16.07.2007

Une Suisse verte

061f1b79a3635975e461a79804cc225a.gifOn le sait, le climat change et le futur de la planète n’est pas très vert, contrairement aux projections des résultats des élections fédérales de 2007, ce 21 octobre prochain.

Depuis quelques années, les Verts sont de plus en plus courtisés et de plus en plus plébiscités. C’est en 1979 que la Suisse a vu son premier élu vert et c’est en Suisse que le premier écologiste fut élu dans un Parlement au niveau mondial. C’était Daniel Brélaz, Maire de la Ville de Lausanne et qui tient sa ville d’une main verte comme l’aurait fait Thatcher et son gant de velours.

Mais qu’arrive-t-il à la politique suisse qui s’affole et fait grimper les pousses vertes au plus haut dans les sondages ?  Dans presque tous les cantons, les Verts ont progressé lors des dernières élections cantonales. Passant de 133 sièges à 200 au total, les différentes tendances vertes, qu’elles soit alternatives, libérales ou traditionnelles, ont fait exploser leurs scores. Depuis quelque temps également, les Verts ont démontré une capacité certaine à gouverner : Genève, Berne, Bâle, Zurich, Neuchâtel...

Et les sondages n’en démordent pas. Plafonnant à 7,45% aux dernières élections fédérales de 2003, les intentions de vote pour les Verts étaient à 9% en octobre 2006, 9,2% en janvier 2007 et sont désormais à 10,7% en avril 2007 et à 10,9% en juin 2007. En 1979, les Verts obtenaient leur député avec 0,6% des votes.

Si les prévisions se confirment, les Verts seraient les grands gagnants des prochaines élections fédérales. Le scrutin test de Zurich en avril l’a démontré : les Verts traditionnels et les Verts Libéraux Zurichois (GLP) sont passé de 8% à environ 16% en 4 ans.

Alors quelles leçons faut-il en tirer ? L’écologie deviendrait-elle enfin un sujet et un thème électoral important aux yeux des citoyens ? Des signes pointent non pas forcément au niveau politique, mais dans la vie de tous les jours : demande d’une alimentation saine sans OGM, accent sur les énergies renouvelables, abandon progressif du nucléaire. Même les stars s’y sont mis pendant le LiveEarth, méga concert ultra médiatisé afin de sensibiliser la population lambda à la préservation de la planète et de son système.

Si différentes vagues vertes successives risquent de débouler, ce n’est pas du même vert dont il faut parler. Et à nouveau, les partis de droite, négligeant ces thèmes, se voient obligés de copier l’original. L’Union Libérale-Radicale (ULR) et le PDC avaient couru derrière la vague verte UDC, ils vont courir devant le tsunami vert écolo.

1fd830e9f7996818983f9d2f1517af8d.jpg Après avoir simplement viré ses membres de sa composante écolo, le parti libéral vaudois a fait le pari le plus stupide qu’il soit : supprimer des représentants d’une demande émergente, réelle et légitime. Les membres d’Ecologie Libérale ont simplement été rayés des listes du parti pour avoir osé présenter une liste aux élections d’octobre et iront seul au combat. Moins stupides, d’autres sections, notamment à Neuchâtel, ont vu là un apport éventuel de voix et s’y sont ralliées grâce à un sous-apparentement des listes.

Le parti libéral (PLS), après avoir rejeté ses membres, a fait son coming-out écolo : le PLS, afin de faire passer le suppositoire transgénique a tout de même planché sur une version light écolo, son fameux « pacte libéral pour l’environnement ». Il écrit ainsi:« Loin des dogmatismes, le parti libéral garde résolument les pieds sur terre et prône, dans tous les domaines, des politiques et des solutions conciliant économie et environnement au service du progrès social ainsi que du maintien et de l'amélioration de la qualité de vie de tous » et demande de « lutter résolument contre tout moratoire dans les décisions à prendre pour garantir l'approvisionnement en énergie. ». Sous-entendu la construction immédiate de nouvelles centrales nucléaires, comme l’affirme son programme électoral ! Pour le Parti Libéral, l’écologie passe également par le fait qu’il faut « alléger les procédures en matière d'autorisation de construire ». Sans oublier de mentionner qu’en matière d’écologie « l'incitation doit être préférée à la coercition, à la pénalisation, à une fiscalité déguisée, au rationnement et à toute contrainte dommageable à la prospérité économique et à la capacité d'innovation de notre pays. ». En gros, il faut être écolo par principe, car c’est tendance, mais que le budget de développement du nucléaire doit être préféré au développement des énergies renouvelables et que l’écologie c’est bien tant que ça n’entrave pas la sacro-sainte économie. La notion de développement durable est donc détournée au profit d’un seul domaine : le fric !

