18.10.2009

Post Tenebras, Tenebras

GEflagFR.gifIl suffit de lire les commentaires et les articles de la presse française principalement pour se rendre compte que la Suisse n’a plus aucune grâce auprès de nos « amis » français. Eux qui aiment à nous appeler « nos amis Suisses » avec ce ton débile de condescendance paternaliste, ne savent finalement que très peu de « leurs » amis. Le Figaro, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Le Point, et d’autres journaux ont tous des articles suivis de commentaires ouverts pour leurs lecteurs. Et force est de constater qu’outre Doubs, l’amitié condescendante s’est transformée en helvétophobie primaire de la France d’en Bas.

Après l’affaire Kadhafi un grand journal national français expliquait que les ressortissants suisses détenus en Libye étaient « considérés en Suisse comme des ‘otages’ » remettant de facto en cause le terme « otage », après l’affaire Polanski, où finalement Christophe Barbier dans son édito podcasté disait : « Est-ce que la Suisse a eu raison d’arrêter Polanski. Non, la Suisse a eu un comportement inacceptable » en parlant « d’une sorte d’otage en prenant Roman Polanski – C’est illisible, c’est incompréhensible, c’est inacceptable. »  La Messe est dite. Barbier aurait du tout de même réviser ses classiques en Droit international. L’imprescriptibilité des actes pédophiles est votée en Suisse comme aux USA et donc une demande d’extradition formulée par les USA à la Suisse, comme stipulée dans une Convention Internationales signée entre les deux pays, doit se faire. L’Ostie est avalée. La France serait la première à venir pleurnicher si la Suisse ne respectait pas des traités binationaux signés avec elle. La France n’a pas fait tout un foin quand en 1999, la Suisse a extradé Maurice Papon en France. Là, c’est soudainement compréhensible, lisible, donc acceptable.

Et puis il y a cette affaire du Secret bancaire. La France d’en Bas ne lit et n’écoute que la presse, totalement incompétente sur ces questions, reprenant largement clichés et faux constats. La vérification des sommes transférées sur les comptes suisses est plus stricte et sévère que le laxisme français, depuis l’affaire des fonds juifs en déshérence, la Suisse ne peut plus laver plus blanc que blanc. Alors le G20 se réunit, l’OCDE se réunit, la dernière fois à Londres, afin de parler des places « opaques » financières. On pourrait clairement dire que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Londres, place financière européenne totalement opaque, métropole et point phare du Commonwealth, là ou le Chef d’Etat des Bermudes, des Bahamas, des centres off-shores gère de loin les affaires de ces états, tous paradis fiscaux.

Alors la Suisse, placée sur liste « grise » a la « chance » d’être taxée de pays responsable de la crise actuelle (et les Subprimes de ces Américains, qui d’ailleurs ont le Delaware totalement defiscalisé ?) et de tous les maux de la crise économique.

Soyons clairs : le Secret bancaire ne m’intéresse pas. Je ne peux pas en profiter, et n’aimerais pas en profiter. Cela va à l’encontre de ma conception de la société solidaire. Les impôts impopulaires sont la base même d’une société permettant d’avoir des crèches, des bibliothèques, des transports de qualités, des routes bien tenues, une vie culturelle développée, une éducation nationale ne se transformant pas en centre agricole d’élevage bovin...

Les Suisses bénéficient de « l’évasion fiscale ». Cependant, une énorme majorité continue de payer et de déclarer ses revenus, car dans ce pays, on est conscient que sans argent et sans impôt, la qualité de vie incomparable à la qualité de vie française ne serait pas possible.

Il y a alors les commentaires des lecteurs de ces journaux : racisme, xénophobie, helvétophobie. Morceux choisis de choses entendues de vive voix par des connaissances d'amis. Mes amis ne se permettent pas quoique... certains ne se gènent pas:

"Vous financez le terrorisme international" c'était le plus beau je pense. On a beau avoir des règles strictes, envoyer des "Présence Suisse" ,qui à part signer des contrats pour l'économie, ne doit vraiment rien foutre de la journée, normal, sont pas affiliés aux Libéraux-Radicaux?! - je m'égare...
"On devrait vous faire plier quitte à ce que vous creviez dans votre merde d'argent nazis" - entendu au détour d'une discussion échauffée. "Votre pays doit être le pays le plus corrompu de toute l'Europe" - en même temps, il fait Sciences po, mais ne situe pas la différence entre la Palestine et la Jordanie.
"Votre secret bancaire: vous lavez plus blanc que blanc, vous n'êtes que des salopards qui s'enrichissent sur le dos des dictateurs", "y'a pas de démocratie chez vous, vous n'êtes ni laïcs, ni républicains, ni même démocrates", "vos lois sur les étrangers sont pires que ce que le Front National propose" - normal, je dis, faut se protéger des français tout de même...
Par contre, quand on leur dis qu'au Jura, les étrangers peuvent être élus Maires, ils te disent: on s'en fout, « vous êtes des sales racistes de merde ». « Votre armée est soi-disant grande, mais on vous éclate la gueule en deux minutes. Vous êtes tellement un petit pays merdique." Bref en gros, le secret bancaire fait des ravages et des malheurs. On doit en fait payer pour toutes les crises économiques de la planète, on va nous le "faire payer" on va "nous faire crever".


