourcentage mais perdent 2 sièges, le Parti Suisse de la Liberté retrouve sa fierté nationale en refaisant son entrée au Parlement après 4 ans d'absence et une perte de ses 4 sièges en 2002.

La coalition verte progresse d'environ 3,5% pour passer de 15 à 19 sièges. Et les Autonomistes passent de 1,2% à 3,8% environ, le Parti Libéral Jurassien confirmant son siège obtenu après que le candidat du PDC de l'Entente se soit retiré en cours de la législature. Et le Parti Socialiste Autonome du Sud du Jura (PSA) passe de 0,9% à environ 3%! Et gagne un siège de plus qu'en 2002. Mais ce qui est très intéressant c'est de se pencher sur les représentants du Jura bernois (12 sièges). Comme annoncé auparavant sous "Le Jura irlandisé?", les forces politiques se répartissaient en parts égales: 3 PRD, 3 PSS, 3 UDC et 3 Autonomistes. Les électeurs du Jura bernois ont voté Vert, Religion et Autonomisation. L'UDF gagne un siège notamment grâce à un sous-apparentement de listes avec le PEV. Et les Verts envoient désormais un député à Berne pour le Jura bernois, avec notamment des voix grapillées au Parti Socialiste du Jura Bernois (PSJB) dans le district de Courtelary.

En résumé, le Parti Socialiste Autonome qui totalisait 10,3% en 2002 surpasse les trois partis «établis» que sont le PRJB, le PSJB et l'UDC-JB pour devenir le premier parti de la région totalisant un total avoisinnant les 24%! Le Parti Libéral Jurassien progresse lui-aussi pour s'établir à 6,10% dans le Jura bernois. Alors que la composante plus ou moins traditionnelle de 3 PSJB, 3 PRJB, 3 UDC et 2 PSA -1 PLJ était connue pour son caractère répétitif, nous avons désormais 3 PSA, 1 PLJ, 2 UDC, 2 PRJB, 2 PSJB, 1 UDF et 1 Vert. Avec 3 socialistes autonomistes, 1 verts sympathisant des autonomistes et un libéral jurassien votant au centre-gauche de l'échiquier politique, et 3 socialistes, l'électorat jurassien bernois à voté majoritairement à gauche.

Pour le Conseil du Jura Bernois, les Autonomistes se présentaient sur quatre listes différentes dans les trois districts. A La Neuveville, l'Alliance Hors-Parti récoltait pas moins de 25% des voix et enlevait 1 siège sur trois, laissant les deux autres au PSJB et au PRJB. A Moutier, le PSA obtenait 30% et le PLJ environ 10% totalisant 4 sièges PSA et 1 PLJ sur 11. Le PRJB et l'UDC ont en chacun 2. Le PSJB et le Parti Evangélique chacun 1. A Courtelary, le PSJB et l'UDC ont chacun gagné 3 sièges sur 10 avec respectivement environ 30% pour le PS et 20% pour l'UDC. Le PRJB a récolté 2 sièges avec 20% et l'Alliance Jurassienne (AJU) 2 également avec 21%. Le centre-gauche autonomiste récolte environ 48% des voix totales exprimées au niveau régional avec un bon 37% pour les deux formations proclamées «socialistes».

Mais le plus intéressant et c'est un cas presque historique, Maxime Zuber, le Président du PSA est l'homme fort de la région et pour la première fois de son histoire, le corps électoral a fait fi des étiquettes anti et pro-bernois en le plébiscitant. Il devance tous les autres candidats romands et probernois de la région au niveau des voix du Jura bernois.

Fait historique ou presque, le Conseil Exécutif du Canton a viré au rose-vert! Alors que l'UDC, prétentieuse, voulait faire voler en éclat la formule magique bernoise de 3 UDC, 2 PRD et 2 PSS en présentant une liste de 4 candidats, elle n'a réussi qu'à perdre un siège. Le PSS a fait élire ses trois candidats avec le Vert social-libéral alémanique Berhard Pulver, bilingue et sensible à la cause jurassienne apprécié pour la gestion de la Commission d'Enquête Parlementaire (CEP) concernant le torpillage à sec de la caisse de retraite des Enseignants du canton, argent perdu en bourse! Et géré par des «pros» de l'économie du Parti Radical. Encore lui. Et il perd son second siège également. C'est une véritable giffle infligée par le peuple, peu content de l'OPA agressive de la Droite sur la Berner Zauberformel (Formule Magique bernoise). Le PRD perd encore et toujours.

