18.10.2009

Post Tenebras, Tenebras

GEflagFR.gifIl suffit de lire les commentaires et les articles de la presse française principalement pour se rendre compte que la Suisse n’a plus aucune grâce auprès de nos « amis » français. Eux qui aiment à nous appeler « nos amis Suisses » avec ce ton débile de condescendance paternaliste, ne savent finalement que très peu de « leurs » amis. Le Figaro, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Le Point, et d’autres journaux ont tous des articles suivis de commentaires ouverts pour leurs lecteurs. Et force est de constater qu’outre Doubs, l’amitié condescendante s’est transformée en helvétophobie primaire de la France d’en Bas.

Après l’affaire Kadhafi un grand journal national français expliquait que les ressortissants suisses détenus en Libye étaient « considérés en Suisse comme des ‘otages’ » remettant de facto en cause le terme « otage », après l’affaire Polanski, où finalement Christophe Barbier dans son édito podcasté disait : « Est-ce que la Suisse a eu raison d’arrêter Polanski. Non, la Suisse a eu un comportement inacceptable » en parlant « d’une sorte d’otage en prenant Roman Polanski – C’est illisible, c’est incompréhensible, c’est inacceptable. »  La Messe est dite. Barbier aurait du tout de même réviser ses classiques en Droit international. L’imprescriptibilité des actes pédophiles est votée en Suisse comme aux USA et donc une demande d’extradition formulée par les USA à la Suisse, comme stipulée dans une Convention Internationales signée entre les deux pays, doit se faire. L’Ostie est avalée. La France serait la première à venir pleurnicher si la Suisse ne respectait pas des traités binationaux signés avec elle. La France n’a pas fait tout un foin quand en 1999, la Suisse a extradé Maurice Papon en France. Là, c’est soudainement compréhensible, lisible, donc acceptable.

Et puis il y a cette affaire du Secret bancaire. La France d’en Bas ne lit et n’écoute que la presse, totalement incompétente sur ces questions, reprenant largement clichés et faux constats. La vérification des sommes transférées sur les comptes suisses est plus stricte et sévère que le laxisme français, depuis l’affaire des fonds juifs en déshérence, la Suisse ne peut plus laver plus blanc que blanc. Alors le G20 se réunit, l’OCDE se réunit, la dernière fois à Londres, afin de parler des places « opaques » financières. On pourrait clairement dire que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Londres, place financière européenne totalement opaque, métropole et point phare du Commonwealth, là ou le Chef d’Etat des Bermudes, des Bahamas, des centres off-shores gère de loin les affaires de ces états, tous paradis fiscaux.

Alors la Suisse, placée sur liste « grise » a la « chance » d’être taxée de pays responsable de la crise actuelle (et les Subprimes de ces Américains, qui d’ailleurs ont le Delaware totalement defiscalisé ?) et de tous les maux de la crise économique.

Soyons clairs : le Secret bancaire ne m’intéresse pas. Je ne peux pas en profiter, et n’aimerais pas en profiter. Cela va à l’encontre de ma conception de la société solidaire. Les impôts impopulaires sont la base même d’une société permettant d’avoir des crèches, des bibliothèques, des transports de qualités, des routes bien tenues, une vie culturelle développée, une éducation nationale ne se transformant pas en centre agricole d’élevage bovin...

Les Suisses bénéficient de « l’évasion fiscale ». Cependant, une énorme majorité continue de payer et de déclarer ses revenus, car dans ce pays, on est conscient que sans argent et sans impôt, la qualité de vie incomparable à la qualité de vie française ne serait pas possible.

Il y a alors les commentaires des lecteurs de ces journaux : racisme, xénophobie, helvétophobie. Morceux choisis de choses entendues de vive voix par des connaissances d'amis. Mes amis ne se permettent pas quoique... certains ne se gènent pas:

"Vous financez le terrorisme international" c'était le plus beau je pense. On a beau avoir des règles strictes, envoyer des "Présence Suisse" ,qui à part signer des contrats pour l'économie, ne doit vraiment rien foutre de la journée, normal, sont pas affiliés aux Libéraux-Radicaux?! - je m'égare...
"On devrait vous faire plier quitte à ce que vous creviez dans votre merde d'argent nazis" - entendu au détour d'une discussion échauffée. "Votre pays doit être le pays le plus corrompu de toute l'Europe" - en même temps, il fait Sciences po, mais ne situe pas la différence entre la Palestine et la Jordanie.
"Votre secret bancaire: vous lavez plus blanc que blanc, vous n'êtes que des salopards qui s'enrichissent sur le dos des dictateurs", "y'a pas de démocratie chez vous, vous n'êtes ni laïcs, ni républicains, ni même démocrates", "vos lois sur les étrangers sont pires que ce que le Front National propose" - normal, je dis, faut se protéger des français tout de même...
Par contre, quand on leur dis qu'au Jura, les étrangers peuvent être élus Maires, ils te disent: on s'en fout, « vous êtes des sales racistes de merde ». « Votre armée est soi-disant grande, mais on vous éclate la gueule en deux minutes. Vous êtes tellement un petit pays merdique." Bref en gros, le secret bancaire fait des ravages et des malheurs. On doit en fait payer pour toutes les crises économiques de la planète, on va nous le "faire payer" on va "nous faire crever".


Le pire, c'est que tout cela, me rend, en tant que Suisse de gauche, social-libéral, ouvert sur l'Europe et sur les autres, en total repli par réaction épidermique: tu en oublies ton patriotisme éclairé et ouvert, et tu repars sur un nationalisme fermé. Je m'en fout du secret bancaire, mais j'en deviendrais presque le plus grand fervant défenseur juste pour les faire taire.

« Voisins indélicats » nous gratifiait Arnaud Montebourg. En même temps, je ne sais pas s’il est une bonne référence.

On commences à vouloir défendre son armée en faisant du Service Civil, et on pense aussi que finalement si UBS pouvait crever, qu'elle crève en faisant crever toutes les autres banques françaises.. Un reportage sur France3 expliquait que des collectivités locales en Île de France mettaient de l’argent dans les banques suisses, car elles étaient plus sûres. On crache sur la Suisse, mais on est bien content de pouvoir bénéficier de ses « avantages ».

L'UE est démocratique, mais qu'elle impose des décisions à d'autres l'est finalement pour eux tout autant. Par contre, ils sont les premiers à grognasser comme des loups quand Bruxelles leur demande des comptes sur leur agriculture et la PAC.

En gros, on est des abuseurs, malsains, malhonnêtes, corrompus, racistes, xénophobes, repliés, intégristes, blanchisseurs, retardés, voleurs, indélicats, responsable de toute la merde du coq français...

Alors il y a des élections à Genève, en temps de crise économique. La crise économique a toujours rejeté la faute sur le voisin. Comme la France l’a fait et continue de le faire avec la Suisse, pays dont on ne savait même pas qu’il existait à côté de la France avant 2007, pays dont personne ne parlait, que personne ne connaissait, où tout le monde pensait que la capitale était Zurich ou Genève, ces villes de banquiers qui comme le dit le Figaro « ont aidé les Médicis et les Rois de France ».

Et si cela est valable pour la France, elle l’est d’autant  plus pour la Suisse. Attaquée de toute part, sans aucun allié – bien fait, ils n’avaient qu’à faire partie de l’Union Européenne – le repli épidermique s’est fait sentir. Quelques illuminés genevois de l’Union Démocratique du Centre et du Mouvement des Citoyens Genevois ont capitalisé quelques 23.3% des suffrages aux dernières élections du Grand Conseil le 11 octobre dernier. Et ces deux partis ont fait leur campagne sur la haine viscérale du frontalier français, responsable de la crise économique. Bonnet blanc, blanc bonnet. Et là, Le Monde, Le Figaro, Le Point nous pondent des articles : mais comment osent-ils ne pas nous aimer, ces Suisses sont vraiment « tous » des racistes.

La votation lancée par l’Union Démocratique du Centre et l’Union Démocratique Fédérale contre l’érection de minarets est encore plus incomprise à l’étranger. Et le résultat risque d’être explosif. Le PS et la droite libérale PLR ne font pour l’instant rien. L’affaire Kadhafi par la Libye, pays musulman, risque d’échauffer encore plus les esprits. L’incompréhension règne. Alors que la Suisse a un système juridique « faux » - sic le Président de la Confédération Merz – quand elle arrête Kadhafi pour contrevenance aux lois suisses et de l’Etat de Droit, l’arrestation de Polanski est, quant à elle, justifiée par l’Etat de Droit. La Culture ne fait pas le poids face au Pétrole.

Une semaine passée à Zurich m’a cependant rassuré. Alors pris dans la tourmente, la Zwingliste zurichoise vit comme si de rien n’était. Pas de titres sur la haine des pays voisins à notre égard, les gens vivent avec leurs soucis, vivent la crise, mais ne s’en formalisent pas. Ils ont d’autres chats à fouetter, ou sont peut-être simplement plus matures que leurs voisins.

A mon avis, le pire, c'est que les Français pensent sincèrement que la Fondue et la Raclette c'est français, que l'Emmental (sans -h) vient de Normandie et que le Gruyère a des trous... Education Nationale et bac offerts, voici le résultat de Ginette et Germain de la France d'en Bas, du Poitou et de Lozère. Le Hic, c'est que Paris est majoritairement constitué de provinciaux... ;)

Ah "cynissitude" quand tu nous tiens... ;)

20.08.2007

La Cinquième Suisse : un alibi électoral

0ec72e5f02e7d08c7de7b0dc45d3b42c.gifLes élections fédérales arrivent à grands pas, les partis sortent leurs atouts, dégainent les dernières initiatives populaires des tiroirs, bref, ça bouge sans bouger. Cette année, pour vivre la campagne de l’extérieur quatre ans après ma campagne vécue de l’intérieur, je remarque qu’il y a un thème très important : les Suisses de l’Etranger. Quelques médias suisses (Le Temps, Swissinfo) se penchent sur la question : qui sont-ils, que font-ils, vont-ils voter. La Revue Suisse, journal de la Cinquième Suisse nous a relaté les positions des partis, swissinfo.org nous explique ce que les partis vont faire pour la Cinquième Suisse. Bref, nous sommes convoités.