Le pire, c'est que tout cela, me rend, en tant que Suisse de gauche, social-libéral, ouvert sur l'Europe et sur les autres, en total repli par réaction épidermique: tu en oublies ton patriotisme éclairé et ouvert, et tu repars sur un nationalisme fermé. Je m'en fout du secret bancaire, mais j'en deviendrais presque le plus grand fervant défenseur juste pour les faire taire.

« Voisins indélicats » nous gratifiait Arnaud Montebourg. En même temps, je ne sais pas s’il est une bonne référence.

On commences à vouloir défendre son armée en faisant du Service Civil, et on pense aussi que finalement si UBS pouvait crever, qu'elle crève en faisant crever toutes les autres banques françaises.. Un reportage sur France3 expliquait que des collectivités locales en Île de France mettaient de l’argent dans les banques suisses, car elles étaient plus sûres. On crache sur la Suisse, mais on est bien content de pouvoir bénéficier de ses « avantages ».

L'UE est démocratique, mais qu'elle impose des décisions à d'autres l'est finalement pour eux tout autant. Par contre, ils sont les premiers à grognasser comme des loups quand Bruxelles leur demande des comptes sur leur agriculture et la PAC.

En gros, on est des abuseurs, malsains, malhonnêtes, corrompus, racistes, xénophobes, repliés, intégristes, blanchisseurs, retardés, voleurs, indélicats, responsable de toute la merde du coq français...

Alors il y a des élections à Genève, en temps de crise économique. La crise économique a toujours rejeté la faute sur le voisin. Comme la France l’a fait et continue de le faire avec la Suisse, pays dont on ne savait même pas qu’il existait à côté de la France avant 2007, pays dont personne ne parlait, que personne ne connaissait, où tout le monde pensait que la capitale était Zurich ou Genève, ces villes de banquiers qui comme le dit le Figaro « ont aidé les Médicis et les Rois de France ».

Et si cela est valable pour la France, elle l’est d’autant  plus pour la Suisse. Attaquée de toute part, sans aucun allié – bien fait, ils n’avaient qu’à faire partie de l’Union Européenne – le repli épidermique s’est fait sentir. Quelques illuminés genevois de l’Union Démocratique du Centre et du Mouvement des Citoyens Genevois ont capitalisé quelques 23.3% des suffrages aux dernières élections du Grand Conseil le 11 octobre dernier. Et ces deux partis ont fait leur campagne sur la haine viscérale du frontalier français, responsable de la crise économique. Bonnet blanc, blanc bonnet. Et là, Le Monde, Le Figaro, Le Point nous pondent des articles : mais comment osent-ils ne pas nous aimer, ces Suisses sont vraiment « tous » des racistes.

La votation lancée par l’Union Démocratique du Centre et l’Union Démocratique Fédérale contre l’érection de minarets est encore plus incomprise à l’étranger. Et le résultat risque d’être explosif. Le PS et la droite libérale PLR ne font pour l’instant rien. L’affaire Kadhafi par la Libye, pays musulman, risque d’échauffer encore plus les esprits. L’incompréhension règne. Alors que la Suisse a un système juridique « faux » - sic le Président de la Confédération Merz – quand elle arrête Kadhafi pour contrevenance aux lois suisses et de l’Etat de Droit, l’arrestation de Polanski est, quant à elle, justifiée par l’Etat de Droit. La Culture ne fait pas le poids face au Pétrole.

Une semaine passée à Zurich m’a cependant rassuré. Alors pris dans la tourmente, la Zwingliste zurichoise vit comme si de rien n’était. Pas de titres sur la haine des pays voisins à notre égard, les gens vivent avec leurs soucis, vivent la crise, mais ne s’en formalisent pas. Ils ont d’autres chats à fouetter, ou sont peut-être simplement plus matures que leurs voisins.

