18.05.2009

L'Inde a voté

incflag.gifL’Inde a voté. Dans un immense pays en proie à des tensions linguistiques, religieuses et indépendantistes, les quelques 60% des électeurs s’étant déplacés ont donné une large majorité au Parti Indien du Congrès, parti politique se basant principalement sur la sécularisation de la société et la laïcité dans un pays très religieux et où les réflexes religieux sont profondément ancrés dans la société. Evidemment, l’Inde n’est pas parfaite. Le rôle des castes joue une part importante et façonne la société qui tente de résister à une sécularisation entière et intégrale, ce qui ne sera malheureusement pas possible dans un proche avenir, ni même dans nos sociétés démocratiques dites « occidentales ».
De plus, le Parti du Congrès Indien fut, après son retour au pouvoir en 2004, le parti qui plaça un Président musulman, un Premier Ministre sikh et une cheffe de parti catholique. C’est lui aussi qui plaça la première Présidente du pays, une hindoue.
Alors que la France subit un retour masqué mais visible du religieux dans les affaires publiques, la plus grande démocratie du monde a offert une véritable démonstration sur plusieurs points essentiels. Elle a montré que lorsqu’il y a des élections qui s’étendent sur plus d’un mois, les résultats définitifs ne sont pas contestés par l’opposition et qu’avant même les résultats définitifs, cette opposition reconnaissait sa défaite, ce qui nous change des élections internes au PS, et par la même occasion, ce qui change radicalement des pays voisins ou se trouvant dans la région. Elle a montré également qu’avec ses machines électroniques simples, elle n’a pas eu à observer des petits trous pendant des mois comme ce fut le cas outre-atlantique au début des années 2000. Elle a finalement démontré que la Démocratie est possible dans cette région et a donné une véritable leçon à ceux qui estiment que la démocratie en Chine n’est pas possible : autant complexe dans son relief, dans ses langues, dans le poids de sa population et dans ses religions, l’Inde a su offrir une image moderne d’un pays certes imparfait, mais atteignant un haut niveau de démocratie pour un pays en voie de développement.
Certes, il y aura eu des morts et de violents affrontements, certes, il y a de la corruption. Mais sur une échelle de plus d’un milliard d’habitants, regardons notre Europe et ses quelques centaines de millions d’habitants. Conflits religieux en Irlande du Nord, explosions et terrorisme en Espagne et ailleurs, déni de démocratie en Italie, élections truquées en Russie. Et puis les castes sont évidemment là. Mais que dire des castes en France ? La « France d’en Haut et la France d’en Bas » ? Elles aussi sont à leur manière présentes : tout en haut les élus notables, puis les grands chefs d’entreprise, depuis quelques temps, le clergé depuis mai 2007, puis les salariés, et finalement les populations d’immigrants. L’Intouchable a autant peu de chance de gravir l’échelle sociale que le petit jeune au nom de famille à consonance d’Afrique du nord. Mais la Constitution indienne stipule que l’Inde est laïque et qu'à ce titre les élections sont libres, et que les intouchables votent, puisque l'Etat ne leur reconnaît aucune caste, aucune "intouchabilité". Jai Ho !

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