La question essentielle qui se pose est de voir comment les Suisses de l’Etranger sont considérés par la Mère Patrie : en gros si les arguments marketing sont de mises (les Suisses de l’Etranger sont de bons ambassadeurs) ils sont, je pense, avant tout intéressés : les voix de la diaspora suisse comptent. C’est qu’avec environ 645'000 Suissesses et Suisses de l’étranger, il y a des voix à gagner. Cependant, il n’y a pas la totalité de ces citoyens qui votent, seuls 110'000 sont inscrits sur les registres pour exercer leur droit de vote. J’en fais partie.

Swissinfo publia un article fort intéressant sur les différences entre différents pays, à savoir comment et qui pouvaient voter et être représentés au Parlement dans d’autres pays. Le cas de la France et de l’Italie étaient avancés. Reste qu’avant de regarder comment les autres font, regardons le cas en Suisse, au niveau des cantons ; il y a des grandes différences.

En effet, si le Canton de Vaud ne permet de participer aux élections qu’au niveau du Conseil national (on peut être élu et élire), le Canton de Berne va nettement plus loin : les élections et votations cantonales sont prises en compte. Un Suisse de l’Etranger a le droit de se prononcer sur les crédits de l’Aéroport de Belp, et ce, même depuis Tauranga en Nouvelle-Zélande ou New Delhi en Inde. Bref, si les citoyens suisses sont égaux en droits et en devoir de manière générale, pourquoi est-il impossible d’avoir une uniformisation des droits et devoirs des Suisses de l’Etranger au niveau fédéral ? Oui, chaque canton est souverain. Cela règle beaucoup de questions. Il n’empêche qu’en étant inscrit dans le registre des électeurs à Vaud, j’ai moins de droits que si je suis inscrit dans le Canton de Berne.

Il y a plus de 530'000 Suisses de l’Etranger qui ne votent pas. Il y a 110'000 Suisses de l’Etranger qui ont demandé de recevoir les papiers de votes. Sur ces 110'000 Suisses de l’Etranger, il y a probablement des citoyens qui ne veulent que voter sur des thèmes de politique fédérale, ou encore d’autres qui ne veulent que s’exprimer lors des élections. Mais dans mon cas, je suis bien floué. Aucune possibilité de voter au niveau du Conseil des Etats, pas de mot à dire sur la politique cantonale dans mon pays, comme dans le pays où je réside. Aucune possibilité d’élire des citoyens qui feront les lois du canton où j’ai mes papiers de vote. Aucune possibilité de moyens d’action concrète pour demander à « mes élus » de se battre aussi pour des droits que je revendique, celui de pouvoir m’exprimer à l’échelle de mon canton de vote. Je suis un demi-citoyen en quelques sortes.

Il est très improbable que des voix des Suisses de l’Etranger ne puissent faire basculer des résultats de votations dans des cantons vu leur poids et leur participation. Pourquoi leur refuser le droit de vote au niveau cantonal ? Et quel est le problème, à savoir nous donner deux sièges au Sénat, comme il en est question en France pour la diaspora française ou de même qu’en Italie ?

On essaie de nous faire miroiter qu’en plus d’être importants, on a des chances d’être élu au Parlement sur des listes électorales : peu connus dans les cantons de vote, nous n’avons aucune chance réelle, ne nous leurrons pas. Nous sommes juste des candidats alibis, telles les listes de jeunes apparentées aux listes - mères.

Les partis politiques se disent mitigés sur le fait que la Cinquième Suisse puisse obtenir 2 sièges au Conseil des Etats et représenter un 27è canton au niveau du Conseil national. La Cinquième Suisse représenterait le troisième canton en terme de voix. Les citoyens « locaux » seraient donc menacés de perdre de l’influence sur ceux qui vivent en Suisse ? Tant pis pour la Cinquième Suisse, de toute façon ils ne payent pas d’impôts en Suisse alors pourquoi les faire participer plus activement ? Là est le vrai problème et la vraie question.

Le point important à soulever dans tout cela c’est que nous ne sommes pas égaux ni en droits ni en devoirs. La Cinquième Suisse n’est qu’un pot de voix, rien d’autre. L’Organisation des Suisses de l’Etranger estime que la première chose à faire est l’introduction du vote électronique. Soit. Avec de l’ambition et un peu de courage, nous devrions demander des droits à pouvoir s’impliquer de façon plus concrète dans la vie en Suisse, de garder ce lien, cette « chose » qui fait qu’on est Suisse aussi à cause des valeurs qui nous attachent à nos institutions. Que ceux qui veulent élire dans les cantons, voter dans les cantons, élire au Conseil des Etats puissent le faire. Ils ne sont peut-être qu’une minorité, il n’empêche que jamais, ceux qui demandent à accéder à la Démocratie, ne devraient en être privés.

29.11.2006

Un weekend chargé de votations et d’élections

medium_Drapeau_Suisse.gifLa Suisse a dit clairement OUI pour la 3è fois consécutivement à la construction européenne en moins de 18 mois, ce qu’aucun autre pays de l’UE n’a pu faire par le passé. Elle a ratifié à 53,42% la loi sur la coopération à l’Est ainsi que l’harmonisation des allocations familiales au niveau fédéral afin de cesser les disparités qui pouvaient exister entre les différents cantons. Alors que seule l’extrême-droite et la droite populisto-nationaliste ainsi que la droite ultra-religieuse (protestante et catholique) combattaient le Milliard de Cohésion, la droite molle  et populiste s’opposaient à l’harmonisation des allocations familiales. En fait, seuls le Parti Radical (PRD), le Parti Libéral (PLS) et l’Union Démocratique du Centre (UDC) ainsi que le Parti Catholique Conservateur (PCC) plaidaient contre l’harmonisation. Tous les autres partis, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite étaient en faveur de ce projet.C’est une victoire pour la Suisse, pour l’Europe et pour les familles.
 
Alors complètement sonnée par sa défaite il y a un mois sur les lois sur l’Asile et les Etrangers, la Gauche (et également à moindre mesure le PDC) a repris du poil de la bête avec un soutien massif du Peuple avec un OUI à 68% ! Ce vote qui a porté sur plus de quinze ans de tractations et de délibérations au Parlement (!) aura eu le mérite de cesser les disparités cantonales entre des cantons peu généreux avec les familles et d’autres très généreux. Ainsi, alors que la République et Canton du Jura allouait CHF 150.- (nonante-quatre euros) par enfant et le Valais plus de CHF 250.- (cent cinquante-sept euros), tous les cantons devront allouer au minimum 200.- (cent vingt-cinq euros) par mois et par enfant à chaque famille, indépendamment du niveau social des parents, et de CHF 250.- (cent cinquante-sept euros) pour chaque jeune en formation. Les cantons ayant des allocations supérieures à ces montants pourront continuer à verser plus s’ils le désirent. C’est donc un vote utile et logique, permettant ainsi aux familles d’avoir des enfants, sans que cela soit un poids de plus. Ce vote et cette harmonisation place la Suisse au quatrième rang au niveau européen dans les pays les plus généreux, après le Luxembourg, le Lichtenstein et l’Autriche. Les cantons latins, à l’exception du Tessin qui a refusé majoritairement le Milliard de Cohésion, se sont chaque fois prononcés en faveur des deux objets, les cantons alémaniques les plus favorables étant Berne, Zurich et évidemment Bâle-Ville, dont la réputation social-libérale et pro-européenne n’est plus à démontrer depuis des années. Seul le demi-canton d’Appenzell Intérieur, ce même canton ayant alloué le droit de vote aux femmes en 1991 au niveau cantonal, s’est prononcé contre les allocations familiales. Comme quoi, ce petit demi-canton cultive sa fermeture au niveau de l’ONU, de l’Europe, du Monde, des Femmes et des Familles. Pour être polémique et mauvaise langue, le slogan Kinder-Küsche-Kirsche aurait eu du mal dans ce « demi » Etat ultra-catholique et conservatrice.Au niveau cantonal, Soleure s’est doté d’une loi des plus restrictives contre le tabagisme, interdisant la vente aux moins de 16 ans, interdisant la publicité du tabac dans les lieux publics et les rues, ainsi qu’une interdiction totale de la fumée dans tous les lieux publics, hôpitaux, bars, cafés, restaurants. Les votants avaient le choix entre deux initiatives populaires, ils ont choisi par 55,6% l’initiative la plus restrictive et suivent ainsi la République du Tessin qui a voté à plus de 80% une interdiction dans les lieux publics.

Toujours en imitant d’autres cantons, Zurich s’est prononcé en faveur du français dans les écoles primaires. L’initiative populaire estimait que l’apprentissage du français en 5è et de l’anglais dès la 3è année était un poids pour les écoliers et voulait faire apprendre le français dès la 7è années, soit trois ans avant la fin de l’école obligatoire. Par 58,5%, le souverain zurichois a décidé de donner au français une importance non-négligeable suivant ainsi Schaffhouse, la Thrugovie et Zoug. Ce vote est important pour la cohésion nationale, le respect et l’enseignement des autres langues officielles du pays. Il est d’ailleurs très intéressant de remarquer que ces initiatives ont été repoussées dans des cantons qui sont relativement éloignés de la Romandie et où le français n’a pas vraiment d’influence sur la vie future des écoliers, l’anglais et l’allemand étant des langues importantes. Quoiqu’il en soit, le plurilinguisme et le fait d’être polyglotte ne peut qu’être un avantage que ces cantons suisses ont compris.