A mon avis, le pire, c'est que les Français pensent sincèrement que la Fondue et la Raclette c'est français, que l'Emmental (sans -h) vient de Normandie et que le Gruyère a des trous... Education Nationale et bac offerts, voici le résultat de Ginette et Germain de la France d'en Bas, du Poitou et de Lozère. Le Hic, c'est que Paris est majoritairement constitué de provinciaux... ;)

Ah "cynissitude" quand tu nous tiens... ;)

19.11.2006

République banlieusarde et Helvetia régionale

medium_fr-78-ve.gifAvez-vous déjà remarqué qu’en Suisse on parle de « région » et qu’en France, le terme désignant une aire géographique relativement identique dans sa structure est appelée « banlieue » ? La banlieue lausannoise, la banlieue zurichoise... Non, les termes de région lausannoise et de région zurichoise sont plus utilisés que le terme région parisienne. Quoique...La région parisienne est souvent associée dans les discussions que j’ai avec des Parisiens dans des phrases du style « ce musée est en région parisienne » , « nous avons fait un pique-nique en région parisienne » alors que le 9-3 c’est la banlieue, ça pue, c’est dégueu, ça craint, on n’y va pas pour voir des musées et encore moins pour y faire un pique-nique.

« La banlieue. » J’y vais tous les jours de la semaine ou presque, puisque mon école est dans le « neuf-trois », le « nonante-trois » ou le « quatre-vingt treize » pour parler « francillogique », à Saint-Denis. De par son caractère cosmopolite et abritant des Cités, des gens de différentes couleurs de peau, d’origines et de différentes religions, il fait bien politiquement de taper sur la banlieue ou de dire qu’on en vient, qu’on y a vécu ou qu’on en est l’élue ou l’élu et qu’on se promène pour rencontrer la population, comme on y va dans un zoo pour voir les animaux. Par simple utilisation du mot, la banlieue n’apparaît dans l’imaginaire collectif qu’en « région » parisienne. Paris est donc l’unique ville française ayant des banlieues. Marseille à « ses quartiers ». C’est tout ce qu’on lui a donné en dehors de son périmètre. M6 avec son si bien nommé « Zone Interdite » et UMP-TV avec son si bien nommé « Droit de Savoir » (TF1 pour ceux qui n’avaient pas remarqué que même le logo est presque identique, à part les lettres) nous gratifient de documentaires sur des violences urbaines, sur des crimes commis, des morts pour subvenir à leur audimat leur permettant entre deux show de télé-réalité de faire de l’audimat pour payer les factures à la fin du mois. M6 et UMP-TV ont chacun des studios dans cette « banlieue », à la Plaine St-Denis, dans ce « Droit de Savoir en Zone Interdite. » Un chroniqueur sur France2 dans l’émission « On n’est pas encore couché » demandait même à ce que plus aucun argent ne soit distribué dans des endroits où les lois de la « République » ne sont pas respectées. Bref, il ne fait pas bon vivre dans une « banlieue », sorte de « déchet » urbain, périphérique, décentré, déconcentré pour les politiciens et même les simples citoyens. Tellement décriée qu’un slam a été dédié à St-Denis pour contrebalancer sa mauvaise image prétendue.

À côté du mot « Banlieue »,   j’ai noté que la « République » était un terme très important en France. Alors que la plupart des pays européens sont des républiques, telles que l’Allemagne, l’Italie, la Suisse ou l’Autriche, dans aucun de ces pays, le terme « République » ne tient une signification identique à celle en France. À côté de la République, il y a cette pensée unique, une « République Une et Indivisible » qui étouffe toutes les différences qui font que parfois on se sent fier d’être ce qu’on est parce qu’on est différent, qu’on vient d’ailleurs, qu’on n’est pas de Paris. La « République » est garante d’unité, d’égalité, de fraternité... Une image marketing parfaite, incolore, inodore, vide de sens à mon goût. Une image-façade permettant de s’y réfugier lorsqu’on ne sait plus quoi dire.

medium_Republique.jpg Curieux pays qui, comme on m’a dit, a lutté pour avoir un seul roi, l’a décapité et depuis ne cesse de le pleurer. Où tous ses présidents se comportent comme des Napoléons modernes avec 6 motards-flic devant et 2 autos-poulets derrière la voiture impériale. Majestueuse Statue-République trônant sur son socle Place de la République, fière, digne, imposante, écrasante, hypnotisante, tournant le dos à la banlieue et Bobigny, regardant en direction de Neuilly ou plutôt Versailles. Miteuse Statue-Helvetia, assise, sa perche et son bouclier suisse posés contre un mur, contemplant le Rhin, courbée sur une balustrade contemplant la région bâloise.medium_Helvetia_blickt_auf_den_Rhein_in_Basel.jpg
Tout ça pour dire que j’ai le sentiment que la République et la Banlieue sont des termes opposés dans l’imaginaire collectif français. Alors que la première est une représentation fausse de ce qu’elle représente pour son caractère annulant tout ce qui ne serait pas « républicain » et donc « acceptable », la seconde est une représentation fausse également parce que la banlieue ce n’est pas que des violences, des jeunes enragés. La banlieue est peuplée des membres de la République un point c’est tout. Rien de plus et rien de moins ne devrait être dit. Pour les politiciens, qu’ils en parlent positivement ou négativement fait d’elle automatiquement un endroit à priori stigmatisé.