Pauvres libéraux qui tentent désespérément de retourner dans la Chambre des Cantons, mais également d’augmenter leur nombre de députés à la Chambre basse. Eux qui misaient sur une doublement de leurs effectifs en 2003 et de passer à 12, ils en ont perdu 2 sièges pour devoir se fondre dans le groupe radical-libéral afin de ne pas perdre la main (verte) dans les commissions diverses du Parlement.

Après ce coming-out raté, c’est au tour des « je-ne-sais-pas-où-je-me-situe-mais-je-sais-que-je-vais-où-va-le-vent », comprenez le Parti démocrate-chrétien. Comme d’habitude, lancés sur une frénétique envie de plaire à une audience qui a quitté la serre depuis un petit moment, le PDC a rédigé son contrat électoral dit écologique. Il faut préserver l’environnement car le réchauffement climatique fera perdre de l’argent aux stations de ski, il faut préserver l’environnement et l’énergie grâce notamment à l’option nucléaire. Le PDC est le « seul parti vert bourgeois », comme il était le « seul parti de la famille », le seul « parti suisse ». En fait, le PDC est le seul parti à toujours faire autrement que ce qu’il dit. En gros, c’est un parti qui se cherche encore et toujours, et qui court toujours derrière ce qui lui semble intéressant, puisqu’il n’a jamais vraiment su créer ses propres idées que les autres pourraient suivre. Une vraie comédie politique!
 
Il manque le Parti Radical (PRD), ce bon vieux parti qui sent la morgue écologique, les fleurs fanées, les eaux des vases bien odorantes. En bref, le PRD n’a pas d’idée sur l’écologie. Ah si. Soyez écolos, mais n’entravez pas l’économie. Le PRD est à juste titre le parti à l’origine d’une initiative concernant la suppression du droit de recours pour les organisations écologistes. Le peuple ayant systématiquement rejeté des lois trop sévères sur la restriction écologique, le PRD court dans le mur, une fois de plus, encore...

Une récente étude démontre que 94% des Verts (et que font donc les 6% restants ?!?) et 92% des socialistes votent presque toujours en faveur de l’environnement au Parlement. Il tombe à 51% pour le PDC, 22% pour les Radicaux et 5% pourcent pour l’UDC, la bonne vieille branche agraire est définitivement bien morte !

Et puis il y a le climat qui débloque : pluies diluviennes, températures extrêmes. Il suffira de quelques dégâts importants dus au climat pour que les électeurs donnent définitivement leurs voix aux partis écologistes. Bien évidemment, les socialistes sont, après le parti écologiste, les députés les plus sensibles concernant la protection de l’environnement. Faut-il encore qu’ils cessent de balbutier sur des sujets internes donnant une image parfois autant pitoyable que le PS français. Dans un pays où l’on a vraiment compris ce que c’est d’être écolo – pas comme en France où il a fallu le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot et où Ségolène Royal voulait faire du pays « l’excellence écologique » alors que le tri des déchets n’est pas légion et où les poubelles sont composées de la rue ! – le moment est venu pour une révolution verte écolo, qui sait intégrer autant les politiques sociales, économiques et écologiques. Le parti écologiste suisse tient en main aujourd’hui un formidable sésame pour se faire voir et se faire entendre, c’est le garant politique du Développement Durable. Gageons qu’il sache en profiter et faire gagner la gauche, puisqu’apparemment les socialistes ne sont pas pénalisés par la montée des Verts.

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