Finalement, Aargovie, Uri et Zoug ont approuvé une baisse importante des impôts. Zoug devient dès lors de top-du-top des paradis fiscaux en Europe. La gauche avait lancé le référendum contre cette loi estimant que c’était une perte catastrophique pour l’Etat. Les Zougois n’ont n’en pas tenu compte.

Finalement dans le canton de Fribourg, la Gauche et le PS a tenu bon contre une droite en appetit et pendant de longs moments durant l’après-midi, la gauche croyait avoir perdu un de ses sièges au Conseil d’Etat, l’Exécutif du Canton.

Si au niveau fiscal la Gauche a perdu des scrutins importants, les non-fumeurs, les familles et l’Europe a gagné ce weekend. C’est donc une bonne nouvelle. Alors que seul le Monde, trois journaux en Autriche et 2 journaux en Allemagne ont relaté les faits de l’acceptation du Milliard de Cohésion, les Ambassadeurs des pays touchant l’aide de la Suisse ont estimé que c’était relativement normal et que la Suisse bénéficiait plus de cet accord que n’importe qui d’autre. C’est clairement à mon avis un message faux et injuste. Ces accords bilatéraux satisfont l’UE et la Suisse, aucun remerciement larmoyant n’était demandé. Mais la fine-bouche de certains pays qui toucheront cette aide était déplacée.

Le vote sur l’acceptation du Milliard de Cohésion est important. Il démontre que la Suisse et ses habitants savent dire non ou oui à l’Europe et à Bruxelles, trouver des solutions satisfaisantes pour les deux parties et monnayant des traités avec des gains mais des pertes également des deux côtés. N’oublions pas qu’aujourd’hui, la Suisse, sans être membre de l’Union Européenne, a peut-être fait preuve d’une maturité qui ne saurait être retrouvée dans la plupart des pays membres de l’UE. Inutile de rappeler le NON au Traité de Nice par les Irlandais, et les NON au TCE par la France et les Pays-Bas.

19.11.2006

République banlieusarde et Helvetia régionale

medium_fr-78-ve.gifAvez-vous déjà remarqué qu’en Suisse on parle de « région » et qu’en France, le terme désignant une aire géographique relativement identique dans sa structure est appelée « banlieue » ? La banlieue lausannoise, la banlieue zurichoise... Non, les termes de région lausannoise et de région zurichoise sont plus utilisés que le terme région parisienne. Quoique...La région parisienne est souvent associée dans les discussions que j’ai avec des Parisiens dans des phrases du style « ce musée est en région parisienne » , « nous avons fait un pique-nique en région parisienne » alors que le 9-3 c’est la banlieue, ça pue, c’est dégueu, ça craint, on n’y va pas pour voir des musées et encore moins pour y faire un pique-nique.

« La banlieue. » J’y vais tous les jours de la semaine ou presque, puisque mon école est dans le « neuf-trois », le « nonante-trois » ou le « quatre-vingt treize » pour parler « francillogique », à Saint-Denis. De par son caractère cosmopolite et abritant des Cités, des gens de différentes couleurs de peau, d’origines et de différentes religions, il fait bien politiquement de taper sur la banlieue ou de dire qu’on en vient, qu’on y a vécu ou qu’on en est l’élue ou l’élu et qu’on se promène pour rencontrer la population, comme on y va dans un zoo pour voir les animaux. Par simple utilisation du mot, la banlieue n’apparaît dans l’imaginaire collectif qu’en « région » parisienne. Paris est donc l’unique ville française ayant des banlieues. Marseille à « ses quartiers ». C’est tout ce qu’on lui a donné en dehors de son périmètre. M6 avec son si bien nommé « Zone Interdite » et UMP-TV avec son si bien nommé « Droit de Savoir » (TF1 pour ceux qui n’avaient pas remarqué que même le logo est presque identique, à part les lettres) nous gratifient de documentaires sur des violences urbaines, sur des crimes commis, des morts pour subvenir à leur audimat leur permettant entre deux show de télé-réalité de faire de l’audimat pour payer les factures à la fin du mois. M6 et UMP-TV ont chacun des studios dans cette « banlieue », à la Plaine St-Denis, dans ce « Droit de Savoir en Zone Interdite. » Un chroniqueur sur France2 dans l’émission « On n’est pas encore couché » demandait même à ce que plus aucun argent ne soit distribué dans des endroits où les lois de la « République » ne sont pas respectées. Bref, il ne fait pas bon vivre dans une « banlieue », sorte de « déchet » urbain, périphérique, décentré, déconcentré pour les politiciens et même les simples citoyens. Tellement décriée qu’un slam a été dédié à St-Denis pour contrebalancer sa mauvaise image prétendue.

À côté du mot « Banlieue »,   j’ai noté que la « République » était un terme très important en France. Alors que la plupart des pays européens sont des républiques, telles que l’Allemagne, l’Italie, la Suisse ou l’Autriche, dans aucun de ces pays, le terme « République » ne tient une signification identique à celle en France. À côté de la République, il y a cette pensée unique, une « République Une et Indivisible » qui étouffe toutes les différences qui font que parfois on se sent fier d’être ce qu’on est parce qu’on est différent, qu’on vient d’ailleurs, qu’on n’est pas de Paris. La « République » est garante d’unité, d’égalité, de fraternité... Une image marketing parfaite, incolore, inodore, vide de sens à mon goût. Une image-façade permettant de s’y réfugier lorsqu’on ne sait plus quoi dire.

medium_Republique.jpg Curieux pays qui, comme on m’a dit, a lutté pour avoir un seul roi, l’a décapité et depuis ne cesse de le pleurer. Où tous ses présidents se comportent comme des Napoléons modernes avec 6 motards-flic devant et 2 autos-poulets derrière la voiture impériale. Majestueuse Statue-République trônant sur son socle Place de la République, fière, digne, imposante, écrasante, hypnotisante, tournant le dos à la banlieue et Bobigny, regardant en direction de Neuilly ou plutôt Versailles. Miteuse Statue-Helvetia, assise, sa perche et son bouclier suisse posés contre un mur, contemplant le Rhin, courbée sur une balustrade contemplant la région bâloise.medium_Helvetia_blickt_auf_den_Rhein_in_Basel.jpg
Tout ça pour dire que j’ai le sentiment que la République et la Banlieue sont des termes opposés dans l’imaginaire collectif français. Alors que la première est une représentation fausse de ce qu’elle représente pour son caractère annulant tout ce qui ne serait pas « républicain » et donc « acceptable », la seconde est une représentation fausse également parce que la banlieue ce n’est pas que des violences, des jeunes enragés. La banlieue est peuplée des membres de la République un point c’est tout. Rien de plus et rien de moins ne devrait être dit. Pour les politiciens, qu’ils en parlent positivement ou négativement fait d’elle automatiquement un endroit à priori stigmatisé.

Fédéraliste suisse convaincu, je pense que la République française devrait être plus ouverte sur ses différences, sur ses différentes cultures, être « fédérale » dans tous les sens du terme, ne pas s’imposer comme une dictature machiavelo-éclairée, mais comme un élément fédérateur, de cohésion qui va au-delà du sens voulu, qui entre en plein dans le sens imaginé et non fantasmé.

Imaginons un instant une République Fédérale Française, acceptant les différences qui font de chacun un tout, unis dans la diversité. La France désire une Europe la respectant pour sa langue, son histoire, ses racines, mais refuse par principe républicain de faire de même pour ses régions et leurs langues, leurs histoires et leurs racines. Il ne doit y avoir qu’un seul modèle, basés sur des principes datant de 1789, dans un monde autre qu’aujourd’hui, totalement différent qu’en 2006. La République banlieusarde est peut-être l’avenir de cette République artificiellement créée après une Révolution ayant découlé sur les Droits de l’Homme. Intégrant autrement des valeurs « républicaines », repensant sa légitimité, ses racines et son utilité. La Ligne 12 du Métro parisien, station Concorde, reprend le beau concept des Droits de l’Homme intimement liés à la naissance de cette République. Avec une faute d’orthographe. Le texte n’est donc plus parfait dans sa forme, mais le reste dans son fond. Comme la République française d’aujourd’hui. Et comme devrait l’être la Banlieue.

25.09.2006

Non en 2002 et Oui en 2006

medium_SWISS_FLAG.jpgOn pourra me traiter de xénophobe, de raciste, d'intolérant, de tous les autres maux de la terre, il n'en reste pas moins qu'avec une certaine appréhension, mon vote est conséquent avec le résultat d'aujourd'hui. Je dois avouer que lorsque j'ai du écrire un «oui» ou un «non», j'ai longtemps hésité. D'abord, je me voyais refuser les deux lois. Par la suite, je me voyais refuser la loi sur les étranger mais acceepter celle sur l'asile et puis ce fut le contraire. Finalement, j'ai glissé, après des heures de réflexion, de débat, de discussions avec mes proches et mes amis ainsi qu'avec ma famille, deux «oui».

Les résultats sont là: environ septante pourcent de la population a accepté ces deux lois. Mais le conflit venait d'autre part, d'ailleurs. Pour la première fois, je me voyais en opposition totale avec les partis avec lesquels j'ai une sensibilité plus ou moins importante, des partis de gauche. Alors que je me refuse à faire jouer des intérêts religieux et sectaires dans le sens primaire du terme, je me trouvais également en contradiction avec le mot d'ordre de la Fédération des Eglises Protestantes de Suisse. Pour des raisons annexes, la Conférence des Evêques de Suisse (CES) fait des différences de traitement entre les humains, ce n'est pas elle que j'allais suivre, même si cette conférences d'hypocrites avait le même mot d'ordre que la FEPS. Et puis des gens de la société civile, des artistes, des politiciens que je respecte, tous étaient contre ces lois. Même mes amis étaient contre ces lois. Alors pourquoi, moi qui m'étais engagé fermement contre le durcissement de la loi sur l'Asile en 2002 et qui pendant 5 ans avais une affiche du comité référendaire et de l'Organisation Suisse de l'Aide aux Réfugiés (OSAR) trônant au dessus de mon lit, comment ai-je pu finalement glisser deux «oui» dans l'urne?