Fédéraliste suisse convaincu, je pense que la République française devrait être plus ouverte sur ses différences, sur ses différentes cultures, être « fédérale » dans tous les sens du terme, ne pas s’imposer comme une dictature machiavelo-éclairée, mais comme un élément fédérateur, de cohésion qui va au-delà du sens voulu, qui entre en plein dans le sens imaginé et non fantasmé.

Imaginons un instant une République Fédérale Française, acceptant les différences qui font de chacun un tout, unis dans la diversité. La France désire une Europe la respectant pour sa langue, son histoire, ses racines, mais refuse par principe républicain de faire de même pour ses régions et leurs langues, leurs histoires et leurs racines. Il ne doit y avoir qu’un seul modèle, basés sur des principes datant de 1789, dans un monde autre qu’aujourd’hui, totalement différent qu’en 2006. La République banlieusarde est peut-être l’avenir de cette République artificiellement créée après une Révolution ayant découlé sur les Droits de l’Homme. Intégrant autrement des valeurs « républicaines », repensant sa légitimité, ses racines et son utilité. La Ligne 12 du Métro parisien, station Concorde, reprend le beau concept des Droits de l’Homme intimement liés à la naissance de cette République. Avec une faute d’orthographe. Le texte n’est donc plus parfait dans sa forme, mais le reste dans son fond. Comme la République française d’aujourd’hui. Et comme devrait l’être la Banlieue.

13.10.2006

Le radicalisme français

medium_frprg.gifLes Radicaux je ne les aime pas. Ils sont fourre-tout, ils ne savent pas ce qu'ils veulent, ils font de mauvais choix, ils sont indécis, sont perdus, sont largués. Je parle des radicaux suisses. Car si ce parti ne m'inspire que peu d'intérêt en Suisse, c'est autre chose ici à Paris.
 
En effet, il m'était difficile de ne pas laisser la politique de côté pour plusieurs raisons. Après avoir démissioné du PS Suisse (PSS) en janvier de cette année, j'ai mis de côté la politique pour terminer mon mémoire de Master et pour y faire une partie de mon service civil obligatoire pendant ce premier semestre 2006.
 
Quelle est la meilleure façon de s'intégrer dans un nouveau pays? A part mon séjour néo-zélandais en nonante-huit, je n'avais jamais été confronté à une réadaptation de mon propre mode de vie. Evidemment, déménager à Lausanne pour y suivre mes études universitaires était déjà un petit chamboulement de mes habitudes mais je n'étais qu'à huitante kilomètres de la maison familiale et une variable non-négligeable faisait que malgré tout, c'était «simple» car j'étais toujours en... Suisse. Et me voilà à 570km de Lausanne. Avec cette frontière géographico-psychologique où, d'après ce qu'il se dit en Romandie, l'héritage arrogant napoléonien a rendu aux mathématiques et aux nombres tout l'illogisme et toute l'incohérence du «quatre-vingt-dix-neuf» au lieu d'un simple et logique «nonante»...
 
S'intégrer, c'est à mon avis garder sa culture et ses racines tout en s'impliquant dans une nouvelle culture, une autre société. Quoi de plus logique, à mon sens, de m'investir, à une certaine échelle, dans ce qui fait d'un pays ce qu'il est par sa base: le politique.
 
