18.10.2009

Post Tenebras, Tenebras

GEflagFR.gifIl suffit de lire les commentaires et les articles de la presse française principalement pour se rendre compte que la Suisse n’a plus aucune grâce auprès de nos « amis » français. Eux qui aiment à nous appeler « nos amis Suisses » avec ce ton débile de condescendance paternaliste, ne savent finalement que très peu de « leurs » amis. Le Figaro, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Le Point, et d’autres journaux ont tous des articles suivis de commentaires ouverts pour leurs lecteurs. Et force est de constater qu’outre Doubs, l’amitié condescendante s’est transformée en helvétophobie primaire de la France d’en Bas.

Après l’affaire Kadhafi un grand journal national français expliquait que les ressortissants suisses détenus en Libye étaient « considérés en Suisse comme des ‘otages’ » remettant de facto en cause le terme « otage », après l’affaire Polanski, où finalement Christophe Barbier dans son édito podcasté disait : « Est-ce que la Suisse a eu raison d’arrêter Polanski. Non, la Suisse a eu un comportement inacceptable » en parlant « d’une sorte d’otage en prenant Roman Polanski – C’est illisible, c’est incompréhensible, c’est inacceptable. »  La Messe est dite. Barbier aurait du tout de même réviser ses classiques en Droit international. L’imprescriptibilité des actes pédophiles est votée en Suisse comme aux USA et donc une demande d’extradition formulée par les USA à la Suisse, comme stipulée dans une Convention Internationales signée entre les deux pays, doit se faire. L’Ostie est avalée. La France serait la première à venir pleurnicher si la Suisse ne respectait pas des traités binationaux signés avec elle. La France n’a pas fait tout un foin quand en 1999, la Suisse a extradé Maurice Papon en France. Là, c’est soudainement compréhensible, lisible, donc acceptable.

Et puis il y a cette affaire du Secret bancaire. La France d’en Bas ne lit et n’écoute que la presse, totalement incompétente sur ces questions, reprenant largement clichés et faux constats. La vérification des sommes transférées sur les comptes suisses est plus stricte et sévère que le laxisme français, depuis l’affaire des fonds juifs en déshérence, la Suisse ne peut plus laver plus blanc que blanc. Alors le G20 se réunit, l’OCDE se réunit, la dernière fois à Londres, afin de parler des places « opaques » financières. On pourrait clairement dire que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Londres, place financière européenne totalement opaque, métropole et point phare du Commonwealth, là ou le Chef d’Etat des Bermudes, des Bahamas, des centres off-shores gère de loin les affaires de ces états, tous paradis fiscaux.

Alors la Suisse, placée sur liste « grise » a la « chance » d’être taxée de pays responsable de la crise actuelle (et les Subprimes de ces Américains, qui d’ailleurs ont le Delaware totalement defiscalisé ?) et de tous les maux de la crise économique.

Soyons clairs : le Secret bancaire ne m’intéresse pas. Je ne peux pas en profiter, et n’aimerais pas en profiter. Cela va à l’encontre de ma conception de la société solidaire. Les impôts impopulaires sont la base même d’une société permettant d’avoir des crèches, des bibliothèques, des transports de qualités, des routes bien tenues, une vie culturelle développée, une éducation nationale ne se transformant pas en centre agricole d’élevage bovin...

Les Suisses bénéficient de « l’évasion fiscale ». Cependant, une énorme majorité continue de payer et de déclarer ses revenus, car dans ce pays, on est conscient que sans argent et sans impôt, la qualité de vie incomparable à la qualité de vie française ne serait pas possible.

Il y a alors les commentaires des lecteurs de ces journaux : racisme, xénophobie, helvétophobie. Morceux choisis de choses entendues de vive voix par des connaissances d'amis. Mes amis ne se permettent pas quoique... certains ne se gènent pas:

"Vous financez le terrorisme international" c'était le plus beau je pense. On a beau avoir des règles strictes, envoyer des "Présence Suisse" ,qui à part signer des contrats pour l'économie, ne doit vraiment rien foutre de la journée, normal, sont pas affiliés aux Libéraux-Radicaux?! - je m'égare...
"On devrait vous faire plier quitte à ce que vous creviez dans votre merde d'argent nazis" - entendu au détour d'une discussion échauffée. "Votre pays doit être le pays le plus corrompu de toute l'Europe" - en même temps, il fait Sciences po, mais ne situe pas la différence entre la Palestine et la Jordanie.
"Votre secret bancaire: vous lavez plus blanc que blanc, vous n'êtes que des salopards qui s'enrichissent sur le dos des dictateurs", "y'a pas de démocratie chez vous, vous n'êtes ni laïcs, ni républicains, ni même démocrates", "vos lois sur les étrangers sont pires que ce que le Front National propose" - normal, je dis, faut se protéger des français tout de même...
Par contre, quand on leur dis qu'au Jura, les étrangers peuvent être élus Maires, ils te disent: on s'en fout, « vous êtes des sales racistes de merde ». « Votre armée est soi-disant grande, mais on vous éclate la gueule en deux minutes. Vous êtes tellement un petit pays merdique." Bref en gros, le secret bancaire fait des ravages et des malheurs. On doit en fait payer pour toutes les crises économiques de la planète, on va nous le "faire payer" on va "nous faire crever".