Je trouve plusieurs éléments de réponses à cette question: j'ai d'abord lu les textes. Ils me paraissaient parfois trop durs, mais comportaient également de bons éléments. Le fait d'apprendre une langue du pays avec des cours organisés par les autorités était un point essentiel que je trouvais justifié. La punition des passeurs l'était aussi. La procédures facilitée pour les étrangers m'a paru également juste. J'ai profité de répondre le plus correctement avec mes opinions mais aussi ma sensibilité à des questions et des tests neutres sur internet (n'importe quel moyen est bon pour se faire une opinion) et les résultats étaient sans appel, un peu comme aujourd'hui. Mais je crois finalement que malgré tout ce que l'on a pu dire, je considère mon vote comme un signal, un signe important, comme la majorité des gens qui ont voté oui aujourd'hui: ils ne sont pas forcément de droite, ni racistes. Des événements personnels qui se sont passés m'ont également poussé à voter «oui», probablement en sanctionnant certaines personnes par la faute d'autres. Je le reconnais. Mais je n'en n'ai pas honte. C'est là où réside le malaise. Alors que tout devrait me faire voter «non», je n'ai pas honte de mon «oui». 

Peut-être que ce «oui» devait rassurer les Suisses, peut-être en perte d'identité, à côté d'une Europe qui se construit sans elle, mais qui l'influence fortement? En 2001, le résultat était serré: l'initiative «Contre les abus dans le droit d'asile» de novembre avait été rejetée par 50,1% de la population. Ce signal aurait du être pris au sérieux par les politiques et les autorités. La gauche angélique et bien pensante avait le même discours depuis des années «il faut accueuillir tout le monde» et la droite populiste demandait en substance un grand «Raus!». Même des sondages expliquaient que les sympathisants du PS soutenaient majoritairement pendant un moment, les deux lois sur l'Asile et les Etrangers. A noter qu'une partie de la droite libérale s'opposait à la loi sur l'Asile mais ne pipait mot concernant la loi sur les Etrangers. Pourquoi et comment passe-t-on de 49% de oui à environ 70% en 4 ans? Je pense, mais ce n'est pas que cela et pas si simple, cependant que ce signal de novembre 2002 n'a pas été perçu par une partie de la gauche. Car si elle était majoritairement opposée à l'initiative en 2002 et que ses sympathisants ont voté contre ce texte, aujourd'hui, elle doit également se demander pourquoi d'autres sympathisants sont allés dans le sens contraire. 

Le PS s'est donc ramassé une giffle. Après une série de votations gagnées, la gauche a complètement perdu et tout perdu en ce 24 septembre 2006. Son initiative COSA demandant d'attribuer les bénéfices nets de la Banque Nationale Suisse à l'AVS a également été rejetée. Il est important que la gauche puisse continuer à gagner. Mais comme je l'ai répété souvent, il faut qu'elle devienne plus réaliste, moins angélique. Sans quoi, elle risque encore à nouveau de vivre de cuisants échecs. 

J'ai voté pour une naturalisation facilitée des étrangers, et je voterai contre la naturalisation des étrangers par le Peuple. Je suis attaché à un pays humanitaire et humaniste, et rationnellement parlant, j'aurais pu voter non à la loi sur l'Asile. Cependant, comme l'annonçait le site "politarena.ch" dans le résultat du test, en substance que des éléments externes pouvaient influencer sur le choix définitif. La Suisse s'est dotée d'une loi plus restrictive concernant l'Asile. Elle a voulu montrer peut-être qu'il fallait donner un signal fort, faire un geste fort, pour se sentir rassurée. Rassurée de quoi? Par qui? Pour quoi? Je ne le sais pas. Il n'empêche qu'aujourd'hui, j'ai voté 2x Oui et que malgré tout ce qui fait de moi un homme de gauche, je n'ai pas honte de mon vote. Il s'agira de faire respecter ces lois, d'y appliquer désormais le côté "humaniste" des activistes pro-lois et de ne pas oublier que si pour des requérents d'asile, la porte ce soir à l'air fermée, elle ne l'est qu'à demi. 

25.06.2006

France - Romandie: une histoire d'amour et de haine

medium_RomFra.gif«Je soutiens deux équipes: la Suisse et celle qui battra la France.» 

L'inventeur de ce slogan imprimé sur t-shirt a fait fureur en Suisse romande, en ces premières semaines de la Coupe du Monde de foot. Comme je l'ai dit auparavant, je déteste le foot. Mais la ferveur «nationale» qui en découle de ce côté de la frontière franco-suisse pose plusieurs interrogations.

Commençons tout d'abord par l'histoire des drapeaux accrochés aux fenêtres, brandis par les passagers des autos et sur les t-shirts divers et variés. A chaque fin de match, Lausanne et son centre-ville est bloqué, innondé par les fans de foot de chaque pays participant à la coupe du monde. Il y a les discrets, et ceux que l'on voit et entend, majoritairement les communautés d'émigrés: Espagnols, Italiens et Portugais, mais également les Brésiliens. Si pour les trois premiers pays, cela se comprend par la forte immigration qui s'est produite pendant les années septante, le cas brésilien doit certainement plus découler d'une sympathie relativement forte pour ce pays: à part les brésiliens eux-mêmes, combien de fenêtres et balcons arborent le drapeau brésilien à côté du suisse? Un bon nombre impossible à dénombrer.

Mais l'événement était le match non-événement entre la Suisse et la France. Aucune idée du côté de la Suisse alémanique, mais en Romandie c'était la furreur: «pourvu qu'ils perdent ces Français!», «qu'on gagne haut la main», «que la France retourne d'où elle vient» et j'en passe. Toutes ces petites phrases assassines que l'on a pu entendre à répétition pendant quelques jours.

D'ou vient ce «nationalisme», ce «chauvinisme» si soudain contre la France? De leur prétendue «arrogance», elle même dénotée par Philippe Séguin, Premier Président de la Cour des Comptes, dans le journal français Le Monde du 17 juin 2006:«A Stuttgart, dans la chasse aux places, la fédération suisse avait battu à plate couture la fédération française : il était donc difficile de ne pas croiser, en fin de match, ces milliers de sourires helvètes et goguenards, réparties muettes à ce qu'il faut bien appeler, comme le premier déclinologue venu, notre arrogance.»

L'arrogance française existe-t-elle? Ce n'est pas parce que tout le monde le dit que c'est forcément vrai. Cependant, lors de reportages avant le match, on voyait des français hurler au déjeuner en face de supporters suisses «les ptits suisses, on va les bouffer!» Il suffit de surfer sur les forums consacrés au foot sur France2 ou Eurosport pour un festival français de prétentions: «en suisse meme votre cerveau marche au ralenti!», «la france va taffé sec la suise», «j'espere que la france va humilier les Suisse 1-0», «La Suisse est une bonne equipe bien en place qui devrait poser des problemes a la France...pendant 45min. France 3 - 0 Suisse», « Henry va bien vous humilier !!». Bref. Les médias français ont également rapporté l'arrogance Suisse envers les Français. Comme si c'était quelque chose d'incompréhensible, impensable, inexplicable. Avec un regard un peu plus critique, le Zapping de Canal+ alternait l'arrogance des Français et le ricanement de Corinne Portier, correspondante TSR-RTBF jubilant un tantinet sur les prétentions des fameux «3-0» pour la France réduits à néant.

Seul le journal Le Temps, tentait de saisir l'essence même de cette flambée patriotique, cette envie soudaine de tanner les Français à leur propre jeu, l'arrogance. Car si pour ces derniers, ils restent champions du Monde, ils oublient très vite qu'être Grand signifie le rester. Lorsque l'on est «petit», on peut toujours grandir.

Mais que peut réellement permettre et oser une déclaration si brûlante envers la France, pendant ce mois si chaud? Pour ma part, je pense que la réponse se trouve dans l'Histoire. Comme Le Temps l'a expliqué, la Suisse et la France ont des liens très forts. Si ce n'est simplement la dénomination des cantons qui à part les cantons bilingue de Berne, Fribourg et du Valais, ainsi que le canton de Vaud longtemps sous domination bernoise, sont tous des «Républiques.» Napoléon, les Burgondes, la Savoie, Paris et Marignan, la Saint-Barthélémy sont autant d'éléments qui nous lient à la France.

Nous sommes liés non seulement par notre histoire, mais également par la langue, la culture et peut-être l'esprit. La Romandie est le territoire à proprement parler qui «entre» le plus dans le territoire français. Une ligne droite imaginaire pourrait être tirée de l'extrémité nord à l'extrémité sud de la Romandie, on voit que les Romands sont entièrement «imbriqués» dans la France. Alors qu'une toute petite minorité si peu comptable estime que la France devrait être notre pays, l'immense majorité des Romands regarde la France avec envie mais rejet également. Rejet de son système centraliste, peu démocratique par rapport à la Suisse, miné par le chômage et par les politicailles partisanes. D'un autre côté, la France représente la Culture, la Langue. Les Américains partents à Hollywood tenter leur chance, les Romands, comme les Marseillais, Toulousains ou Strasbourgeois montent à Paris...Lausanne n'est finalement qu'à 3h40 de Paris en TGV...

Comme le rapporte Sylvain Besson dans Le Temps du 13 juin 2006, la France a ouvert sa première représentation officielle en 1430. Par la suite, il y eut la guerre des Burgondes et Marignan en 1515. Napoléon acheva l'histoire militaire de la Suisse avec la France. Mais l'entente est cordiale depuis ce temps là.