Avant même de déménager, j'avais ma petite idée quand à savoir pour quel parti j'allais militer. Il y avait quelques choix possibles. Le Parti Fédéraliste m'intéressait de par ses idées fédéralistes, mais sans en connaître beaucoup plus sur son programme, je n'ai pas pris le temps de chercher plus en profondeur. Je trouvais les Verts intéressants, modernes et dynamiques, mais probablement aussi figés sur certains points que je n'aurais pas réussi à m'identifier totalement au parti. L'Union pour la Démocratie Française avait quelque chose d'intéressant: parti en mue perpétuelle, divers courants la composant pouvaient peut-être attirer mon attention, mais l'esprit bien catholique de la chose m'en détourna rapidement. Et puis il y avait évidemment le PS: une grosse machine de guerre, le tank allemand de la Gauche française, et des «icônes» peu intéressantes à mon goût, tirant plus la couverture à elles que pour leur programme, leur parti et leurs valeurs. Certes, ma sensibilité de gauche aurait pu me faire adhérer à ce parti, social-démocrate convaincu que je suis, j'ai cependant cherché  plus loin. Finalement, le Parti Radical de Gauche me paraissait être une bonne option. A part des coûts d'adhésion un peu déplacés pour des jeunes adhérents, ce parti traduisait des valeurs intéressantes. La taille de la machine politique radicale était également un atout, j'avais l'impression qu'en simple militant, j'aurais ma place. Je ne compterais pas dans la guerre marketing que se livre le PS et l'UMP à savoir combien d'adhérents ils avaient de plus que les autres, mais simplement comme un individu faisant de la politique pour une collectivité, la société dans laquelle j'allais vivre...

Pour avoir pendant des années regardé avec un oeil parfois amusé ou étonné la vie politique française et pour avoir découvert notamment le PRG et sa visibilité grâce à son ancienne candidate, Mme Taubira, à la Présidentielle de 2002, le parti m'a paru moderne, dynamique. Après des dépouillements soignés de son programme, de l'historique et après avoir fait la lumière sur une certaine confusion entre des Radicaux de droite un peu identiques aux Radicaux helvétiques, c'est à dire courant derrière un grand parti majoritaire que je qualifie de populiste qu'est l'UMP ou l'UDC en Suisse, et des Radicaux de Gauche revendiquant leurs origines et leurs valeurs essentielles, j'ai franchi le pas et pris contact avec la section jeunesse du parti. Et dès mon arrivée en France, j'ai décidé de rejoindre le parti.
 
Il est évident que le rôle de Madame Taubira a joué un rôle important dans mon choix. Non seulement, on en avait beaucoup entendu parler dans les médias français comme étant la cause de l'échec de Jospin en 2002. Etudiant en Sciences Politiques à Lausanne également, jamais je n'ai entendu dire de la bouche des mes professeurs que le PRG était responsable de l'échec du PS mais que le seul responsable de l'échec du PS en 2002 c'était le PS lui-même. Je crois intimement que c'est une auto-flagellation peut-être typiquement française car le traumatisme - auquel on est malheureusement habitué en Suisse avec une extrême droite plafonnant à environ 30% - du FN au second tour a du semer bon trouble et beaucoup de questions sans réponse au sein de la gauche, tout comme la droite libérale. Mais si le PS n'a pas convaincu en 2002 d'après les chiffres, on pourrait aisément comprendre que des gens qui votaient traditionnellement à gauche ne l'ont pas fait et on tout simplement voté pour le FN, par rapport à ce qu'on avait appris, le syndrome des «marginalisés de la mondialisation» et de «l'aliénation politique» faisant que des gens ont eu un sentiment d'incompréhension de leurs problèmes par leurs élites politiques. J'ai aussi remarqué qu'en France, on ne vote pas forcément «pour» quelqu'un ou quelque chose, mais plutôt «contre» quelqu'un ou quelque chose en appliquant un vote de sanction. Finalement, quoi de plus normal dans un pays démocratique qui ne connaît pas, comme en Suisse, le pouvoir de la contestation du politique par le peuple grâce aux référendums et initiatives en tout genre, régulièrement mis en approbation devant le peuple...
 
Alors comme ça, un petit parti aurait fait sauter la porte Rue Solférino... David aurait (a)battu Goliath et devrait porter tous les maux de la gauche? Il fallait y aller pour se convaincre de cette bêtise.

Oui, Madame Taubira a pesé lourd dans la balance de mon choix. Pourquoi? Tout simplement parce que c'est une femme de gauche, qui tout en étant française, a d'autres racines qui permettent de relativiser et de survoler des problèmes que des franco-français-métropoitains ne pourraient peut-être pas voir. Je pense que l'ethnologie est intimement liée à la politique. Et l'ethnologie, paraît-il, assume qu'il est impossible de comprendre le système sociétal de l'intérieur. Dilemme. La politique est censée régler et comprendre les problèmes sociétaux de l'intérieur... Non, je ne prétends aucunement apporter «la» vision extérieure, mais je me sens plus proche de Madame Taubira de par ma position politique en France qu'un métropolitain qui serait parisien par exemple. Même si ma position concernant le colonialisme en France n'est pas la même que celle de cette personne, l'image du parti qu'elle a donné, en tout cas en Suisse, c'est que le PRG = Madame Taubira. 

