13.10.2006

Le radicalisme français

medium_frprg.gifLes Radicaux je ne les aime pas. Ils sont fourre-tout, ils ne savent pas ce qu'ils veulent, ils font de mauvais choix, ils sont indécis, sont perdus, sont largués. Je parle des radicaux suisses. Car si ce parti ne m'inspire que peu d'intérêt en Suisse, c'est autre chose ici à Paris.
 
En effet, il m'était difficile de ne pas laisser la politique de côté pour plusieurs raisons. Après avoir démissioné du PS Suisse (PSS) en janvier de cette année, j'ai mis de côté la politique pour terminer mon mémoire de Master et pour y faire une partie de mon service civil obligatoire pendant ce premier semestre 2006.
 
Quelle est la meilleure façon de s'intégrer dans un nouveau pays? A part mon séjour néo-zélandais en nonante-huit, je n'avais jamais été confronté à une réadaptation de mon propre mode de vie. Evidemment, déménager à Lausanne pour y suivre mes études universitaires était déjà un petit chamboulement de mes habitudes mais je n'étais qu'à huitante kilomètres de la maison familiale et une variable non-négligeable faisait que malgré tout, c'était «simple» car j'étais toujours en... Suisse. Et me voilà à 570km de Lausanne. Avec cette frontière géographico-psychologique où, d'après ce qu'il se dit en Romandie, l'héritage arrogant napoléonien a rendu aux mathématiques et aux nombres tout l'illogisme et toute l'incohérence du «quatre-vingt-dix-neuf» au lieu d'un simple et logique «nonante»...
 
S'intégrer, c'est à mon avis garder sa culture et ses racines tout en s'impliquant dans une nouvelle culture, une autre société. Quoi de plus logique, à mon sens, de m'investir, à une certaine échelle, dans ce qui fait d'un pays ce qu'il est par sa base: le politique.
 
Avant même de déménager, j'avais ma petite idée quand à savoir pour quel parti j'allais militer. Il y avait quelques choix possibles. Le Parti Fédéraliste m'intéressait de par ses idées fédéralistes, mais sans en connaître beaucoup plus sur son programme, je n'ai pas pris le temps de chercher plus en profondeur. Je trouvais les Verts intéressants, modernes et dynamiques, mais probablement aussi figés sur certains points que je n'aurais pas réussi à m'identifier totalement au parti. L'Union pour la Démocratie Française avait quelque chose d'intéressant: parti en mue perpétuelle, divers courants la composant pouvaient peut-être attirer mon attention, mais l'esprit bien catholique de la chose m'en détourna rapidement. Et puis il y avait évidemment le PS: une grosse machine de guerre, le tank allemand de la Gauche française, et des «icônes» peu intéressantes à mon goût, tirant plus la couverture à elles que pour leur programme, leur parti et leurs valeurs. Certes, ma sensibilité de gauche aurait pu me faire adhérer à ce parti, social-démocrate convaincu que je suis, j'ai cependant cherché  plus loin. Finalement, le Parti Radical de Gauche me paraissait être une bonne option. A part des coûts d'adhésion un peu déplacés pour des jeunes adhérents, ce parti traduisait des valeurs intéressantes. La taille de la machine politique radicale était également un atout, j'avais l'impression qu'en simple militant, j'aurais ma place. Je ne compterais pas dans la guerre marketing que se livre le PS et l'UMP à savoir combien d'adhérents ils avaient de plus que les autres, mais simplement comme un individu faisant de la politique pour une collectivité, la société dans laquelle j'allais vivre...

Pour avoir pendant des années regardé avec un oeil parfois amusé ou étonné la vie politique française et pour avoir découvert notamment le PRG et sa visibilité grâce à son ancienne candidate, Mme Taubira, à la Présidentielle de 2002, le parti m'a paru moderne, dynamique. Après des dépouillements soignés de son programme, de l'historique et après avoir fait la lumière sur une certaine confusion entre des Radicaux de droite un peu identiques aux Radicaux helvétiques, c'est à dire courant derrière un grand parti majoritaire que je qualifie de populiste qu'est l'UMP ou l'UDC en Suisse, et des Radicaux de Gauche revendiquant leurs origines et leurs valeurs essentielles, j'ai franchi le pas et pris contact avec la section jeunesse du parti. Et dès mon arrivée en France, j'ai décidé de rejoindre le parti.
 