Le pire, c'est que tout cela, me rend, en tant que Suisse de gauche, social-libéral, ouvert sur l'Europe et sur les autres, en total repli par réaction épidermique: tu en oublies ton patriotisme éclairé et ouvert, et tu repars sur un nationalisme fermé. Je m'en fout du secret bancaire, mais j'en deviendrais presque le plus grand fervant défenseur juste pour les faire taire.

« Voisins indélicats » nous gratifiait Arnaud Montebourg. En même temps, je ne sais pas s’il est une bonne référence.

On commences à vouloir défendre son armée en faisant du Service Civil, et on pense aussi que finalement si UBS pouvait crever, qu'elle crève en faisant crever toutes les autres banques françaises.. Un reportage sur France3 expliquait que des collectivités locales en Île de France mettaient de l’argent dans les banques suisses, car elles étaient plus sûres. On crache sur la Suisse, mais on est bien content de pouvoir bénéficier de ses « avantages ».

L'UE est démocratique, mais qu'elle impose des décisions à d'autres l'est finalement pour eux tout autant. Par contre, ils sont les premiers à grognasser comme des loups quand Bruxelles leur demande des comptes sur leur agriculture et la PAC.

En gros, on est des abuseurs, malsains, malhonnêtes, corrompus, racistes, xénophobes, repliés, intégristes, blanchisseurs, retardés, voleurs, indélicats, responsable de toute la merde du coq français...

Alors il y a des élections à Genève, en temps de crise économique. La crise économique a toujours rejeté la faute sur le voisin. Comme la France l’a fait et continue de le faire avec la Suisse, pays dont on ne savait même pas qu’il existait à côté de la France avant 2007, pays dont personne ne parlait, que personne ne connaissait, où tout le monde pensait que la capitale était Zurich ou Genève, ces villes de banquiers qui comme le dit le Figaro « ont aidé les Médicis et les Rois de France ».

Et si cela est valable pour la France, elle l’est d’autant  plus pour la Suisse. Attaquée de toute part, sans aucun allié – bien fait, ils n’avaient qu’à faire partie de l’Union Européenne – le repli épidermique s’est fait sentir. Quelques illuminés genevois de l’Union Démocratique du Centre et du Mouvement des Citoyens Genevois ont capitalisé quelques 23.3% des suffrages aux dernières élections du Grand Conseil le 11 octobre dernier. Et ces deux partis ont fait leur campagne sur la haine viscérale du frontalier français, responsable de la crise économique. Bonnet blanc, blanc bonnet. Et là, Le Monde, Le Figaro, Le Point nous pondent des articles : mais comment osent-ils ne pas nous aimer, ces Suisses sont vraiment « tous » des racistes.

La votation lancée par l’Union Démocratique du Centre et l’Union Démocratique Fédérale contre l’érection de minarets est encore plus incomprise à l’étranger. Et le résultat risque d’être explosif. Le PS et la droite libérale PLR ne font pour l’instant rien. L’affaire Kadhafi par la Libye, pays musulman, risque d’échauffer encore plus les esprits. L’incompréhension règne. Alors que la Suisse a un système juridique « faux » - sic le Président de la Confédération Merz – quand elle arrête Kadhafi pour contrevenance aux lois suisses et de l’Etat de Droit, l’arrestation de Polanski est, quant à elle, justifiée par l’Etat de Droit. La Culture ne fait pas le poids face au Pétrole.

Une semaine passée à Zurich m’a cependant rassuré. Alors pris dans la tourmente, la Zwingliste zurichoise vit comme si de rien n’était. Pas de titres sur la haine des pays voisins à notre égard, les gens vivent avec leurs soucis, vivent la crise, mais ne s’en formalisent pas. Ils ont d’autres chats à fouetter, ou sont peut-être simplement plus matures que leurs voisins.

A mon avis, le pire, c'est que les Français pensent sincèrement que la Fondue et la Raclette c'est français, que l'Emmental (sans -h) vient de Normandie et que le Gruyère a des trous... Education Nationale et bac offerts, voici le résultat de Ginette et Germain de la France d'en Bas, du Poitou et de Lozère. Le Hic, c'est que Paris est majoritairement constitué de provinciaux... ;)

Ah "cynissitude" quand tu nous tiens... ;)

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