Qu'on le veuille ou non, la politique c'est aussi du marketing. Faire du marketing sur ses origines ou sa couleur de peau n'est pas un argument valable à mes yeux. On fait de la politique pour les valeurs qu'on veut transmettre, pas pour ses origines même si ces dernières peuvent parfois être un atout ou un sérieux désavantage.

Ce soir, j'ai dévoré le discours de Sarkozy sur La Chaîne Parlementaire: nationalisme déplacé, postillons à chaque phrase sur ses notes, le discours était fort intéressant. Il y avait une sorte de paradoxe flagrant entre le respect des identités régionales spécifiques à la France, tout en affirmant que «quand on vit en France, on parle le Français.» Ouf, Sarkozy a oublié dès lors que les bretons, corses, occitans et autres communautés qui sont attachées à leur langue régionale sont aussi des Français. Et si l'on parle Français, vit-on donc tous en France? Il ne veut pas d'une France fédérale, mais désire une décentralisation et reconnaît l'utilité de la subsidiarité. Ce qui vaut pour l'Europe ne vaut donc pas pour son pays? Rappelant le traditionnel «Liberté, Egalité, Fraternité», cette devise aussi jolie soit-elle peut-elle réellement être mise en application avec son programme. Affirmant que les peuples sont libres à choisir leur auto-détermination, la Ligue Savoisienne, le Parti Occitant et l'Union Démocratique Bretonne ont du être enchantés par son discours. Si j'avais le droit de vote et que je n'étais pas en France, j'aurais voté Taubira pour une VI République. Sarkozy a plusieurs fois fait mention qu'il désirait une nouvelle république. Qu'il vote dès lors pour le PRG. Pour une VI République.

Tout en terminant mon curry rouge de la soirée passée et tentant de digérer son discours Gaulliste (une lecture des manuels scolaires d'histoire suisses feraient perdre les cheveux des gaullistes français) j'avais la confirmation que j'attendais. Oui, j'ai bien fait d'adhérer au PRG. Pour les valeurs qu'il supporte. Pour l'héritage qui l'anime. Et pour Taubira qui l'a représenté et je l'espère, le représentera encore en 2007... 

25.06.2006

France - Romandie: une histoire d'amour et de haine

medium_RomFra.gif«Je soutiens deux équipes: la Suisse et celle qui battra la France.» 

L'inventeur de ce slogan imprimé sur t-shirt a fait fureur en Suisse romande, en ces premières semaines de la Coupe du Monde de foot. Comme je l'ai dit auparavant, je déteste le foot. Mais la ferveur «nationale» qui en découle de ce côté de la frontière franco-suisse pose plusieurs interrogations.

Commençons tout d'abord par l'histoire des drapeaux accrochés aux fenêtres, brandis par les passagers des autos et sur les t-shirts divers et variés. A chaque fin de match, Lausanne et son centre-ville est bloqué, innondé par les fans de foot de chaque pays participant à la coupe du monde. Il y a les discrets, et ceux que l'on voit et entend, majoritairement les communautés d'émigrés: Espagnols, Italiens et Portugais, mais également les Brésiliens. Si pour les trois premiers pays, cela se comprend par la forte immigration qui s'est produite pendant les années septante, le cas brésilien doit certainement plus découler d'une sympathie relativement forte pour ce pays: à part les brésiliens eux-mêmes, combien de fenêtres et balcons arborent le drapeau brésilien à côté du suisse? Un bon nombre impossible à dénombrer.

Mais l'événement était le match non-événement entre la Suisse et la France. Aucune idée du côté de la Suisse alémanique, mais en Romandie c'était la furreur: «pourvu qu'ils perdent ces Français!», «qu'on gagne haut la main», «que la France retourne d'où elle vient» et j'en passe. Toutes ces petites phrases assassines que l'on a pu entendre à répétition pendant quelques jours.

D'ou vient ce «nationalisme», ce «chauvinisme» si soudain contre la France? De leur prétendue «arrogance», elle même dénotée par Philippe Séguin, Premier Président de la Cour des Comptes, dans le journal français Le Monde du 17 juin 2006:«A Stuttgart, dans la chasse aux places, la fédération suisse avait battu à plate couture la fédération française : il était donc difficile de ne pas croiser, en fin de match, ces milliers de sourires helvètes et goguenards, réparties muettes à ce qu'il faut bien appeler, comme le premier déclinologue venu, notre arrogance.»

