25.09.2006

Non en 2002 et Oui en 2006

medium_SWISS_FLAG.jpgOn pourra me traiter de xénophobe, de raciste, d'intolérant, de tous les autres maux de la terre, il n'en reste pas moins qu'avec une certaine appréhension, mon vote est conséquent avec le résultat d'aujourd'hui. Je dois avouer que lorsque j'ai du écrire un «oui» ou un «non», j'ai longtemps hésité. D'abord, je me voyais refuser les deux lois. Par la suite, je me voyais refuser la loi sur les étranger mais acceepter celle sur l'asile et puis ce fut le contraire. Finalement, j'ai glissé, après des heures de réflexion, de débat, de discussions avec mes proches et mes amis ainsi qu'avec ma famille, deux «oui».

Les résultats sont là: environ septante pourcent de la population a accepté ces deux lois. Mais le conflit venait d'autre part, d'ailleurs. Pour la première fois, je me voyais en opposition totale avec les partis avec lesquels j'ai une sensibilité plus ou moins importante, des partis de gauche. Alors que je me refuse à faire jouer des intérêts religieux et sectaires dans le sens primaire du terme, je me trouvais également en contradiction avec le mot d'ordre de la Fédération des Eglises Protestantes de Suisse. Pour des raisons annexes, la Conférence des Evêques de Suisse (CES) fait des différences de traitement entre les humains, ce n'est pas elle que j'allais suivre, même si cette conférences d'hypocrites avait le même mot d'ordre que la FEPS. Et puis des gens de la société civile, des artistes, des politiciens que je respecte, tous étaient contre ces lois. Même mes amis étaient contre ces lois. Alors pourquoi, moi qui m'étais engagé fermement contre le durcissement de la loi sur l'Asile en 2002 et qui pendant 5 ans avais une affiche du comité référendaire et de l'Organisation Suisse de l'Aide aux Réfugiés (OSAR) trônant au dessus de mon lit, comment ai-je pu finalement glisser deux «oui» dans l'urne?

Je trouve plusieurs éléments de réponses à cette question: j'ai d'abord lu les textes. Ils me paraissaient parfois trop durs, mais comportaient également de bons éléments. Le fait d'apprendre une langue du pays avec des cours organisés par les autorités était un point essentiel que je trouvais justifié. La punition des passeurs l'était aussi. La procédures facilitée pour les étrangers m'a paru également juste. J'ai profité de répondre le plus correctement avec mes opinions mais aussi ma sensibilité à des questions et des tests neutres sur internet (n'importe quel moyen est bon pour se faire une opinion) et les résultats étaient sans appel, un peu comme aujourd'hui. Mais je crois finalement que malgré tout ce que l'on a pu dire, je considère mon vote comme un signal, un signe important, comme la majorité des gens qui ont voté oui aujourd'hui: ils ne sont pas forcément de droite, ni racistes. Des événements personnels qui se sont passés m'ont également poussé à voter «oui», probablement en sanctionnant certaines personnes par la faute d'autres. Je le reconnais. Mais je n'en n'ai pas honte. C'est là où réside le malaise. Alors que tout devrait me faire voter «non», je n'ai pas honte de mon «oui». 

Peut-être que ce «oui» devait rassurer les Suisses, peut-être en perte d'identité, à côté d'une Europe qui se construit sans elle, mais qui l'influence fortement? En 2001, le résultat était serré: l'initiative «Contre les abus dans le droit d'asile» de novembre avait été rejetée par 50,1% de la population. Ce signal aurait du être pris au sérieux par les politiques et les autorités. La gauche angélique et bien pensante avait le même discours depuis des années «il faut accueuillir tout le monde» et la droite populiste demandait en substance un grand «Raus!». Même des sondages expliquaient que les sympathisants du PS soutenaient majoritairement pendant un moment, les deux lois sur l'Asile et les Etrangers. A noter qu'une partie de la droite libérale s'opposait à la loi sur l'Asile mais ne pipait mot concernant la loi sur les Etrangers. Pourquoi et comment passe-t-on de 49% de oui à environ 70% en 4 ans? Je pense, mais ce n'est pas que cela et pas si simple, cependant que ce signal de novembre 2002 n'a pas été perçu par une partie de la gauche. Car si elle était majoritairement opposée à l'initiative en 2002 et que ses sympathisants ont voté contre ce texte, aujourd'hui, elle doit également se demander pourquoi d'autres sympathisants sont allés dans le sens contraire. 

Le PS s'est donc ramassé une giffle. Après une série de votations gagnées, la gauche a complètement perdu et tout perdu en ce 24 septembre 2006. Son initiative COSA demandant d'attribuer les bénéfices nets de la Banque Nationale Suisse à l'AVS a également été rejetée. Il est important que la gauche puisse continuer à gagner. Mais comme je l'ai répété souvent, il faut qu'elle devienne plus réaliste, moins angélique. Sans quoi, elle risque encore à nouveau de vivre de cuisants échecs. 

J'ai voté pour une naturalisation facilitée des étrangers, et je voterai contre la naturalisation des étrangers par le Peuple. Je suis attaché à un pays humanitaire et humaniste, et rationnellement parlant, j'aurais pu voter non à la loi sur l'Asile. Cependant, comme l'annonçait le site "politarena.ch" dans le résultat du test, en substance que des éléments externes pouvaient influencer sur le choix définitif. La Suisse s'est dotée d'une loi plus restrictive concernant l'Asile. Elle a voulu montrer peut-être qu'il fallait donner un signal fort, faire un geste fort, pour se sentir rassurée. Rassurée de quoi? Par qui? Pour quoi? Je ne le sais pas. Il n'empêche qu'aujourd'hui, j'ai voté 2x Oui et que malgré tout ce qui fait de moi un homme de gauche, je n'ai pas honte de mon vote. Il s'agira de faire respecter ces lois, d'y appliquer désormais le côté "humaniste" des activistes pro-lois et de ne pas oublier que si pour des requérents d'asile, la porte ce soir à l'air fermée, elle ne l'est qu'à demi. 

Commentaires

Est-ce que les étrangers qui viennent en Suisse doivent apprendre vos quatre langues ?

Ecrit par : Paxatagore | 25.09.2006

Bien évidemment que non. Mais je crois fondamentalement que l'immigration c'est aussi pouvoir s'exprimer dans la langue de la société dans laquelle on vit. On ne demande pas aux personnes de pouvoir disserter sur la peine de mort en Français où dans une autre langue nationale, mais de pouvoir acheter son pain, répondre au téléphone et comprendre des textes des écoles destinés par exemples aux parents. C'est le minimum : s'intégrer c'est garder sa culture et ses idées, mais c'est pouvoir également communiquer. Sans communication il n'y a pas d'intégration. C'est le strict minimum que l'on peut faire lorsque l'on désire s'installer dans un pays. Et cela n'est pas que valable pour la Suisse... Un touriste américain n'a pas forcément besoin de pouvoir parler le français en France lors de ses vacances, un Français devrait pouvoir s'exprimer, après un an, en anglais s'il habite aux USA pour son travail ou pour d'autres raisons...

Ecrit par : Romandie | 26.09.2006

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