Le problème réside probablement à un sentiment d'infériorité de la part de la Romandie et d'un sentiment d'ignorance venant de la part de la France. La Suisse, il est vrai, est reconnue par les Français pour son chocolat et ses montres. Le tout s'arrête là. Lorsque des Suisses poussent la porte de l'intérêt, ils deviennent soudainement français. Je me souviens de ce match de tennis aux JO de nonante-deux, c'était la finale. Et Marc Rosset gagna. Le commentateur français n'oublia pas de dire «ah qu'on est fier qu'il soit français!», sur ce, l'autre commentateur rappela que oui, Rosset parle français, mais qu'il est Suisse. La compétition entre la Suisse et la France ne s'arrête pas là. Oui, le Mont-Blanc est en France, mais oui également, les plus hauts sommets par la somme sont en Suisse. Non, Stéphane Eicher n'est pas Français et non, leur Gruyère n'est pas du Gruyère, mais de l'Emmenthal. Non, la gastronomie suisse ne s'arrête pas aux Roestis et aux Wurst, mais Crissier abrite l'unique Restaurant au monde a avoir été pointé 19,5 au Gault-Millau, oui, la Suisse a proportionnellement plus de restaurants pointés que la France. Ce sont de petites choses pas très importantes, mais qui, je crois, font du bien aux Romands, dans leur complexe d'infériorité. 

En sciences-politiques, j'ai appris que l'identité nationale se créait et se basait notamment sur l'«Autre.» Sans «Autre» il n'y a pas de «Nous.» L'artiste Ben Vautier dit un jour de nonante-neuf «La Suisse n'existe pas.»

La Suisse n'existe pas? Vraiment? Tous ces drapeaux, cette ferveur nationale pendant cette Coupe du Monde ne démontre-t-elle pas que la Suisse existe quand même?! Si je pense que la Suisse n'existe pas en dehors de la Coupe du Monde, au niveau du sport et de la politique, elle se démarque. Contrairement à la Belgique, joli pays, mais où la tension entre les différents peuples qui la compose est palpable en moins de 3 jours de vacances à Bruxelles, la Suisse est construite sur une volonté commune de vivre ensemble et de tirer quelque chose des autres cantons. De l'opportunisme bien placé, de l'opportunisme utile. En Suisse, aucun parti n'oserait mettre l'étranger et l'autre communauté linguistique sur le même niveau, comme l'a fait le Vlaamsblok. Ici, pas de partis politiques divisés à la belge, selon la langue. Non, la Suisse n'existe peut-être pas, mais son élite politique est assez intelligente pour garder le pays unis et également garder ses prérogatives à Berne.

Je travaille au Service Civil dans une Fondation majoritairement francophone qui possède une seule antenne en Suisse allemande. Lors des séminaires et présentations, tout pour le moment, est en français. Ma cheffe m'a dit qu'elle avait vu que pour les Alémaniques, des documents non-traduits dans leur langue leur posait problème. Pour une fois, ils étaient dans la position minoritaire, devant demander et redemander d'avoir l'information dans leur langue, qu'on leur prête un peu d'attention. Car la Suisse allemande se comporte vis-à-vis de la Romandie de la même façon que la France. On sait qu'ils existent, mais cela ne fait ni chaud ni froid. Ils ne se sentent pas concernés.

La Romandie fait un complexe d'infériorité par rapport à la Suisse allemande qui détiendrait l'économie et la politique, et à la France qui détiendrait la Culture et la Langue. Des deux côtés, il n'y a qu'un regard posé sur elle, un regard condescendant ("Nos amis les Romands" pour les Alémaniques, "Nos amis les Suisses" pour les Français) ou une totale abstraction que l'on existe. Les Alémaniques vivent la même chose avec l'Allemagne et les Tessinois rejettent l'Italie. Les trois langues officielles de la Suisse nous séparent, mais font également que nous sommes «unis» dans l'«infériorité» des grands pays que sont l'Allemagne, l'Italie et la France. Unis dans la minorité complexée... Et puis finalement, n'est pas le Parti Fédéraliste de la Franche-Comté qui lui lorgne du côté romand jusqu'à vouloir rattacher la Franche-Comté à la Suisse?

Cependant, nous avons des spécificités que les «Autres» n'ont pas: une démocratie directe, des spécificités linguistiques étonnantes et logiques, un sentiment  étrange qui fait que finalement eux c'est eux et nous c'est Nous, une religion qui fait par exemple des Romands les seuls francophones à être majoritairement protestants... Et puis la contribution à la culture française ne s'arrête pas là: Rousseau à sa manière (il était plus Genevois que Suisse), Le Corbusier architecte, Francis Reusser, Alain Tanner, Jean-Luc Godardréalisateur, Jean-François Balmer acteur, Henri Dès chanteur, Henri Dunant fondateur de la Croix Rouge, Roland Jaccard chroniqueur au Monde, André Kudelski décrypteur, Henri Nestlé industriel, Jacques Piccard océanographe, Auguste Piccard physicien, Bertrand Piccard aéronaute, Claude Nicollier spationaute NASA, Charles Ferdinand Ramuz, Denis de Rougement, Blaise Cendrars tous écrivains, De grands noms. Et témoins d'une grande histoire.

Oui alors, la Suisse existe. La Romandie aussi. Elle existe par sa souveraineté existentielle, mais aussi par son revanchisme sur la France. Revanchisme apparu par l'histoire et la déconsidération de son grand voisin qu'elle prend comme modèle mais qu'elle rejette également dans sa soi-disante suprématie. Sa position francophobe de la Coupe du Monde ne sera avouée et portée devant l'«opinion publique» française que pendant un seul petit mois. Un seul mois, où elle pourra dire et se dire: on existe et pour vous le montrer physiquement, on sera premier du groupe. Pari tenu, Paris tenue. L'arrogance est apparemment française, le moyen de s'affirmer, de se montrer et de se prouver que l'on existe à travers une complexité si grande que la France ne comprend pas est suisse. Au chauvinisme français, la Romandie devient donc revanchiste. 

Pour retomber dans l'oubli et continuer sa relation passionelle d'amour et de haine à l'encontre de la France, de l'amoureuse bouttoneuse du footballeur populaire du lycée.

Si petite soit-elle, c'est ici et maintenant qu'elle peut montrer qu'elle joue aussi parfois dans la cour des Grands...

24.05.2006

Quand la politique donne un carton jaune au sport

Je déteste le football.

Mais je regarde les qualifications de l'équipe de Suisse face à la Turquie. Et puis avec ces semaines qui viennent, je vais être servi ! Le Mondial approche et on aura du foot à toutes les sauces. À la TV, à la radio, dans les journaux... Les Français vont à nouveau se la péter et puis « trois petits tours et puis.... », les Italiens vont encore nous faire une simulation de Casanova, les Allemands vont trinquer et les Suisses vont patauger. Et puis  des analystes financiers de l'UBS, statistiques à l'appui, (ils ont vraiment rien d'autre à faire!) ont prédit un arrêt en plein vol de la Suisse en huitième de finale contre l'Espagne. Bref, je m'en tape...
Et puis, si je déteste le foot, je n’y comprend rien à ses structures. Il y a la Champions League de l'UEFA, l'Axpo-Super League de l’ASF et quand Sion fait la fête et que l'entraîneur déclare en substance dans le Matin qu'on devrait tous être un peu Valaisan, Sion perd un autre jour et ne se qualifie pas. Ah ? C’est deux compétitions différentes ?... Notez que l'association si brutale entre le foot et le Valais m'a donné la nausée.
Passons.
La Suisse et l'Autriche organiseront en 2008 l'Eurofoot, et le Parlement s'est donné une nouvelle loi contre le hooliganisme. Une partie de la gauche, les Verts, le PS et les Popistes, a lancé, avec les fans-clubs, un référendum contre cette loi. Et tout le hic se trouve ici.
Stade St-Jaques à Bâle. Le FC Bâle perd contre le FC Zurich et c'est le cauchemar sur la pelouse. Déjà que ce sport est nul, si ses fans excités le sont aussi, on est pas sorti de l'auberge. Bref. Coups de pieds, fumigènes, un remake de « Suisse-Turquie » si ce n'est qu'ici c'est des équipes locales.
L’image désolante de la violence entre supporters et un stade dévasté, quand je vois tout cela, j’ai de la peine à imaginer que certaines personnes à gauche veulent lancer un référendum. De la part des fans-clubs j’aurais pu comprendre, mais est-ce que la gauche est fichtrement « pro-bordellique ? »
Ce qui me dérange, et on y vient finalement, c'est qu'après avoir milité dès mon plus jeune âge en politique, je me rends compte que le problème avec la gauche, c'est qu'elle fait de l'angélisme pour un peu tout et n’importe quoi. Le Parlement se dote d'une loi contre le hooliganisme. Son titre: « Loi fédérale instituant des mesures visant au maintien de la sûreté intérieure. (Incitation à la violence et violence lors de manifestations sportives). » Le message du Conseil fédéral est clair: « Le présent projet vise à créer les bases permettant d’améliorer la lutte préventive contre la violence, en particulier la violence lors de manifestations sportives. Les normes proposées devront permettre à l’avenir de mettre le matériel de propagande incitant à la violence sous séquestre. Il sera par ailleurs possible d’enregistrer les fauteurs de troubles afin d’endiguer la violence lors de manifestations sportives et d’en empêcher l’usage par des mesures préventives conçues par paliers. »