L'arrogance française existe-t-elle? Ce n'est pas parce que tout le monde le dit que c'est forcément vrai. Cependant, lors de reportages avant le match, on voyait des français hurler au déjeuner en face de supporters suisses «les ptits suisses, on va les bouffer!» Il suffit de surfer sur les forums consacrés au foot sur France2 ou Eurosport pour un festival français de prétentions: «en suisse meme votre cerveau marche au ralenti!», «la france va taffé sec la suise», «j'espere que la france va humilier les Suisse 1-0», «La Suisse est une bonne equipe bien en place qui devrait poser des problemes a la France...pendant 45min. France 3 - 0 Suisse», « Henry va bien vous humilier !!». Bref. Les médias français ont également rapporté l'arrogance Suisse envers les Français. Comme si c'était quelque chose d'incompréhensible, impensable, inexplicable. Avec un regard un peu plus critique, le Zapping de Canal+ alternait l'arrogance des Français et le ricanement de Corinne Portier, correspondante TSR-RTBF jubilant un tantinet sur les prétentions des fameux «3-0» pour la France réduits à néant.

Seul le journal Le Temps, tentait de saisir l'essence même de cette flambée patriotique, cette envie soudaine de tanner les Français à leur propre jeu, l'arrogance. Car si pour ces derniers, ils restent champions du Monde, ils oublient très vite qu'être Grand signifie le rester. Lorsque l'on est «petit», on peut toujours grandir.

Mais que peut réellement permettre et oser une déclaration si brûlante envers la France, pendant ce mois si chaud? Pour ma part, je pense que la réponse se trouve dans l'Histoire. Comme Le Temps l'a expliqué, la Suisse et la France ont des liens très forts. Si ce n'est simplement la dénomination des cantons qui à part les cantons bilingue de Berne, Fribourg et du Valais, ainsi que le canton de Vaud longtemps sous domination bernoise, sont tous des «Républiques.» Napoléon, les Burgondes, la Savoie, Paris et Marignan, la Saint-Barthélémy sont autant d'éléments qui nous lient à la France.

Nous sommes liés non seulement par notre histoire, mais également par la langue, la culture et peut-être l'esprit. La Romandie est le territoire à proprement parler qui «entre» le plus dans le territoire français. Une ligne droite imaginaire pourrait être tirée de l'extrémité nord à l'extrémité sud de la Romandie, on voit que les Romands sont entièrement «imbriqués» dans la France. Alors qu'une toute petite minorité si peu comptable estime que la France devrait être notre pays, l'immense majorité des Romands regarde la France avec envie mais rejet également. Rejet de son système centraliste, peu démocratique par rapport à la Suisse, miné par le chômage et par les politicailles partisanes. D'un autre côté, la France représente la Culture, la Langue. Les Américains partents à Hollywood tenter leur chance, les Romands, comme les Marseillais, Toulousains ou Strasbourgeois montent à Paris...Lausanne n'est finalement qu'à 3h40 de Paris en TGV...

Comme le rapporte Sylvain Besson dans Le Temps du 13 juin 2006, la France a ouvert sa première représentation officielle en 1430. Par la suite, il y eut la guerre des Burgondes et Marignan en 1515. Napoléon acheva l'histoire militaire de la Suisse avec la France. Mais l'entente est cordiale depuis ce temps là.

Le problème réside probablement à un sentiment d'infériorité de la part de la Romandie et d'un sentiment d'ignorance venant de la part de la France. La Suisse, il est vrai, est reconnue par les Français pour son chocolat et ses montres. Le tout s'arrête là. Lorsque des Suisses poussent la porte de l'intérêt, ils deviennent soudainement français. Je me souviens de ce match de tennis aux JO de nonante-deux, c'était la finale. Et Marc Rosset gagna. Le commentateur français n'oublia pas de dire «ah qu'on est fier qu'il soit français!», sur ce, l'autre commentateur rappela que oui, Rosset parle français, mais qu'il est Suisse. La compétition entre la Suisse et la France ne s'arrête pas là. Oui, le Mont-Blanc est en France, mais oui également, les plus hauts sommets par la somme sont en Suisse. Non, Stéphane Eicher n'est pas Français et non, leur Gruyère n'est pas du Gruyère, mais de l'Emmenthal. Non, la gastronomie suisse ne s'arrête pas aux Roestis et aux Wurst, mais Crissier abrite l'unique Restaurant au monde a avoir été pointé 19,5 au Gault-Millau, oui, la Suisse a proportionnellement plus de restaurants pointés que la France. Ce sont de petites choses pas très importantes, mais qui, je crois, font du bien aux Romands, dans leur complexe d'infériorité. 

En sciences-politiques, j'ai appris que l'identité nationale se créait et se basait notamment sur l'«Autre.» Sans «Autre» il n'y a pas de «Nous.» L'artiste Ben Vautier dit un jour de nonante-neuf «La Suisse n'existe pas.»