Il est évident que le rôle de Madame Taubira a joué un rôle important dans mon choix. Non seulement, on en avait beaucoup entendu parler dans les médias français comme étant la cause de l'échec de Jospin en 2002. Etudiant en Sciences Politiques à Lausanne également, jamais je n'ai entendu dire de la bouche des mes professeurs que le PRG était responsable de l'échec du PS mais que le seul responsable de l'échec du PS en 2002 c'était le PS lui-même. Je crois intimement que c'est une auto-flagellation peut-être typiquement française car le traumatisme - auquel on est malheureusement habitué en Suisse avec une extrême droite plafonnant à environ 30% - du FN au second tour a du semer bon trouble et beaucoup de questions sans réponse au sein de la gauche, tout comme la droite libérale. Mais si le PS n'a pas convaincu en 2002 d'après les chiffres, on pourrait aisément comprendre que des gens qui votaient traditionnellement à gauche ne l'ont pas fait et on tout simplement voté pour le FN, par rapport à ce qu'on avait appris, le syndrome des «marginalisés de la mondialisation» et de «l'aliénation politique» faisant que des gens ont eu un sentiment d'incompréhension de leurs problèmes par leurs élites politiques. J'ai aussi remarqué qu'en France, on ne vote pas forcément «pour» quelqu'un ou quelque chose, mais plutôt «contre» quelqu'un ou quelque chose en appliquant un vote de sanction. Finalement, quoi de plus normal dans un pays démocratique qui ne connaît pas, comme en Suisse, le pouvoir de la contestation du politique par le peuple grâce aux référendums et initiatives en tout genre, régulièrement mis en approbation devant le peuple...
 
Alors comme ça, un petit parti aurait fait sauter la porte Rue Solférino... David aurait (a)battu Goliath et devrait porter tous les maux de la gauche? Il fallait y aller pour se convaincre de cette bêtise.

Oui, Madame Taubira a pesé lourd dans la balance de mon choix. Pourquoi? Tout simplement parce que c'est une femme de gauche, qui tout en étant française, a d'autres racines qui permettent de relativiser et de survoler des problèmes que des franco-français-métropoitains ne pourraient peut-être pas voir. Je pense que l'ethnologie est intimement liée à la politique. Et l'ethnologie, paraît-il, assume qu'il est impossible de comprendre le système sociétal de l'intérieur. Dilemme. La politique est censée régler et comprendre les problèmes sociétaux de l'intérieur... Non, je ne prétends aucunement apporter «la» vision extérieure, mais je me sens plus proche de Madame Taubira de par ma position politique en France qu'un métropolitain qui serait parisien par exemple. Même si ma position concernant le colonialisme en France n'est pas la même que celle de cette personne, l'image du parti qu'elle a donné, en tout cas en Suisse, c'est que le PRG = Madame Taubira. 

Qu'on le veuille ou non, la politique c'est aussi du marketing. Faire du marketing sur ses origines ou sa couleur de peau n'est pas un argument valable à mes yeux. On fait de la politique pour les valeurs qu'on veut transmettre, pas pour ses origines même si ces dernières peuvent parfois être un atout ou un sérieux désavantage.

Ce soir, j'ai dévoré le discours de Sarkozy sur La Chaîne Parlementaire: nationalisme déplacé, postillons à chaque phrase sur ses notes, le discours était fort intéressant. Il y avait une sorte de paradoxe flagrant entre le respect des identités régionales spécifiques à la France, tout en affirmant que «quand on vit en France, on parle le Français.» Ouf, Sarkozy a oublié dès lors que les bretons, corses, occitans et autres communautés qui sont attachées à leur langue régionale sont aussi des Français. Et si l'on parle Français, vit-on donc tous en France? Il ne veut pas d'une France fédérale, mais désire une décentralisation et reconnaît l'utilité de la subsidiarité. Ce qui vaut pour l'Europe ne vaut donc pas pour son pays? Rappelant le traditionnel «Liberté, Egalité, Fraternité», cette devise aussi jolie soit-elle peut-elle réellement être mise en application avec son programme. Affirmant que les peuples sont libres à choisir leur auto-détermination, la Ligue Savoisienne, le Parti Occitant et l'Union Démocratique Bretonne ont du être enchantés par son discours. Si j'avais le droit de vote et que je n'étais pas en France, j'aurais voté Taubira pour une VI République. Sarkozy a plusieurs fois fait mention qu'il désirait une nouvelle république. Qu'il vote dès lors pour le PRG. Pour une VI République.

Tout en terminant mon curry rouge de la soirée passée et tentant de digérer son discours Gaulliste (une lecture des manuels scolaires d'histoire suisses feraient perdre les cheveux des gaullistes français) j'avais la confirmation que j'attendais. Oui, j'ai bien fait d'adhérer au PRG. Pour les valeurs qu'il supporte. Pour l'héritage qui l'anime. Et pour Taubira qui l'a représenté et je l'espère, le représentera encore en 2007...