Les Verts déclarent sur leur site internet national que la loi « considère tous les supporters comme des hooligans en puissance » et que cette loi fait « fi de la présomption d'innocence » tout en décriant que des gamins de 12 ans pourront être interpellés ! Et alors ? Leur âge leur permettrait de faire tout et n’importe quoi ?! Ce sont de beaux mots. Je continue à dire que s’il y a la possibilité d’empêcher des petits excités à tout détruire et casser pour casser, alors dotons-nous d’une loi les empêchant de nuire. Après les événements du Stade St-Jaques, la TSR au travers de « Mise au Point » faisait un petit reportage : on y voyait les représentants de ces mêmes fans-clubs qui ont lancé le référendum, retourner leur veste et dire que finalement, cette loi était bonne.
Que l'on soit impliqué dans un acte de destruction (les dégâts à Bâle se montent à environ 500'000.- CHF), que l'on s'amuse à faire brûler des bancs, que l'on envahisse le terrain et que l'on détruise du matériel, etc. tout ceci doit être sanctionné. On pourrait penser que c'est trop dur, trop arrêté, trop rigide. Mais un moment arrive où il faut dire "STOP". J’ai l’impression que l’on peut être de gauche, mais que l’on n’ose pas demander un peu « d’ordre », mot probablement considéré comme l’apanage de l’UDC.
Je ne comprends pas pourquoi on continue à protéger les supporters violents. Cette loi s’applique à eux seuls. Les autres supporters, s’ils ont la conscience tranquille, ne devraient pas être dérangés. Le fait de déclarer que « tout peut être réglé à l’interne » me semble être mal pensé. L’angélisme de gauche devrait tout excuser, tout pardonner ? Certainement pas. Mais c’est l’image que je perçois en me penchant sur ce référendum.
La violence sportive entre joueurs, mais également entre supporters est plus que désolante. La Suisse s'est dotée d'une loi contre le hooliganisme. J'ai longuement réfléchi et je voulais télécharger une feuille afin de signer le référendum. Mon intuition m'avait dit d'attendre un petit peu, de laisser cette feuille sur mon bureau, d’attendre d'autres matchs pitoyables qui devraient encore se passer. Je n’ai pas été déçu.

Les Fan-clubs, la gauche référendaire et les hooligans, après les émeutes du Parc St-Jaques, ont du soucis à se faire. Au lieu de tirer une balle du pied, ils se sont tiré une balle dans le pied. Si les belles victoires réjouissantes en politique de la gauche fait plaisir, son angélisme la perdra probablement à un moment donné. La responsabilité individuelle incombe au Parti radical, comme il se plait à le dire, la responsabilité de la société devrait compter plus pour cette gauche référendaire.

28.04.2006

Tout ça pour ça!

 

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En 2003, la Suisse allait connaître une mini-révolution politique. La «Formule Magique» composant le Conseil Fédéral depuis 1959 avec deux PS, deux PRD, deux PDC et un UDC se composait autrement, en enlevant un siège au PDC et en le donnant à un trublion politique de l'UDC. Soit. Le hic pour ma part, alors engagé dans des élections fédérales, était de voir que Christophe Blocher était élu en tant que Conseiller Fédéral. Mais pas que cela. Entre lui et Metzler, mon choix était fait. J'aurais préféré la jeune femme trentenaire, la jolie «hôtesse de l'air» tout droit importée de la glorieuse Swissair coulée par des Radicaux. Même si sa politique des «Trois cercles» reprise par Le Pen du Front National, était plus qu'une grosse saleté, elle était meilleure que Blocher, Merz et consorts. Et puis même si je ne suis pas féministe, je pense qu'un gouvernement composé de sept femmes serait bien meilleur que tous ceux que nous avons eu jusqu'à maintenant, car je pense que la Femme pense et pratique la politique autrement que les mâles dominants. Mais dans un parti autant ringard et poussiéreux que le Parti Démocrate-Chrétien, Madame Metzler, qui venait «du» canton par excellence de la Femme qui lui octroyait le droit de vote et d'éligibilité au niveau cantonal seulement en 1990, alors que la Nouvelle-Zélande, pourtant si éloignée de la vieille Europe humaniste, était le premier pays au monde à leur octroyer ce droit en 1893. Bref, Appenzell Intérieur, demi-canton par excellence, le canton du PDC où les partis d'opposition sont les...Indépendants, il fallait le faire! Mettre cette femme au Conseil Fédéral et en faire la troisième femme ministre du pays.

Et puis en 2005, elle devait devenir la seconde Présidente de la Suisse. Mais ceci ne fut qu'un rêve. Alors que la Suisse avait toutes les cartes en mains pour se doter d'un Gouvernement plus représentatif de sa population avec 3 femmes sur 7 «ministres», tout vascilla.

Et le PDC sacrifia sur l'autel de la bonne idée, sa candidate qui fut non-réélue, une première! Le PDC perdit un de ses deux sièges, l'autre restant à Joseph Deiss. Peu charismatique, un peu terne, très mauvais orateur qui se prétent parfait bilingue mais qui ne maitrise pas forcément la subtilité de la liaison en français, se reprenant maintes fois lorsqu'il lit son discours au Parlement, c'était le ponpon! On lui doit paraît-il l'entrée de la Suisse à l'ONU et l'acceptation des Accords Bilatéraux avec l'Union Européenne. Mouais. Je pense surtout que les Suisses étaient matures pour décider seuls de rejoindre l'ONU et savaient que le seul moyen de "survivre" était d'accepter les Accords Bilatéraux. Quand on voit la qualité d'expression et de persuasion de Monsieur Deiss, je pense que si la Suisse a accepté ces deux votations, ce n'est pas le fruit de son travail.

On le dit brillant économiste: le chômage des jeunes en Suisse est au plus haut. Les places d'apprentissages manquent. On prédit la reprise économique, les gens attendent des faits plus que des rapports mal lus. Finalement, la presse s'attardait à dire que Deiss avait fait un bon travail. C'était plus notre Lagaffe que notre Président. Sa femme ne connaissant pas le protocole embrassant l'Impératrice du Japon, j'ai plus eu la sensation que Deiss était plus en voyage d'agréement pendant 2004 qu'à sa place de Président. A la Télévision Suisse Romande, hier soir, environ dix heures après l'annonce de son retrait du Conseil Fédéral, il dit «Je n'ai pas de projet.» Oh d'accord c'est facile de ne prendre qu'une partie de phrase. Mais c'était tellement vrai: Je n'ai pas de projet. Comme le PDC.

Deiss est ce que j'appelle un politicien mou, terne, sans idées, sans réel crédit, élu pour une seule petite voix, opportuniste. Tout ce que le PDC représente. Le PDC a des ressources humaines, disait-il en substance. «Laissons-les jouer!» Laissons-les jouer. C'est cela même. Monsieur Deiss a fait joujou sans projets. Oh c'est facile! Mais c'est ma vision de cet homme. Il ne m'a jamais intéressé réellement, jamais attiré. Il représente tout ce que je n'aime pas en politique: la molesse, l'opportunisme, l'indécision, l'imprécision, la légèreté, l'incompréhension et j'en passe. Depuis quelques années, je dit grossièrement que le «PDC a le cul entre deux chaises.» A force de bouger de droite à gauche, les chaises s'écartent. Et tous, nous savons ce qu'il se passe ensuite. Non, Deiss n'était pas un grand homme d'état. Non Deiss n'a pas fait beaucoup pour les jeunes de ce pays. Et non, Deiss ne fut pas un Président hors-norme. Le PDC avait le choix: garder une femme, trentenaire et jolie, pas forcément la plus «sociale» des femmes, mais une femme quand même, ou un homme, un vieux, un sans-idées, qui devait être Président moins de 3 semaines après l'éviction de sa collègue. Pour ne rester que 2 ans et demi de plus au Conseil Fédéral. Monsieur Deiss est donc vraiment ce que je n'aime pas en politique: il fait les mauvais choix constamment. Il n'a pas de projet. Comme le PRD.

medium_prd.gifLe seul projet du parti radical est d'avoir un nouveau président en 2011 et surtout, de changer de logo. Car si le PRD n'a pas de projet, et n'en n'a plus, il a des graphistes. Une croix en 3D avec le sigle «PRD. Les Radicaux.» Précisons que la linguistiques permet de fines subtilités. Les trois dénominations en allemand, italien et romanche pourraient être traduites «PRD. Nous les libéraux.» Le Parti Libéral Suisse appréciera. Mais de toute façon, on ne lui demande pas son avis aujourd'hui. Alors pour «gagner», le PRD mise sur son image et son logo plus que sur le renouvellement de ses idées. Il n'est tout simplement pas pragmatique. On le comprend: longtemps allié au PDC, le départ de Joseph Deiss les a probablement 'touttournechamboulés.' Ils venaient de perdre une élection à Berne, ils viennent de perdre leur rosette bicolore, il faut maintenant que Joseph parte. Pauvre vie et dure vie qu'être radical. Surtout quand on ne sait pas pourquoi on l'est.

10.04.2006

L'Ours monte vraiment à gauche

Il fallait attendre de longs moments puisque la surcharge des visites du site de l'Etat de Berne ont fait littéralement exploser leur serveur. Mais après un long après-midi d'attente, les résultats tombaient soit au téléphone pour me dire "j'ai été élue" soit au contraire pour me dire "je n'ai pas été élue" avec au final, une certaine perception de joie que tout cela s'arrête enfin.

Comme expliqué dans mon précédent post, le canton de Berne a voté et a renouvellé son Exécutif, son Législatif amaigri de 200 à 160 sièges et le Jura bernois a élu son Conseil du Jura Bernois (CJB).

Et il a fallu attendre 2006 pour qu'enfin, la région soit représentée par les forces de gauche et sans besoin d'avoir faire recours à la règle "géométrique" compliquée permettant de faire élire un candidat pour le siège du JB à l'Exécutif bernois, méthode où l'on multiplie les voix attribuées à un candidat francophone par les Alémaniques par le nombre de voix des francophones!