La Suisse n'existe pas? Vraiment? Tous ces drapeaux, cette ferveur nationale pendant cette Coupe du Monde ne démontre-t-elle pas que la Suisse existe quand même?! Si je pense que la Suisse n'existe pas en dehors de la Coupe du Monde, au niveau du sport et de la politique, elle se démarque. Contrairement à la Belgique, joli pays, mais où la tension entre les différents peuples qui la compose est palpable en moins de 3 jours de vacances à Bruxelles, la Suisse est construite sur une volonté commune de vivre ensemble et de tirer quelque chose des autres cantons. De l'opportunisme bien placé, de l'opportunisme utile. En Suisse, aucun parti n'oserait mettre l'étranger et l'autre communauté linguistique sur le même niveau, comme l'a fait le Vlaamsblok. Ici, pas de partis politiques divisés à la belge, selon la langue. Non, la Suisse n'existe peut-être pas, mais son élite politique est assez intelligente pour garder le pays unis et également garder ses prérogatives à Berne.

Je travaille au Service Civil dans une Fondation majoritairement francophone qui possède une seule antenne en Suisse allemande. Lors des séminaires et présentations, tout pour le moment, est en français. Ma cheffe m'a dit qu'elle avait vu que pour les Alémaniques, des documents non-traduits dans leur langue leur posait problème. Pour une fois, ils étaient dans la position minoritaire, devant demander et redemander d'avoir l'information dans leur langue, qu'on leur prête un peu d'attention. Car la Suisse allemande se comporte vis-à-vis de la Romandie de la même façon que la France. On sait qu'ils existent, mais cela ne fait ni chaud ni froid. Ils ne se sentent pas concernés.

La Romandie fait un complexe d'infériorité par rapport à la Suisse allemande qui détiendrait l'économie et la politique, et à la France qui détiendrait la Culture et la Langue. Des deux côtés, il n'y a qu'un regard posé sur elle, un regard condescendant ("Nos amis les Romands" pour les Alémaniques, "Nos amis les Suisses" pour les Français) ou une totale abstraction que l'on existe. Les Alémaniques vivent la même chose avec l'Allemagne et les Tessinois rejettent l'Italie. Les trois langues officielles de la Suisse nous séparent, mais font également que nous sommes «unis» dans l'«infériorité» des grands pays que sont l'Allemagne, l'Italie et la France. Unis dans la minorité complexée... Et puis finalement, n'est pas le Parti Fédéraliste de la Franche-Comté qui lui lorgne du côté romand jusqu'à vouloir rattacher la Franche-Comté à la Suisse?

Cependant, nous avons des spécificités que les «Autres» n'ont pas: une démocratie directe, des spécificités linguistiques étonnantes et logiques, un sentiment  étrange qui fait que finalement eux c'est eux et nous c'est Nous, une religion qui fait par exemple des Romands les seuls francophones à être majoritairement protestants... Et puis la contribution à la culture française ne s'arrête pas là: Rousseau à sa manière (il était plus Genevois que Suisse), Le Corbusier architecte, Francis Reusser, Alain Tanner, Jean-Luc Godardréalisateur, Jean-François Balmer acteur, Henri Dès chanteur, Henri Dunant fondateur de la Croix Rouge, Roland Jaccard chroniqueur au Monde, André Kudelski décrypteur, Henri Nestlé industriel, Jacques Piccard océanographe, Auguste Piccard physicien, Bertrand Piccard aéronaute, Claude Nicollier spationaute NASA, Charles Ferdinand Ramuz, Denis de Rougement, Blaise Cendrars tous écrivains, De grands noms. Et témoins d'une grande histoire.

Oui alors, la Suisse existe. La Romandie aussi. Elle existe par sa souveraineté existentielle, mais aussi par son revanchisme sur la France. Revanchisme apparu par l'histoire et la déconsidération de son grand voisin qu'elle prend comme modèle mais qu'elle rejette également dans sa soi-disante suprématie. Sa position francophobe de la Coupe du Monde ne sera avouée et portée devant l'«opinion publique» française que pendant un seul petit mois. Un seul mois, où elle pourra dire et se dire: on existe et pour vous le montrer physiquement, on sera premier du groupe. Pari tenu, Paris tenue. L'arrogance est apparemment française, le moyen de s'affirmer, de se montrer et de se prouver que l'on existe à travers une complexité si grande que la France ne comprend pas est suisse. Au chauvinisme français, la Romandie devient donc revanchiste. 

Pour retomber dans l'oubli et continuer sa relation passionelle d'amour et de haine à l'encontre de la France, de l'amoureuse bouttoneuse du footballeur populaire du lycée.

Si petite soit-elle, c'est ici et maintenant qu'elle peut montrer qu'elle joue aussi parfois dans la cour des Grands...