20.08.2007
La Cinquième Suisse : un alibi électoral
Les élections fédérales arrivent à grands pas, les partis sortent leurs atouts, dégainent les dernières initiatives populaires des tiroirs, bref, ça bouge sans bouger. Cette année, pour vivre la campagne de l’extérieur quatre ans après ma campagne vécue de l’intérieur, je remarque qu’il y a un thème très important : les Suisses de l’Etranger. Quelques médias suisses (Le Temps, Swissinfo) se penchent sur la question : qui sont-ils, que font-ils, vont-ils voter. La Revue Suisse, journal de la Cinquième Suisse nous a relaté les positions des partis, swissinfo.org nous explique ce que les partis vont faire pour la Cinquième Suisse. Bref, nous sommes convoités.La question essentielle qui se pose est de voir comment les Suisses de l’Etranger sont considérés par la Mère Patrie : en gros si les arguments marketing sont de mises (les Suisses de l’Etranger sont de bons ambassadeurs) ils sont, je pense, avant tout intéressés : les voix de la diaspora suisse comptent. C’est qu’avec environ 645'000 Suissesses et Suisses de l’étranger, il y a des voix à gagner. Cependant, il n’y a pas la totalité de ces citoyens qui votent, seuls 110'000 sont inscrits sur les registres pour exercer leur droit de vote. J’en fais partie.
Swissinfo publia un article fort intéressant sur les différences entre différents pays, à savoir comment et qui pouvaient voter et être représentés au Parlement dans d’autres pays. Le cas de la France et de l’Italie étaient avancés. Reste qu’avant de regarder comment les autres font, regardons le cas en Suisse, au niveau des cantons ; il y a des grandes différences.
En effet, si le Canton de Vaud ne permet de participer aux élections qu’au niveau du Conseil national (on peut être élu et élire), le Canton de Berne va nettement plus loin : les élections et votations cantonales sont prises en compte. Un Suisse de l’Etranger a le droit de se prononcer sur les crédits de l’Aéroport de Belp, et ce, même depuis Tauranga en Nouvelle-Zélande ou New Delhi en Inde. Bref, si les citoyens suisses sont égaux en droits et en devoir de manière générale, pourquoi est-il impossible d’avoir une uniformisation des droits et devoirs des Suisses de l’Etranger au niveau fédéral ? Oui, chaque canton est souverain. Cela règle beaucoup de questions. Il n’empêche qu’en étant inscrit dans le registre des électeurs à Vaud, j’ai moins de droits que si je suis inscrit dans le Canton de Berne.
Il y a plus de 530'000 Suisses de l’Etranger qui ne votent pas. Il y a 110'000 Suisses de l’Etranger qui ont demandé de recevoir les papiers de votes. Sur ces 110'000 Suisses de l’Etranger, il y a probablement des citoyens qui ne veulent que voter sur des thèmes de politique fédérale, ou encore d’autres qui ne veulent que s’exprimer lors des élections. Mais dans mon cas, je suis bien floué. Aucune possibilité de voter au niveau du Conseil des Etats, pas de mot à dire sur la politique cantonale dans mon pays, comme dans le pays où je réside. Aucune possibilité d’élire des citoyens qui feront les lois du canton où j’ai mes papiers de vote. Aucune possibilité de moyens d’action concrète pour demander à « mes élus » de se battre aussi pour des droits que je revendique, celui de pouvoir m’exprimer à l’échelle de mon canton de vote. Je suis un demi-citoyen en quelques sortes.
Il est très improbable que des voix des Suisses de l’Etranger ne puissent faire basculer des résultats de votations dans des cantons vu leur poids et leur participation. Pourquoi leur refuser le droit de vote au niveau cantonal ? Et quel est le problème, à savoir nous donner deux sièges au Sénat, comme il en est question en France pour la diaspora française ou de même qu’en Italie ?
On essaie de nous faire miroiter qu’en plus d’être importants, on a des chances d’être élu au Parlement sur des listes électorales : peu connus dans les cantons de vote, nous n’avons aucune chance réelle, ne nous leurrons pas. Nous sommes juste des candidats alibis, telles les listes de jeunes apparentées aux listes - mères.
Les partis politiques se disent mitigés sur le fait que la Cinquième Suisse puisse obtenir 2 sièges au Conseil des Etats et représenter un 27è canton au niveau du Conseil national. La Cinquième Suisse représenterait le troisième canton en terme de voix. Les citoyens « locaux » seraient donc menacés de perdre de l’influence sur ceux qui vivent en Suisse ? Tant pis pour la Cinquième Suisse, de toute façon ils ne payent pas d’impôts en Suisse alors pourquoi les faire participer plus activement ? Là est le vrai problème et la vraie question.
Le point important à soulever dans tout cela c’est que nous ne sommes pas égaux ni en droits ni en devoirs. La Cinquième Suisse n’est qu’un pot de voix, rien d’autre. L’Organisation des Suisses de l’Etranger estime que la première chose à faire est l’introduction du vote électronique. Soit. Avec de l’ambition et un peu de courage, nous devrions demander des droits à pouvoir s’impliquer de façon plus concrète dans la vie en Suisse, de garder ce lien, cette « chose » qui fait qu’on est Suisse aussi à cause des valeurs qui nous attachent à nos institutions. Que ceux qui veulent élire dans les cantons, voter dans les cantons, élire au Conseil des Etats puissent le faire. Ils ne sont peut-être qu’une minorité, il n’empêche que jamais, ceux qui demandent à accéder à la Démocratie, ne devraient en être privés.
03:34 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : suisse, élection, alibi, votations
Commentaires
Très intéressant. En France, petite précision utile, les français de l'étranger sont représentés au Sénat, par deux sénateurs (vous semblez envisager dans votre billet que c'est un projet - c'est une réalité depuis longtemps). Par ailleurs, les français de l'étranger ont toujours pu voter pour l'élection du président de la République, traditionnellement considérée chez nous comme la plus importante, et aux référendums, en un mot, à toutes les élections nationales. Je crois - mais n'en suis pas certain - que désormais un mécanisme a été trouvé pour voter aux élections "territorialisées" (ex : législatives, municipales). Mais évidemment, nous n'avons pas la problématique propre à un Etat fédéral comme la Suisse, que vous évoquez : celle de la disparité des droits.
En tout état de cause, c'est un problème très complexe. Par exemple : il est tout à fait légitime de penser que le citoyen suisse lambda qui émigre à Paris se désintéresse d'une certaine façon de ce qui se passe dans son Vaud natal. C'est sans doute vrai pour certains. A tout le moins, en perdant le contact avec les vertes vallées du canton de Vaud, est-il légitime qu'il participe au vote des lois et à l'élection des représentants ? On peut se poser la question. D'un autre côté, on peut très bien imaginer que nombre de citoyens quittent la Suisse pour quelques années, pour des raisons professionnelles ou familiales, mais avec la ferme intention d'y revenir. Sans doute ne vivront-ils pas demain sous l'empire de la loi nouvelle, mais ils y vivront après demain. C'est là à mon avis le noeud du problème : selon le choix que l'on fait, il est légitime de faire voter les 5ème Suisses dans un "canton spécial" ou au contraire chacun au niveau de leur canton...
Ecrit par : Paxatagore | 04.09.2007
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