Et comme à Fribourg, comme à Lausanne, comme un peu partout ces temps, il ne fait pas bon d'être membre du PRD. Sauf quand on est pro-jurassien! En effet, même si une comparaison est plus difficile cette année en raison du fait que le Grand Conseil a perdu 40 sièges, en regardant les scores en pourcent des partis, on voit bien l'évolution qui en découle: l'UDC passe de 31% à 26,5% (67 à 47 sièges) manquant à son objectif cité sur son site cantonal, à savoir «Le maintien des nos trois sièges au Grand conseil compte tenu du nouveau cercle électoral. L'augmentation du pourcentage de nos suffrages.» Le PRD passe de 17,6% à 15,7% et passe de 37 à 27 sièges. Ce qu'il faut prendre en compte c'est que la nouvelle répartition des mandats et le découpage électoral favorise les petits partis. Ainsi, l'Union Démocratique Fédéral - UDF obtient de très bons scores dans l'Oberland et même un élu dans le Jura bernois, là où elle se présentait pour la première fois. Le Parti Evangélique a lui aussi augmenté son résultat d'environ 1,5% pour s'établir à 7,2% et gagner 2 sièges (13). Le Parti Démocrate-Chrétien n'est pas dans ses terres saintes. Le Canton de Berne étant à presque 90% de confession protestante, le parti proche des milieux catholiques au niveau national se situe à environ 1,5% mais perd un siège pour s'établir à un seul.

Les grands gagnants qui augmentent leurs scores ou font un retour malheureux sont les Verts Liste Libre (Verts Sociaux-Libéraux) et l'Alliance Verte et Sociale (Verts trotskystes) et les Autonomistes pour les premiers, le Parti Suisse de la Liberté (PSL) - extrême droite - pour les seconds: alors que les Démocrates Suisses (extrême-droite) augmentent leur pourcentage mais perdent 2 sièges, le Parti Suisse de la Liberté retrouve sa fierté nationale en refaisant son entrée au Parlement après 4 ans d'absence et une perte de ses 4 sièges en 2002.

La coalition verte progresse d'environ 3,5% pour passer de 15 à 19 sièges. Et les Autonomistes passent de 1,2% à 3,8% environ, le Parti Libéral Jurassien confirmant son siège obtenu après que le candidat du PDC de l'Entente se soit retiré en cours de la législature. Et le Parti Socialiste Autonome du Sud du Jura (PSA) passe de 0,9% à environ 3%! Et gagne un siège de plus qu'en 2002. Mais ce qui est très intéressant c'est de se pencher sur les représentants du Jura bernois (12 sièges). Comme annoncé auparavant sous "Le Jura irlandisé?", les forces politiques se répartissaient en parts égales: 3 PRD, 3 PSS, 3 UDC et 3 Autonomistes. Les électeurs du Jura bernois ont voté Vert, Religion et Autonomisation. L'UDF gagne un siège notamment grâce à un sous-apparentement de listes avec le PEV. Et les Verts envoient désormais un député à Berne pour le Jura bernois, avec notamment des voix grapillées au Parti Socialiste du Jura Bernois (PSJB) dans le district de Courtelary.

En résumé, le Parti Socialiste Autonome qui totalisait 10,3% en 2002 surpasse les trois partis «établis» que sont le PRJB, le PSJB et l'UDC-JB pour devenir le premier parti de la région totalisant un total avoisinnant les 24%! Le Parti Libéral Jurassien progresse lui-aussi pour s'établir à 6,10% dans le Jura bernois. Alors que la composante plus ou moins traditionnelle de 3 PSJB, 3 PRJB, 3 UDC et 2 PSA -1 PLJ était connue pour son caractère répétitif, nous avons désormais 3 PSA, 1 PLJ, 2 UDC, 2 PRJB, 2 PSJB, 1 UDF et 1 Vert. Avec 3 socialistes autonomistes, 1 verts sympathisant des autonomistes et un libéral jurassien votant au centre-gauche de l'échiquier politique, et 3 socialistes, l'électorat jurassien bernois à voté majoritairement à gauche.

Pour le Conseil du Jura Bernois, les Autonomistes se présentaient sur quatre listes différentes dans les trois districts. A La Neuveville, l'Alliance Hors-Parti récoltait pas moins de 25% des voix et enlevait 1 siège sur trois, laissant les deux autres au PSJB et au PRJB. A Moutier, le PSA obtenait 30% et le PLJ environ 10% totalisant 4 sièges PSA et 1 PLJ sur 11. Le PRJB et l'UDC ont en chacun 2. Le PSJB et le Parti Evangélique chacun 1. A Courtelary, le PSJB et l'UDC ont chacun gagné 3 sièges sur 10 avec respectivement environ 30% pour le PS et 20% pour l'UDC. Le PRJB a récolté 2 sièges avec 20% et l'Alliance Jurassienne (AJU) 2 également avec 21%. Le centre-gauche autonomiste récolte environ 48% des voix totales exprimées au niveau régional avec un bon 37% pour les deux formations proclamées «socialistes».

Mais le plus intéressant et c'est un cas presque historique, Maxime Zuber, le Président du PSA est l'homme fort de la région et pour la première fois de son histoire, le corps électoral a fait fi des étiquettes anti et pro-bernois en le plébiscitant. Il devance tous les autres candidats romands et probernois de la région au niveau des voix du Jura bernois.

Fait historique ou presque, le Conseil Exécutif du Canton a viré au rose-vert! Alors que l'UDC, prétentieuse, voulait faire voler en éclat la formule magique bernoise de 3 UDC, 2 PRD et 2 PSS en présentant une liste de 4 candidats, elle n'a réussi qu'à perdre un siège. Le PSS a fait élire ses trois candidats avec le Vert social-libéral alémanique Berhard Pulver, bilingue et sensible à la cause jurassienne apprécié pour la gestion de la Commission d'Enquête Parlementaire (CEP) concernant le torpillage à sec de la caisse de retraite des Enseignants du canton, argent perdu en bourse! Et géré par des «pros» de l'économie du Parti Radical. Encore lui. Et il perd son second siège également. C'est une véritable giffle infligée par le peuple, peu content de l'OPA agressive de la Droite sur la Berner Zauberformel (Formule Magique bernoise). Le PRD perd encore et toujours.

Parlant du pauvre PRD bientôt représentatif de ce que j'apelle en opposition à la «Gauche Caviard» la «Droite Guenille», voici une petite anecdote: lors d'une soirée, je me suis retrouvé avec une très sympathique et fraîchement élue radicale de Renens. Elle me parle et me dit qu'elle n'aime pas le nom de la coalition RCDR (Rassemblement du Centre et de la Droite de Renens). Pourquoi n'est-elle pas chez les Libéraux? Réponse plus que cocasse: «Je n'aime pas les extrêmes.» Peut-être a-t-elle raison, cependant, si elle se considère comme une radicale finalement romande (centre(droite)), elle se trouve loin d'un Merz, d'un Couchepin et d'un Favre. C'est tout le problème du PRD. Il ne sait ni qui il est, ni après qui (je dis "après" et non pas "avec") il doit courrir. L'UDC qui s'affirme clairement comme LE parti de l'économie (quoique l'on puisse sérieusement en douter), après le Parti Libéral en créant cette Union Libérale Radicale qui ne veut rien dire. On ne va pas la refaire une 20è fois, mais le PRD désire réformer la Suisse, il ne sait par contre pas se réformer lui-même.

Une seul regret: si comme à Neuchâtel, Fribourg et Genève la gauche progresse, elle le fait au détriment du nombre de femmes dans l'Exécutif. Dommage. A quand un Conseil Fédéral de 7 femmes et 1 Chancellière? Pas avant qu'une femme noire, lesbienne et juive n'occupe la Maison Blanche.

Des chiffres et encore des chiffres. Tout est résumé clairement sur mon autre site consacré aux statistiques d'élections en Suisse et dans les cantons. Plus d'infos sur PARTIS-CH.CJB.NET

04.04.2006

Le Jura irlandisé?

Tout commença avec Napoléon...Encore lui! En 1792, Napoléon annexa la République rauracienne, petite soeur de la République française. En 1793, la République devient Département français du Mont-Terrible, mais suite à la défaite napoléonienne, en 1815, le Congrès de Vienne fit éclater l'Europe en Nations. La Suisse ne fut pas épargnée. Les Vaudois furent indépendants des Bernois, tout comme les Argoviens et l'Evêché de Bâle - République rauracienne, composé de francophones catholiques fut rattaché en guise de susucre au Canton de Berne, l'«Ours» protestant et alémanique. On aurait pu en rester là, l'histoire n'en n'a pas voulu ainsi.

Ce billet n'est pas censé être historique, il ne peut cependant pas apporter lumière et éclairages suffisants sans passer par l'Histoire. Dès lors, conflits et petits tracas commencèrent et des tensions se multiplièrent. Le Canton de Berne «colonisa» d'une certaine façon ce territoire de petits valons à la terre peu fertile, y envoya des paysans protestants afin d'occuper les terres et évangélisa le pays jurassien, si bien qu'après quelques décénies, on y trouva des familles établies parlant le français avec des noms à la consonance germanique: Aeschlimann, Gerber, Weber, Burkhalter, Strahm, Zuber... Familles pour la plupart francophones dès lors, mais protestantes, le nord du pays jurassien resta ancré dans la tradition catholique et francophone. De mal en pis, ou de mieux en mieux suivant le point de vue différent des deux côtés, des tensions prirent place.

En 1947, Georges Moeckli, jurassien élu au gouvernement bernois depuis plus de neuf ans, désirait briguer avec l'accord de son parti socialiste, le dicastère des travaux publics. Le Jura d'alors, déjà considéré comme une région périphérique, attendait beaucoup de «son» ministre pour «son infrastructure.» Mais les Alémaniques, majoritaires, donnèrent le dicastère à un nouvel élu socialiste et germanophone, prétextant qu'un francophone ne saurait gérer la chose, importante pour les germanophones. Moeckli était francophone mais maîtrisait le dialecte bernois alémanique. Les uns virent l'opposition d'un alémanique à un francophone, les autres l'opposition de l'Oberland région pré-alpine au Jura. Les réactions côté jurassien ne se firent pas attendre: «Le Jura sous la patte de l'Ours», «Le Jura répondra à l'injure» ou encore «L'âme du Jura s'est affirmée» écrivaient Le Journal du Jura alors que le principal journal alémanique der Bund réduisait l'affaire à une simple histoire de voirie et de trains.