Parlant du pauvre PRD bientôt représentatif de ce que j'apelle en opposition à la «Gauche Caviard» la «Droite Guenille», voici une petite anecdote: lors d'une soirée, je me suis retrouvé avec une très sympathique et fraîchement élue radicale de Renens. Elle me parle et me dit qu'elle n'aime pas le nom de la coalition RCDR (Rassemblement du Centre et de la Droite de Renens). Pourquoi n'est-elle pas chez les Libéraux? Réponse plus que cocasse: «Je n'aime pas les extrêmes.» Peut-être a-t-elle raison, cependant, si elle se considère comme une radicale finalement romande (centre(droite)), elle se trouve loin d'un Merz, d'un Couchepin et d'un Favre. C'est tout le problème du PRD. Il ne sait ni qui il est, ni après qui (je dis "après" et non pas "avec") il doit courrir. L'UDC qui s'affirme clairement comme LE parti de l'économie (quoique l'on puisse sérieusement en douter), après le Parti Libéral en créant cette Union Libérale Radicale qui ne veut rien dire. On ne va pas la refaire une 20è fois, mais le PRD désire réformer la Suisse, il ne sait par contre pas se réformer lui-même.

Une seul regret: si comme à Neuchâtel, Fribourg et Genève la gauche progresse, elle le fait au détriment du nombre de femmes dans l'Exécutif. Dommage. A quand un Conseil Fédéral de 7 femmes et 1 Chancellière? Pas avant qu'une femme noire, lesbienne et juive n'occupe la Maison Blanche.

Des chiffres et encore des chiffres. Tout est résumé clairement sur mon autre site consacré aux statistiques d'élections en Suisse et dans les cantons. Plus d'infos sur PARTIS-CH.CJB.NET

04/04/2006

Le Jura irlandisé?

Tout commença avec Napoléon...Encore lui! En 1792, Napoléon annexa la République rauracienne, petite soeur de la République française. En 1793, la République devient Département français du Mont-Terrible, mais suite à la défaite napoléonienne, en 1815, le Congrès de Vienne fit éclater l'Europe en Nations. La Suisse ne fut pas épargnée. Les Vaudois furent indépendants des Bernois, tout comme les Argoviens et l'Evêché de Bâle - République rauracienne, composé de francophones catholiques fut rattaché en guise de susucre au Canton de Berne, l'«Ours» protestant et alémanique. On aurait pu en rester là, l'histoire n'en n'a pas voulu ainsi.

Ce billet n'est pas censé être historique, il ne peut cependant pas apporter lumière et éclairages suffisants sans passer par l'Histoire. Dès lors, conflits et petits tracas commencèrent et des tensions se multiplièrent. Le Canton de Berne «colonisa» d'une certaine façon ce territoire de petits valons à la terre peu fertile, y envoya des paysans protestants afin d'occuper les terres et évangélisa le pays jurassien, si bien qu'après quelques décénies, on y trouva des familles établies parlant le français avec des noms à la consonance germanique: Aeschlimann, Gerber, Weber, Burkhalter, Strahm, Zuber... Familles pour la plupart francophones dès lors, mais protestantes, le nord du pays jurassien resta ancré dans la tradition catholique et francophone. De mal en pis, ou de mieux en mieux suivant le point de vue différent des deux côtés, des tensions prirent place.

En 1947, Georges Moeckli, jurassien élu au gouvernement bernois depuis plus de neuf ans, désirait briguer avec l'accord de son parti socialiste, le dicastère des travaux publics. Le Jura d'alors, déjà considéré comme une région périphérique, attendait beaucoup de «son» ministre pour «son infrastructure.» Mais les Alémaniques, majoritaires, donnèrent le dicastère à un nouvel élu socialiste et germanophone, prétextant qu'un francophone ne saurait gérer la chose, importante pour les germanophones. Moeckli était francophone mais maîtrisait le dialecte bernois alémanique. Les uns virent l'opposition d'un alémanique à un francophone, les autres l'opposition de l'Oberland région pré-alpine au Jura. Les réactions côté jurassien ne se firent pas attendre: «Le Jura sous la patte de l'Ours», «Le Jura répondra à l'injure» ou encore «L'âme du Jura s'est affirmée» écrivaient Le Journal du Jura alors que le principal journal alémanique der Bund réduisait l'affaire à une simple histoire de voirie et de trains.

