19.11.2006

République banlieusarde et Helvetia régionale

medium_fr-78-ve.gifAvez-vous déjà remarqué qu’en Suisse on parle de « région » et qu’en France, le terme désignant une aire géographique relativement identique dans sa structure est appelée « banlieue » ? La banlieue lausannoise, la banlieue zurichoise... Non, les termes de région lausannoise et de région zurichoise sont plus utilisés que le terme région parisienne. Quoique...La région parisienne est souvent associée dans les discussions que j’ai avec des Parisiens dans des phrases du style « ce musée est en région parisienne » , « nous avons fait un pique-nique en région parisienne » alors que le 9-3 c’est la banlieue, ça pue, c’est dégueu, ça craint, on n’y va pas pour voir des musées et encore moins pour y faire un pique-nique.

« La banlieue. » J’y vais tous les jours de la semaine ou presque, puisque mon école est dans le « neuf-trois », le « nonante-trois » ou le « quatre-vingt treize » pour parler « francillogique », à Saint-Denis. De par son caractère cosmopolite et abritant des Cités, des gens de différentes couleurs de peau, d’origines et de différentes religions, il fait bien politiquement de taper sur la banlieue ou de dire qu’on en vient, qu’on y a vécu ou qu’on en est l’élue ou l’élu et qu’on se promène pour rencontrer la population, comme on y va dans un zoo pour voir les animaux. Par simple utilisation du mot, la banlieue n’apparaît dans l’imaginaire collectif qu’en « région » parisienne. Paris est donc l’unique ville française ayant des banlieues. Marseille à « ses quartiers ». C’est tout ce qu’on lui a donné en dehors de son périmètre. M6 avec son si bien nommé « Zone Interdite » et UMP-TV avec son si bien nommé « Droit de Savoir » (TF1 pour ceux qui n’avaient pas remarqué que même le logo est presque identique, à part les lettres) nous gratifient de documentaires sur des violences urbaines, sur des crimes commis, des morts pour subvenir à leur audimat leur permettant entre deux show de télé-réalité de faire de l’audimat pour payer les factures à la fin du mois. M6 et UMP-TV ont chacun des studios dans cette « banlieue », à la Plaine St-Denis, dans ce « Droit de Savoir en Zone Interdite. » Un chroniqueur sur France2 dans l’émission « On n’est pas encore couché » demandait même à ce que plus aucun argent ne soit distribué dans des endroits où les lois de la « République » ne sont pas respectées. Bref, il ne fait pas bon vivre dans une « banlieue », sorte de « déchet » urbain, périphérique, décentré, déconcentré pour les politiciens et même les simples citoyens. Tellement décriée qu’un slam a été dédié à St-Denis pour contrebalancer sa mauvaise image prétendue.

À côté du mot « Banlieue »,   j’ai noté que la « République » était un terme très important en France. Alors que la plupart des pays européens sont des républiques, telles que l’Allemagne, l’Italie, la Suisse ou l’Autriche, dans aucun de ces pays, le terme « République » ne tient une signification identique à celle en France. À côté de la République, il y a cette pensée unique, une « République Une et Indivisible » qui étouffe toutes les différences qui font que parfois on se sent fier d’être ce qu’on est parce qu’on est différent, qu’on vient d’ailleurs, qu’on n’est pas de Paris. La « République » est garante d’unité, d’égalité, de fraternité... Une image marketing parfaite, incolore, inodore, vide de sens à mon goût. Une image-façade permettant de s’y réfugier lorsqu’on ne sait plus quoi dire.

medium_Republique.jpg Curieux pays qui, comme on m’a dit, a lutté pour avoir un seul roi, l’a décapité et depuis ne cesse de le pleurer. Où tous ses présidents se comportent comme des Napoléons modernes avec 6 motards-flic devant et 2 autos-poulets derrière la voiture impériale. Majestueuse Statue-République trônant sur son socle Place de la République, fière, digne, imposante, écrasante, hypnotisante, tournant le dos à la banlieue et Bobigny, regardant en direction de Neuilly ou plutôt Versailles. Miteuse Statue-Helvetia, assise, sa perche et son bouclier suisse posés contre un mur, contemplant le Rhin, courbée sur une balustrade contemplant la région bâloise.medium_Helvetia_blickt_auf_den_Rhein_in_Basel.jpg
Tout ça pour dire que j’ai le sentiment que la République et la Banlieue sont des termes opposés dans l’imaginaire collectif français. Alors que la première est une représentation fausse de ce qu’elle représente pour son caractère annulant tout ce qui ne serait pas « républicain » et donc « acceptable », la seconde est une représentation fausse également parce que la banlieue ce n’est pas que des violences, des jeunes enragés. La banlieue est peuplée des membres de la République un point c’est tout. Rien de plus et rien de moins ne devrait être dit. Pour les politiciens, qu’ils en parlent positivement ou négativement fait d’elle automatiquement un endroit à priori stigmatisé.

Fédéraliste suisse convaincu, je pense que la République française devrait être plus ouverte sur ses différences, sur ses différentes cultures, être « fédérale » dans tous les sens du terme, ne pas s’imposer comme une dictature machiavelo-éclairée, mais comme un élément fédérateur, de cohésion qui va au-delà du sens voulu, qui entre en plein dans le sens imaginé et non fantasmé.

Imaginons un instant une République Fédérale Française, acceptant les différences qui font de chacun un tout, unis dans la diversité. La France désire une Europe la respectant pour sa langue, son histoire, ses racines, mais refuse par principe républicain de faire de même pour ses régions et leurs langues, leurs histoires et leurs racines. Il ne doit y avoir qu’un seul modèle, basés sur des principes datant de 1789, dans un monde autre qu’aujourd’hui, totalement différent qu’en 2006. La République banlieusarde est peut-être l’avenir de cette République artificiellement créée après une Révolution ayant découlé sur les Droits de l’Homme. Intégrant autrement des valeurs « républicaines », repensant sa légitimité, ses racines et son utilité. La Ligne 12 du Métro parisien, station Concorde, reprend le beau concept des Droits de l’Homme intimement liés à la naissance de cette République. Avec une faute d’orthographe. Le texte n’est donc plus parfait dans sa forme, mais le reste dans son fond. Comme la République française d’aujourd’hui. Et comme devrait l’être la Banlieue.

Les commentaires sont fermés.