Et de fil en aiguille, des groupes politiques se formèrent, certains très radicaux tels que le Front de Libération du Jura qui plastifia quelques maisons, et d'autres organisés en bras politique d'organisation radicales. Le Rassemblement Jurassien / Unité Jurassienne RJ-UJ aujourd'hui encore existant sous les traits du Mouvement Autonomiste Jurassien (MAJ), fournit un grand nombre de personnalités politiques influentes pour la région. Du côté des pro-bernois, les milieux antiséparatistes favorables au Canton de Berne, fondèrent l'Union des Patriotes Jurassien devenue aujourd'hui Force Démocratique. Entre les deux groupes, la situation ne devenait plus tenable. Des familles furent séparées et ne se parlèrent plus pendant longtemps jusqu'à aujourd'hui encore. Les drapeaux des deux communautés étaient brûlés, des hôtels plastifiés, et l'inévitable se passa, il y eut des morts. Pendant ce temps, au début des années 50', le Canton de Berne reconnut officiellement le français comme langue officielle et reconnut également l'existence du «peuple jurassien.»

Il fallait dès lors reconnaître les francophones au sein du Canton de Berne et leur permettre de s'affirmer en leur accordant un drapeau, le drapeau actuel du Jura constitué de 4 lignes rouges pour les districts protestants (La Neuveville, Courtelary et Moutier - ainsi que le Laufon (alémanique) qui s'est séparé de Berne pour rejoindre Bâle-Campagne au début des années 90') et de trois lignes blanches pour les districts catholiques (Les Franches-Montagnes, Porrentruy et Delémont), orné de la Crosse de l'Evêque de Bâle.

Berne organisa alors un référendum sur la «Question Jurassienne». Si l'on peut prétendre à une réelle démocratie, les dessous de table ne sont pas autant clairs: en 1974, un premier référendum fut organisé au sein de la population francophone du Jura. La majorité globale se prononça pour l'indépendance, mais trois districts méridionnaux se prononcèrent plus défavorablement. Devenus francophones mais dépassant de loin en nombre les catholiques, les districts du Sud du Jura, notamment pour une question religieuse, se prononcèrent pour leur maintient dans le giron bernois. Un goût semblable d'histoire pourrait être retenu de l'histoire de l'Irlande du Nord ou les colons Protestants devinrent majoritaire dans une région, en l'occurence l'Ulster, et se prononçant pour le maintient de l'Ulster au sein du Royaume-Uni...

En 1975, un second référendum fut organisé par Berne afin de confirmer le vote de 1974, uniquement dans les districts du sud. Il surgit alors des disparités entre les communes frontalières et Berne fit revoter une troisième fois les communes limitrophes. Les favorables rejoignirent le Jura, les autres restèrent bernoises. Démocratique? Pas tant que cela. Lors d'un vote dans une démocratie, on prend le résultat total et on l'applique. Imaginez les Régions du Nord de la France voter pour l'Union Européenne et les Régions du Sud voter contre. Personne n'aurait idée de séparer la France en deux, l'une européenne, l'autre hors-UE.

En 1979, la République du Jura fut plébicitée par le peuple Suisse et par le Canton de Berne alémanique. Depuis, les trois districts bernois francophones, c'est l'irlande helvétique. Tags de JU et BE dans des coeurs, tracés, tagués, retracés. Ecuissons peinturluré. Drapeaux brûlés, et politique scindée. On y trouve les «pro-jurassiens» et les «pro-bernois». Ainsi, le Parti Radical du Jura bernois (PRJB) est probernois, le Parti Libéral Jurassien (PLJ) n'est ni libéral ni jurassien, mais c'est le pendant du PRD projurassien. Le Parti Socialiste du Jura bernois (PSJB) ne s'allie jamais avec le Parti Socialiste Autonome du Sud du Jura (PSA) et si l'Union Démocratique du Centre (UDC) n'est que probernois car majoritairement composée de protestants, le Parti Démocrate Chrétien du Jura-Sud (PDC) est projurassien car catholique. On assiste alors à des meetings politiques contre-nature où socialistes et démocrates du centre en opposition frontale et constante au niveau fédéral tirent main dans la main à boulet rouge sur l'alliance socialiste et «libérale».

Le 9 avril, tout le monde regardera si l'Italie basculera à gauche.

Le 9 avril, le Jura bernois regardera si la région confirmera l'avancée des autonomistes en politique. Le Parti Libéral Jurassien (1 siège) et le Parti Socialiste Autonome (2 sièges) ont en tout trois sièges au Parlement du Canton de Berne. Le PRJB, le PSJB et l'UDC ont chacun 3 sièges. Le nombre des sièges pour la région s'élève à 12 au total sur 200. Mais le 9 avril, bien qu'une réorganisation du territoire électoral prenne place et que le Grand-Conseil perde 40 sièges pour désormais en n'avoir plus que 160, le Jura bernois est garant d'en garder 12. La Constitution bernoise réserve également 1 siège sur 7 au sein du Conseil Exécutif pour les francophones. Ainsi, un francophone peut recevoir bien moins de voix qu'un Alémanique, s'il est le premier du cercle électoral francophone, il est élu et pas son collègue alémanique.

Mais le Canton de Berne à senti le vent du boulet passer très près. Après la découverte de «caisses noires» de l'Etat de Berne dans les années 1980 qui ont servi à financer les campagnes antiséparatistes de 74/75/79 et après des référendums illégaux organisés à Moutier, la ville la plus importante du Jura bernois, après un mécontentement de plus en plus grand des francophones délaissés, le Canton de Berne à voté une loi spécifique au Jura bernois, instaurant notamment le Conseil du Jura bernois, conseil de 24 sièges élu au suffrage universel direct et proportionnel afin de légiférer sur des questions de culture et de la région. Ce conseil sera apte à parler avec le Gouvernement jurassien des affaires intercantonales et pourra désormais représenter les francohpones de la région auprès des autorités romandes notamment dans le cadre de l'éducation et de la formation. Les autonomistes ont décrié une coquille vide, les antiséparatistes ont loué le projet. Reste que cette loi instaure, et c'est une première en Suisse et dans les régimes fédéralistes, un droit d'initiative régionale, qui ne peut cependant porter sur l'indépendance de la région. Berne sait que bon et bête commence par la même lettre.

La République du Jura n'est pas en reste. Les citoyens ont récolté des signatures pour une initiative nommée «Un seul Jura» qui ordonne au Conseil Exécutif du Canton du Jura d'offrir un «business-plan» de réunification au Jura bernois d'ici quelques années. Certains apellent cela de l'ingérance, d'autre de prise en soin... Et pour couronner le tout, l'Assemblée Inter-Jurassienne (AIJ) composée de projurassiens et de probernois de tout bord et pas uniquement du monde politique est dirigée par...le Ministre fédéral de la Justice et Police afin de régler le conflit jurassien. Tout comme l'Irlande, protestantisme et catholicisme sont religions officielles du pays, tout comme le Royaume-Uni, le Protestantisme est religion unique à Berne. Tout comme l'Irlande où tout citoyen naissant sur l'île d'Eire est considéré comme irlandais, jusqu'en 1992, le Jura considérait toute personne du Jura bernois comme «jurassien».

Cette année, les élections seront passionnantes. Pour la première fois, les trois districts ne forment plus qu'un seul cercle électoral. Et pour la première fois, plus de 5 partis présentent des listes. A côté des traditionnels PSA, PSJB, PRJB, UDC et le cartel PDC-PLJ, l'Union Démocratique Fédérale ( UDF protestante et probernoise), le Parti Evangélique (PEVJB protestant et probernois) et les Verts (hors clivages) se présentent. Au Conseil du Jura Bernois, pour 24 sièges, les trois districts sont trois cercles électoraux. On y retrouve les 5 partis «traditionnels» et les deux partis chrétiens. Mais ici, des membres du PSA et du PDC/PLJ font alliance commune sous la liste Alliance Jurassienne dans le district de Courtelary, font liste séparée PSA et PDC-PLJ dans le district de Moutier et font liste commune sous la bannière de l'Alliance Hors-Partis de la Neuveville. Les Verts ne jouent pas le jeu.

Deux questions: que se passe-t-il si les projurassien, qui pourront cumuler des voix sur un seul cercle électoral pour le Grand conseil, gagnent plus que 3 sièges sur 12? Et que se passe-t-il si les projurassiens obtiennent une majorité des sièges au Conseil du Jura bernois? Québec suisse? Irlande Suisse? Catalogne Suisse?

Quand l'Europe se construit, est-ce vraiment nécessaire de revendiquer une appartenance régionale? Apparement oui. Mais perdre son identité au profit d'un immense ensemble est vraiment nécessaire? Apparement non. Dans les deux cas, la Question reste sans réponse valable. Et dans les deux cas, la Question Jurassienne n'aura trouvé de réponse.

Un suisse allemand est suisse. Un jurassien bernois est bernois. Pourquoi cette différence linguistique? Pour en être certain, les Jurassiens du Sud ne sont pas sudistes, mais jurassiens. Les mots s'accaparent l'identité. Avant d'être reconnu entre bernois et jurassiens, à quand la reconnaissance helvétique? Les autres Suisses ne connaissent que très peu de cette région. Elle est cependant un formidable laboratoire de fédéralisme, de patriotisme, d'indépendance et de conivences. Si l'on ne sait où ranger un «jurassien-bernois» dans une catégorie, on sait que le «jurassien-bernois» est bien complexe. Si complexe qu'aucune «Nation» en Europe n'a obtenu son indépendance de la même façon que la République du Jura...

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