Et de fil en aiguille, des groupes politiques se formèrent, certains très radicaux tels que le Front de Libération du Jura qui plastifia quelques maisons, et d'autres organisés en bras politique d'organisation radicales. Le Rassemblement Jurassien / Unité Jurassienne RJ-UJ aujourd'hui encore existant sous les traits du Mouvement Autonomiste Jurassien (MAJ), fournit un grand nombre de personnalités politiques influentes pour la région. Du côté des pro-bernois, les milieux antiséparatistes favorables au Canton de Berne, fondèrent l'Union des Patriotes Jurassien devenue aujourd'hui Force Démocratique. Entre les deux groupes, la situation ne devenait plus tenable. Des familles furent séparées et ne se parlèrent plus pendant longtemps jusqu'à aujourd'hui encore. Les drapeaux des deux communautés étaient brûlés, des hôtels plastifiés, et l'inévitable se passa, il y eut des morts. Pendant ce temps, au début des années 50', le Canton de Berne reconnut officiellement le français comme langue officielle et reconnut également l'existence du «peuple jurassien.»

Il fallait dès lors reconnaître les francophones au sein du Canton de Berne et leur permettre de s'affirmer en leur accordant un drapeau, le drapeau actuel du Jura constitué de 4 lignes rouges pour les districts protestants (La Neuveville, Courtelary et Moutier - ainsi que le Laufon (alémanique) qui s'est séparé de Berne pour rejoindre Bâle-Campagne au début des années 90') et de trois lignes blanches pour les districts catholiques (Les Franches-Montagnes, Porrentruy et Delémont), orné de la Crosse de l'Evêque de Bâle.

Berne organisa alors un référendum sur la «Question Jurassienne». Si l'on peut prétendre à une réelle démocratie, les dessous de table ne sont pas autant clairs: en 1974, un premier référendum fut organisé au sein de la population francophone du Jura. La majorité globale se prononça pour l'indépendance, mais trois districts méridionnaux se prononcèrent plus défavorablement. Devenus francophones mais dépassant de loin en nombre les catholiques, les districts du Sud du Jura, notamment pour une question religieuse, se prononcèrent pour leur maintient dans le giron bernois. Un goût semblable d'histoire pourrait être retenu de l'histoire de l'Irlande du Nord ou les colons Protestants devinrent majoritaire dans une région, en l'occurence l'Ulster, et se prononçant pour le maintient de l'Ulster au sein du Royaume-Uni...

En 1975, un second référendum fut organisé par Berne afin de confirmer le vote de 1974, uniquement dans les districts du sud. Il surgit alors des disparités entre les communes frontalières et Berne fit revoter une troisième fois les communes limitrophes. Les favorables rejoignirent le Jura, les autres restèrent bernoises. Démocratique? Pas tant que cela. Lors d'un vote dans une démocratie, on prend le résultat total et on l'applique. Imaginez les Régions du Nord de la France voter pour l'Union Européenne et les Régions du Sud voter contre. Personne n'aurait idée de séparer la France en deux, l'une européenne, l'autre hors-UE.

En 1979, la République du Jura fut plébicitée par le peuple Suisse et par le Canton de Berne alémanique. Depuis, les trois districts bernois francophones, c'est l'irlande helvétique. Tags de JU et BE dans des coeurs, tracés, tagués, retracés. Ecuissons peinturluré. Drapeaux brûlés, et politique scindée. On y trouve les «pro-jurassiens» et les «pro-bernois». Ainsi, le Parti Radical du Jura bernois (PRJB) est probernois, le Parti Libéral Jurassien (PLJ) n'est ni libéral ni jurassien, mais c'est le pendant du PRD projurassien. Le Parti Socialiste du Jura bernois (PSJB) ne s'allie jamais avec le Parti Socialiste Autonome du Sud du Jura (PSA) et si l'Union Démocratique du Centre (UDC) n'est que probernois car majoritairement composée de protestants, le Parti Démocrate Chrétien du Jura-Sud (PDC) est projurassien car catholique. On assiste alors à des meetings politiques contre-nature où socialistes et démocrates du centre en opposition frontale et constante au niveau fédéral tirent main dans la main à boulet rouge sur l'alliance socialiste et «libérale».

Le 9 avril, tout le monde regardera si l'Italie basculera à gauche.

Le 9 avril, le Jura bernois regardera si la région confirmera l'avancée des autonomistes en politique. Le Parti Libéral Jurassien (1 siège) et le Parti Socialiste Autonome (2 sièges) ont en tout trois sièges au Parlement du Canton de Berne. Le PRJB, le PSJB et l'UDC ont chacun 3 sièges. Le nombre des sièges pour la région s'élève à 12 au total sur 200. Mais le 9 avril, bien qu'une réorganisation du territoire électoral prenne place et que le Grand-Conseil perde 40 sièges pour désormais en n'avoir plus que 160, le Jura bernois est garant d'en garder 12. La Constitution bernoise réserve également 1 siège sur 7 au sein du Conseil Exécutif pour les francophones. Ainsi, un francophone peut recevoir bien moins de voix qu'un Alémanique, s'il est le premier du cercle électoral francophone, il est élu et pas son collègue alémanique.

Mais le Canton de Berne à senti le vent du boulet passer très près. Après la découverte de «caisses noires» de l'Etat de Berne dans les années 1980 qui ont servi à financer les campagnes antiséparatistes de 74/75/79 et après des référendums illégaux organisés à Moutier, la ville la plus importante du Jura bernois, après un mécontentement de plus en plus grand des francophones délaissés, le Canton de Berne à voté une loi spécifique au Jura bernois, instaurant notamment le Conseil du Jura bernois, conseil de 24 sièges élu au suffrage universel direct et proportionnel afin de légiférer sur des questions de culture et de la région. Ce conseil sera apte à parler avec le Gouvernement jurassien des affaires intercantonales et pourra désormais représenter les francohpones de la région auprès des autorités romandes notamment dans le cadre de l'éducation et de la formation. Les autonomistes ont décrié une coquille vide, les antiséparatistes ont loué le projet. Reste que cette loi instaure, et c'est une première en Suisse et dans les régimes fédéralistes, un droit d'initiative régionale, qui ne peut cependant porter sur l'indépendance de la région. Berne sait que bon et bête commence par la même lettre.

La République du Jura n'est pas en reste. Les citoyens ont récolté des signatures pour une initiative nommée «Un seul Jura» qui ordonne au Conseil Exécutif du Canton du Jura d'offrir un «business-plan» de réunification au Jura bernois d'ici quelques années. Certains apellent cela de l'ingérance, d'autre de prise en soin... Et pour couronner le tout, l'Assemblée Inter-Jurassienne (AIJ) composée de projurassiens et de probernois de tout bord et pas uniquement du monde politique est dirigée par...le Ministre fédéral de la Justice et Police afin de régler le conflit jurassien. Tout comme l'Irlande, protestantisme et catholicisme sont religions officielles du pays, tout comme le Royaume-Uni, le Protestantisme est religion unique à Berne. Tout comme l'Irlande où tout citoyen naissant sur l'île d'Eire est considéré comme irlandais, jusqu'en 1992, le Jura considérait toute personne du Jura bernois comme «jurassien».

Cette année, les élections seront passionnantes. Pour la première fois, les trois districts ne forment plus qu'un seul cercle électoral. Et pour la première fois, plus de 5 partis présentent des listes. A côté des traditionnels PSA, PSJB, PRJB, UDC et le cartel PDC-PLJ, l'Union Démocratique Fédérale ( UDF protestante et probernoise), le Parti Evangélique (PEVJB protestant et probernois) et les Verts (hors clivages) se présentent. Au Conseil du Jura Bernois, pour 24 sièges, les trois districts sont trois cercles électoraux. On y retrouve les 5 partis «traditionnels» et les deux partis chrétiens. Mais ici, des membres du PSA et du PDC/PLJ font alliance commune sous la liste Alliance Jurassienne dans le district de Courtelary, font liste séparée PSA et PDC-PLJ dans le district de Moutier et font liste commune sous la bannière de l'Alliance Hors-Partis de la Neuveville. Les Verts ne jouent pas le jeu.

Deux questions: que se passe-t-il si les projurassien, qui pourront cumuler des voix sur un seul cercle électoral pour le Grand conseil, gagnent plus que 3 sièges sur 12? Et que se passe-t-il si les projurassiens obtiennent une majorité des sièges au Conseil du Jura bernois? Québec suisse? Irlande Suisse? Catalogne Suisse?

Quand l'Europe se construit, est-ce vraiment nécessaire de revendiquer une appartenance régionale? Apparement oui. Mais perdre son identité au profit d'un immense ensemble est vraiment nécessaire? Apparement non. Dans les deux cas, la Question reste sans réponse valable. Et dans les deux cas, la Question Jurassienne n'aura trouvé de réponse.

Un suisse allemand est suisse. Un jurassien bernois est bernois. Pourquoi cette différence linguistique? Pour en être certain, les Jurassiens du Sud ne sont pas sudistes, mais jurassiens. Les mots s'accaparent l'identité. Avant d'être reconnu entre bernois et jurassiens, à quand la reconnaissance helvétique? Les autres Suisses ne connaissent que très peu de cette région. Elle est cependant un formidable laboratoire de fédéralisme, de patriotisme, d'indépendance et de conivences. Si l'on ne sait où ranger un «jurassien-bernois» dans une catégorie, on sait que le «jurassien-bernois» est bien complexe. Si complexe qu'aucune «Nation» en Europe n'a obtenu son indépendance de la même façon que la République du Jura...